Fonds chaleur suspendu : géothermie, bois énergie et solaire demandent au gouvernement de faire marche arrière
Les organisations de la chaleur renouvelable réclament la réouverture immédiate du Fonds chaleur : réunis en collectif, des syndicats et des associations comme l’AFPG, AMORCE, Enerplan, la FEDENE et le SER demandent au gouvernement de renoncer à la suspension du guichet annoncée le 3 novembre, et d’ouvrir une concertation avec la filière.
Pour ces acteurs, la décision, prise selon eux sans aucune concertation et sans date de reprise, revient dans les faits à un moratoire qui laisse des centaines de projets et d’emplois dans l’incertitude.
En bref
- Le gouvernement a suspendu le 3 novembre le guichet du Fonds chaleur, sans indiquer quand il pourrait rouvrir.
- Un collectif réunissant notamment l’AFPG, AMORCE, le CIBE, Enerplan, la FEDENE, le SER et Via Sèva demande l’abandon de cette suspension.
- Selon les signataires, les installations aidées depuis la création du fonds ont évité 52,5 TWh d’importations de gaz fossile en 2025.
- Ce volume correspond à la consommation de chaleur d’environ 5 millions de logements et à 2,6 milliards d’euros d’économies sur la balance commerciale.
- Le collectif compare la situation au coup d’arrêt subi par le photovoltaïque en 2010, qui avait coûté de très nombreux emplois.
Une décision vécue comme un choc par la filière
Collectivités, bureaux d’études, entreprises et fabricants d’équipements travaillent depuis des années à remplacer le fioul et le gaz dans le chauffage, et à étendre les réseaux de chaleur et de froid. Le Fonds chaleur, géré par l’Ademe, est l’un de leurs principaux leviers de financement. Sa fermeture brutale tombe, selon le collectif, au pire moment : celui où la sortie des énergies fossiles devient une urgence.
Les signataires mettent aussi en avant le contexte des prix. Le coût du chauffage des ménages subit la hausse des cours internationaux des énergies fossiles, et le fonds finance précisément des équipements qui protègent de ces variations. Le geler revient, à leurs yeux, à retirer une protection contre la cherté de l’énergie au moment où elle sert le plus. Nous avions détaillé les motifs avancés par le ministère dans notre article sur le gel des nouvelles demandes au Fonds chaleur.
Ce que le Fonds chaleur rapporte, selon ses défenseurs
Moins de gaz importé
Le fonds soutient un large éventail de solutions : réseaux de chaleur, pompes à chaleur, géothermie, biomasse, solaire thermique et récupération de chaleur. D’après le collectif, l’ensemble des installations financées depuis sa création a permis, pour la seule année 2025, de ne pas importer 52,5 TWh de gaz fossile. C’est à peu près ce que consomment pour se chauffer environ 5 millions de logements.
Un gain pour la balance commerciale
Toujours selon les signataires, ces installations ont fait économiser 2,6 milliards d’euros à la balance commerciale française en 2025. Ils jugent l’efficacité environnementale et économique du dispositif « unanimement reconnue ».
Le souvenir du moratoire photovoltaïque de 2010
Le collectif établit un parallèle direct avec le solaire photovoltaïque. En 2010, la filière avait connu un arrêt comparable, qui s’était soldé par la disparition de très nombreux emplois et par la destruction d’un écosystème entier de la transition énergétique. « Ne reproduisons pas ces erreurs avec le Fonds Chaleur ! », écrivent les signataires.

Leur reproche porte moins sur la contrainte budgétaire elle-même que sur la méthode : suspendre le guichet sans avoir d’abord trouvé une solution qui concilie le flux de projets et les limites du budget équivaut, selon eux, à un moratoire. Les particuliers qui s’intéressent au photovoltaïque relèvent d’autres mécanismes de soutien, présentés dans notre guide des aides solaires 2026, et peuvent estimer la production de leur toiture avec le simulateur solaire.
Ce que demandent les signataires
Le collectif formule deux demandes : l’abandon de la suspension et l’ouverture rapide d’une concertation avec les acteurs de la filière, pour chercher les améliorations qui permettraient de traiter l’ensemble des projets déposés.
Parmi les signataires figurent l’Association française des professionnels de la géothermie (AFPG) et ses partenaires (AFPAC, ATEE, Syndicat des foreurs d’eau et de géothermie, pôles de compétitivité Avénia et S2E2), l’association Agir pour le climat, AMORCE, le Comité interprofessionnel du bois énergie (CIBE), Enerplan, le syndicat des professionnels de l’énergie solaire, la Fédération des services énergie environnement (FEDENE), le Syndicat des énergies renouvelables (SER) et l’association Via Sèva, consacrée aux réseaux de chaleur et de froid. La réaction de la filière a aussi été relayée par Batiweb.
Questions fréquentes
Qui demande la réouverture du Fonds chaleur ?
Un collectif d’organisations de la chaleur renouvelable et des énergies renouvelables, dont l’AFPG, AMORCE, le CIBE, Enerplan, la FEDENE, le SER, Via Sèva et l’association Agir pour le climat.
Quand le Fonds chaleur a-t-il été suspendu ?
Le gouvernement a annoncé la suspension du guichet du Fonds chaleur le 3 novembre, sans communiquer de calendrier pour une éventuelle reprise.
Quel bénéfice les signataires attribuent-ils au Fonds chaleur ?
Selon eux, les installations financées depuis sa création ont évité en 2025 l’importation de 52,5 TWh de gaz fossile, l’équivalent du chauffage d’environ 5 millions de logements, et 2,6 milliards d’euros de dépenses sur la balance commerciale.
Pourquoi le collectif évoque-t-il l’année 2010 ?
Parce que le photovoltaïque français avait subi cette année-là un coup d’arrêt similaire, qui avait détruit de nombreux emplois. Le collectif craint le même scénario pour la chaleur renouvelable.
En résumé
Après la suspension du Fonds chaleur le 3 novembre, la géothermie, le bois énergie, le solaire et les réseaux de chaleur parlent d’une seule voix. Leur collectif rappelle les 52,5 TWh de gaz importé évités en 2025 et les 2,6 milliards d’euros épargnés à la balance commerciale. Il redoute une répétition du moratoire photovoltaïque de 2010 et demande au gouvernement de rouvrir le guichet et de se concerter avec la filière.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
Aurélien CHAPUIS
05/11/2026 à 10h13Couper le Fonds chaleur au moment où le prix du gaz flambe, c'est retirer le parapluie en pleine averse.
Les signataires rappellent que les installations aidées ont évité 52,5 TWh d'importations de gaz rien qu'en 2025. Je connais peu de dépenses publiques qui rapportent autant à la balance commerciale.
Ce qui me frappe surtout, c'est la méthode : une annonce sans concertation, et aucun calendrier de reprise. Le photovoltaïque a vécu ce scénario en 2010, et il y a perdu de très nombreux emplois.
Je pense qu'un État qui prétend sortir des fossiles ne ferme pas le guichet de la chaleur renouvelable pour boucler un budget.
Combien de moratoires faudra-t-il encore avant que la transition énergétique soit pilotée autrement qu'à coups de frein ?