Prix négatifs : la France file vers un nouveau record, selon le rapport d’OMNEGY
La France se dirige vers un nouveau record annuel d’heures à prix nul ou négatif : 571 heures en seulement six mois en 2026, contre 742 sur toute l’année 2025, selon le rapport d’OMNEGY « Énergies renouvelables – 2026 : les records changent de visage ». Pour ses auteurs, la transition électrique européenne a gagné la bataille du volume, mais pas encore celle du système.
En bref
- 571 heures à prix nul ou négatif en France au premier semestre 2026, après 742 sur l’année 2025.
- Le 24 août 2026, le mégawattheure valait 92 centimes à 13 heures et 189 euros huit heures plus tard.
- Le solaire français a produit 17,4 TWh au premier semestre, plus du double du gaz (8,2 TWh).
- Les renouvelables ont couvert 33,3 % de la consommation française sur le semestre.
- Le rapport propose cinq chantiers aux entreprises, de la stratégie d’achat à la flexibilité.
Abondance à midi, rareté le soir
Le 24 août 2026 résume le paradoxe : à 13 heures, le mégawattheure s’échangeait à 92 centimes sur le marché de gros français ; huit heures plus tard, il valait 189 euros. L’abondance renouvelable de la mi-journée coexiste avec une rareté persistante le soir.
À l’échelle de l’Union européenne, le premier semestre 2026 a vu un record de 398,8 TWh d’électricité éolienne et solaire, dont 162,1 TWh de solaire. Selon le rapport, qui s’appuie sur les données d’Ember, le solaire a été la première source d’électricité du continent sur un mois entier en juin puis en juillet 2026. Dans le même temps, la production fossile a regagné 18 % en deux ans.
France : le solaire change de statut
Avec 17,4 TWh produits en six mois, le solaire français a dépassé de plus du double le gaz naturel (8,2 TWh). L’éolien (25,9 TWh) talonne l’hydraulique (28,5 TWh), fragilisée par la sécheresse, et le charbon est tombé à 0,25 TWh. Les renouvelables ont couvert 33,3 % de la consommation, contre 20 % dix ans plus tôt, tout près du record de 33,5 % de 2024.
Avec le nucléaire, le mix français atteint 95,2 % de production décarbonée. Les émissions sont tombées à 4,9 Mt de CO₂ sur le semestre selon RTE, et la France a battu son record d’exportation avec 51 TWh nets en six mois, pour environ 3 milliards d’euros.
Un parc qui a basculé
Fin 2025, la France comptait 53,5 GW d’éolien et de solaire, plus de trois fois le niveau de 2014. Le solaire, avec 28,25 GW, a dépassé l’éolien terrestre puis l’hydraulique en puissance installée. L’éolien en mer reste à 1,5 GW, mais l’appel d’offres AO10, environ 10 GW à attribuer début 2027, doit lui donner une taille industrielle.
Cinq chantiers pour les entreprises
Acheter la structure de la courbe
Au 31 août 2026, le calendaire 2027 cotait 70,6 €/MWh, quand les échéances 2028 et 2029 restaient à 53,8 et 52,4 €/MWh. OMNEGY conseille de sécuriser l’énergie par tranches sur 2028-2030 et de documenter chaque décision face à un budget de référence.

Chiffrer la flexibilité
Entre les heures à prix négatif et les pointes au-delà de 150 €/MWh, un profil de consommation piloté vaut de la marge. Trois étapes : déplacer les usages vers les heures solaires, valoriser l’effacement, investir dans le stockage derrière le compteur, après un suivi fin de la courbe de charge.
Valoriser l’avantage carbone français
Avec 19,6 gCO₂ par kilowattheure produit en 2025, contre environ 178 en moyenne européenne, la France dispose d’un atout pour les bilans carbone, le reporting CSRD et le mécanisme carbone aux frontières.
Négocier les PPA à la valeur horaire
Le taux de captation solaire est tombé à 10 % en avril 2026, selon le rapport : un mégawattheure solaire ne vaut pas un mégawattheure moyen. Dans un contrat « pay-as-produced », le risque de profil revient à l’acheteur ; dans un contrat « baseload », il est facturé par le producteur.
Traiter le gaz comme un risque réel
Le système reste adossé au gaz pour l’équilibrage. Depuis la fin de l’ARENH, rappelle OMNEGY, il n’existe plus d’amortisseur réglementaire automatique sous les seuils du versement nucléaire universel : la protection contre les scénarios extrêmes passe désormais par les contrats.
Questions fréquentes
Combien d’heures à prix négatif la France a-t-elle connu en 2026 ?
Selon OMNEGY, 571 heures à prix nul ou négatif au premier semestre 2026, contre 742 sur toute l’année 2025. Le record annuel devrait tomber à l’automne.
Pourquoi les prix de l’électricité deviennent-ils négatifs ?
Parce qu’à la mi-journée la production, notamment solaire, dépasse la demande, alors que la flexibilité et le stockage restent insuffisants pour décaler cette électricité vers le soir.
Comment une entreprise peut-elle profiter des prix négatifs ?
En déplaçant ses usages pilotables vers les heures solaires, en valorisant l’effacement et en investissant dans le stockage derrière le compteur, après un suivi précis de sa courbe de charge.
En résumé
Le rapport d’OMNEGY montre une France à l’électricité abondante et décarbonée, mais confrontée à des prix de plus en plus volatils d’une heure à l’autre. Pour les entreprises, la valeur de l’électricité se gagne désormais heure par heure : achats par tranches, flexibilité, PPA négociés à la valeur horaire et couverture du risque gaz.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
Espace d'échanges et avis
La parole est à vous !