Solaire et batteries sur site : la parade des industriels européens face à une électricité trop chère ?
Oui, selon Orkestra : coupler une centrale solaire en toiture à une batterie installée sur le site permet à une entreprise industrielle ou commerciale de figer pour plus de vingt ans le coût d’une bonne partie de son électricité, et donc de moins subir les à-coups du marché. C’est la thèse défendue par Kilian Giczey, analyste énergie en chef pour l’Europe chez cet éditeur de logiciels, dans une tribune qui sert aussi à lancer une enquête auprès de la filière solaire C&I (commerciale et industrielle) européenne.
En bref
- D’après la tribune, le prix de l’électricité payé par les entreprises a plus que doublé en dix ans ; le graphique cité à l’appui s’appuie sur des données britanniques (DESNZ).
- Le gaz fixe souvent le prix de gros à la marge, et les tarifs de réseau grimpent avec les investissements des gestionnaires.
- Le solaire en toiture produit à un coût marginal quasi nul, et la batterie déplace ce surplus vers la soirée et rabote les pointes de puissance.
- Les cellules lithium-ion seraient 77 % moins chères qu’il y a dix ans.
- Exemple avancé : 800 kWc et 350 kWh chez un industriel de Bristol, pour plus de 125 000 £ (146 000 €) économisés par an.
- Orkestra mène jusqu’au 30 octobre un recensement de la filière C&I en Europe.
Un constat partagé jusqu’à Bruxelles
Le point de départ de la tribune est une phrase d’Ursula von der Leyen, prononcée lors de son dernier discours sur l’état de l’Union : « L’Europe ne pourra pas rester une puissance industrielle si ses prix de l’énergie demeurent structurellement trop élevés. » La présidente de la Commission européenne pose là un diagnostic que l’auteur reprend à son compte.
Les prix ont reculé depuis les records atteints après l’invasion de l’Ukraine, mais ils restent hauts dans l’Union comme au Royaume-Uni. Pour les entreprises, la facture se règle de trois façons, toutes pénalisantes : des marges qui fondent, une production réduite ou des hausses répercutées sur les clients.
Une facture que l’entreprise ne contrôle presque pas
L’auteur insiste sur un point : le client professionnel n’a la main sur quasiment aucune ligne de sa facture. Dans la majorité des pays européens, ce sont les centrales au gaz qui fixent le plus souvent le prix de gros, si bien que toute tension sur l’approvisionnement mondial se retrouve dans les coûts. À cela s’ajoute la hausse des tarifs d’acheminement, qui financent le renforcement des réseaux et leur flexibilité. Résultat : un coût à la fois élevé et imprévisible.
Ce que le solaire et la batterie changent sur un site
Une fois la centrale en toiture en service, chaque kilowattheure supplémentaire ne coûte presque rien, et le coût total de la production peut être connu dès le départ. La batterie ajoute trois leviers :
- elle garde l’excédent solaire de midi pour le restituer le soir, quand le courant coûte plus cher ;
- elle limite la puissance appelée en pointe, et donc les frais qui en dépendent ;
- avec une offre à prix dynamique ou horosaisonnière, elle se charge sur le réseau aux heures creuses.
L’ensemble agit comme une couverture physique contre les prochaines flambées. L’électricité encore achetée au réseau reste soumise au marché, mais elle ne pèse plus qu’une part réduite de la facture. Une entreprise qui ne veut pas avancer l’investissement peut passer par un contrat d’achat d’électricité (PPA), qui offre une bonne partie des mêmes bénéfices. Pour les principes de base, notre guide de la batterie pour panneaux solaires détaille le fonctionnement du stockage couplé au photovoltaïque.
Des batteries de moins en moins chères
Pour Orkestra, le solaire s’est imposé dans le mix européen au cours de la décennie écoulée, et c’est désormais le stockage qui portera l’essentiel de la croissance des énergies renouvelables décentralisées. La tribune avance que les cellules lithium-ion coûtent aujourd’hui 77 % de moins qu’il y a dix ans, grâce à des chaînes d’approvisionnement mieux rodées et à des volumes de production accrus. Le prix d’une batterie installée ne se limite pas à ses cellules, reconnaît l’auteur, mais la tendance suffit selon lui à rendre le stockage crédible pour les entreprises de tout le continent.
