Solaire communautaire : comment le Minnesota fait baisser la facture des ménages sans panneaux sur le toit
Au Minnesota, un ménage peut alléger sa facture d’électricité de 15 % au plus en s’abonnant à un « jardin solaire » proche de chez lui, sans rien installer ni avancer d’argent. Ce programme de solaire communautaire, lancé en 2013 et plusieurs fois étendu depuis, inspire aujourd’hui d’autres États américains confrontés à la flambée des tarifs.
En bref
- Le Minnesota a créé en 2013 un programme de jardins solaires communautaires, qui porte désormais le nom de l’ancienne présidente de la Chambre de l’État, Melissa Hortman.
- Plus de 800 MW de solaire communautaire y sont en service, ce qui place l’État parmi les premiers marchés du pays.
- Propriétaires et locataires s’abonnent à une centrale voisine et reçoivent un crédit sur leur facture, avec jusqu’à 15 % d’économie annoncée.
- La loi actuelle prévoit des économies garanties et des critères liés aux revenus pour que les ménages, et pas seulement les entreprises, en profitent.
- Le développeur Enterprise Energy, basé à Minneapolis, dit alimenter environ 10 000 foyers et vise 30 000 foyers de plus en un an.
Pourquoi l’électricité coûte de plus en plus cher aux États-Unis
Les compagnies d’électricité américaines sont prises en tenaille. D’un côté, la consommation repart à la hausse : chauffage et transports s’électrifient, les voitures électriques se multiplient et, surtout, les centres de données poussent à grande vitesse. De l’autre, une bonne partie des lignes et des postes a vieilli et réclame des renforts.
Ces chantiers se chiffrent en milliards de dollars, et une part de la note finit sur la facture des abonnés. Le moment est mal choisi : l’inflation pèse déjà sur les budgets familiaux. Compter sur une baisse naturelle des prix de l’électricité ne suffit donc pas, d’où l’intérêt porté à l’expérience du Minnesota.
Le principe des jardins solaires
Un jardin solaire est une centrale au sol de taille moyenne, implantée près des habitations qu’elle sert. Au lieu de poser des modules sur leur propre toit, les foyers achètent un abonnement à une fraction de la production. La valeur de cette électricité revient ensuite sous forme de crédit sur leur facture habituelle, à partir de cet automne pour les nouveaux souscripteurs.
Le dispositif lève deux obstacles bien connus du solaire résidentiel : il n’exige aucun investissement de départ et il reste ouvert aux locataires ou aux occupants d’un toit mal orienté. Pour un particulier français qui hésite encore, comparer ce type d’offre avec la rentabilité d’une installation sur sa propre toiture reste un bon réflexe.
Un programme rebaptisé en 2026
Le programme a été écrit en 2013 par la parlementaire Melissa Hortman, assassinée en juin 2025. La loi qui lui donne son nom est entrée en vigueur le 15 avril 2026, après un vote très largement transpartisan, comme le rappelle le département du Commerce du Minnesota et l’a détaillé pv magazine USA.
Un développeur local en forte croissance
Enterprise Energy, installé à Minneapolis, est l’un des acteurs qui exploitent ce cadre. Son patron, Eric Pasi, résume son argument : « L’énergie solaire n’est plus un luxe coûteux. Elle est désormais l’une des sources de production d’électricité les plus abordables du pays. » Selon lui, la politique de l’État permet d’y accéder « sans avoir à investir plusieurs milliers de dollars dans une installation solaire en toiture ».

L’entreprise affirme desservir aujourd’hui quelque 10 000 foyers et compte en ajouter environ 30 000 au cours de l’année à venir. Elle a pris la tête du classement Inc. 5000 2026 pour le Minnesota et la quatrième place nationale dans la catégorie énergie. Elle s’étend aussi dans l’Illinois, qui dispose d’un mécanisme du même type, avec l’ambition affichée de proposer « un modèle reproductible » au reste du pays.
Biodiversité et pâturage sous les panneaux
D’après Eric Pasi, les jardins de la société évitent chaque année près de 100 millions de livres de CO₂, soit environ 45 000 tonnes. Les sites sont semés de mélanges de fleurs favorables aux pollinisateurs, censés améliorer les sols ; certains accueillent des cultures basses sous les rangées de modules, d’autres des moutons. L’entreprise dit aussi acheter, quand elle le peut, du matériel fabriqué aux États-Unis afin de soutenir l’emploi local dans la filière.
Et en France ?
Le modèle du Minnesota se rapproche, dans l’esprit, de l’autoconsommation collective et des projets d’énergie citoyenne qui se développent en France : partager la production d’une centrale locale entre plusieurs consommateurs. La différence tient surtout à l’échelle et au cadre, puisque l’État américain a bâti un programme dédié, avec des garanties d’économies et une place réservée aux ménages modestes. Pour estimer ce que produirait une installation chez vous, le simulateur solaire du site donne un premier ordre de grandeur.
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’un jardin solaire communautaire ?
C’est une centrale photovoltaïque locale dont la production est partagée entre des abonnés du voisinage. Chacun reçoit un crédit sur sa facture d’électricité proportionnel à sa part, sans installer de panneaux chez lui.
Combien un abonné du Minnesota peut-il économiser ?
Les abonnés aux jardins solaires du Minnesota peuvent réduire leur facture d’électricité jusqu’à 15 %, sans investissement initial, selon les acteurs du programme.
Les locataires peuvent-ils s’abonner ?
Oui. Comme rien n’est installé sur le logement, propriétaires et locataires du Minnesota peuvent souscrire de la même manière à une centrale située à proximité.
Pourquoi le programme porte-t-il le nom de Melissa Hortman ?
Melissa Hortman avait rédigé la loi de 2013 qui a créé le programme. Le Minnesota l’a rebaptisé en son honneur par une loi entrée en vigueur le 15 avril 2026.
En résumé
Avec plus de 800 MW en service et des économies annoncées jusqu’à 15 %, le solaire communautaire du Minnesota montre qu’on peut faire profiter du photovoltaïque les foyers qui n’ont ni toit adapté ni capital à investir. Face à la hausse des tarifs liée aux réseaux et aux centres de données, d’autres États, comme l’Illinois, s’engagent dans la même voie.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
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