L’étude de faisabilité, étape décisive
Les arguments généraux ne font pas signer un client : il décide sur les chiffres de son propre site. Selon Orkestra, c’est donc au vendeur de prouver l’intérêt du projet, en confrontant le profil de consommation et le tarif du client à ses coûts énergétiques nets avant et après installation.

L’exemple retenu est celui d’un industriel de Bristol consommant 1,2 GWh par an, avec un contrat dont les coûts sont intégralement répercutés (pass-through). Avec 800 kWc de panneaux et 350 kWh de batteries, il pourrait économiser plus de 125 000 £ par an, soit environ 146 000 €. L’auteur souligne qu’un tel projet, rentable et finançable par des capitaux privés, améliore la compétitivité locale sans passer par l’impôt. Pour évaluer l’équilibre économique d’une installation, voir aussi notre dossier sur la rentabilité des panneaux solaires.
Une demande réelle, des projets qui tardent
Reste à savoir si la filière transforme ce potentiel en chantiers. Orkestra cite l’enquête qu’elle a conduite l’an dernier en Australie et en Nouvelle-Zélande : 82 % des professionnels interrogés y voyaient la demande de stockage progresser, mais un quart seulement avait mené un projet de batterie jusqu’à la livraison chez un client. Le frein n’était donc pas l’appétit des entreprises, mais la capacité à concrétiser.
La nuance compte, car les causes possibles se répartissent tout au long de la chaîne : financement, raccordement, disponibilité du matériel, lenteur des décisions côté client. L’éditeur lance donc pour l’Europe un « Recensement 2026 de la filière solaire C&I », ouvert jusqu’au 30 octobre aux installateurs, développeurs et consultants. Les participants recevront le rapport, qui croise leurs réponses avec des données de projets issues de la plateforme Orkestra et une analyse de marché de SunWiz, et un tirage au sort doté de 1 000 € est prévu.
Orkestra, fondée par d’anciens consultants en énergie, revendique plus de 250 installateurs, consultants et sociétés de services énergétiques utilisateurs dans le monde. Pour suivre l’évolution des prix et des marchés de l’énergie à l’échelle mondiale, les publications de l’Agence internationale de l’énergie font référence.
Questions fréquentes
Pourquoi une batterie réduit-elle la facture d’électricité d’une entreprise ?
Une batterie installée sur un site professionnel stocke l’électricité solaire produite en excès à la mi-journée pour l’utiliser le soir, quand le courant est plus cher. Elle abaisse aussi la puissance maximale appelée sur le réseau, ce qui réduit les frais liés à la puissance, et peut se recharger aux heures où le prix est bas lorsque le contrat le permet.
Que veut dire C&I dans le solaire ?
C&I signifie « commercial et industriel ». Le terme désigne les installations solaires et de stockage posées chez des entreprises, des commerces ou des sites de production, à mi-chemin entre le résidentiel et les grandes centrales au sol.
Une entreprise peut-elle profiter du solaire sans investir elle-même ?
Oui. Avec un contrat d’achat d’électricité (PPA), un tiers finance et exploite l’installation, et l’entreprise achète l’électricité produite à un prix convenu sur une longue durée. Elle obtient ainsi une partie des avantages, notamment la visibilité sur ses coûts, sans mobiliser de capital.
Combien un industriel peut-il économiser avec le solaire et le stockage ?
Tout dépend de la consommation, du tarif et du site. Dans l’exemple cité par Orkestra, un industriel de Bristol consommant 1,2 GWh par an pourrait économiser plus de 125 000 £ (environ 146 000 €) par an avec 800 kWc de panneaux et 350 kWh de batteries.
En résumé
Face à une électricité professionnelle chère et volatile, Orkestra voit dans le duo solaire en toiture et batterie sur site le meilleur moyen pour les entreprises européennes de reprendre la main sur leurs coûts, d’autant que le prix des cellules a fortement baissé. L’éditeur estime toutefois que le goulot d’étranglement se situe désormais dans la concrétisation des projets plutôt que dans la demande, et lance jusqu’au 30 octobre une enquête pour le mesurer en Europe.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
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