Panneaux hybrides PVT à air : Thermasol récupère la chaleur des modules pour sécher le bois
Thermasol, une jeune entreprise installée à Pantin, récupère la chaleur perdue sous les panneaux photovoltaïques pour la souffler dans des séchoirs à bois, à foin ou à céréales. Son système de panneaux hybrides PVT à air, baptisé Thermasol Air System, combine dans un même module production d’électricité et production d’air chaud.
En bref
- Un module photovoltaïque transforme moins de 25 % du rayonnement reçu en électricité : le reste se dissipe en chaleur.
- Thermasol capte cette chaleur en sous-face avec de l’air, qui sert de fluide caloporteur ; la technologie est protégée par deux brevets.
- Selon la certification Solar Keymark, 51 % de l’énergie est récupérée en chaleur, soit un rendement global de 73 % avec un module à 22 %.
- Les séchoirs fonctionnent sans apport extérieur : les panneaux alimentent eux-mêmes la ventilation et la régulation.
- La fiche CEE AGRI-EQ-110 citée par l’entreprise a été abrogée par un arrêté du 18 septembre 2026.
Le principe : valoriser la chaleur qu’un panneau gaspille
Quand il est exposé au soleil, un panneau photovoltaïque chauffe. Cette chaleur ne sert à rien dans une installation classique, et elle fait même baisser légèrement la production électrique. C’est le point de départ de Thermasol, fondée il y a un peu plus de deux ans et demi et hébergée au sein de l’écosystème Paris Eco Environnement, à Pantin.
Les panneaux dits PVT (photovoltaïques et thermiques) existent déjà, le plus souvent avec de l’eau ou du glycol. Thermasol a choisi l’air. Le gaz circule sous chaque module, passe d’un panneau à l’autre, puis il est aspiré par un ou plusieurs ventilateurs dimensionnés pour tout le champ. Il transite ensuite par une chambre de compression avant d’être envoyé vers des séchoirs capables de traiter plusieurs matières.
Électricité et chaleur sur le même module
D’après l’équipe technique, un module récent fournit « environ 550 Wc électriques et près de 1,4 kW thermiques ». L’entreprise annonce « plus de 2 kW cumulés par panneau » ; l’addition des deux valeurs citées donne pour sa part un peu moins de 2 kW. Thermasol estime récupérer « en gros trois fois plus d’énergie », selon les conditions extérieures.
La certification Solar Keymark, référence européenne pour les capteurs solaires thermiques, fixe à 51 % la part de chaleur récupérée. Avec un module dont le rendement électrique est de 22 %, l’ensemble atteint donc 73 % : seuls 27 % de l’énergie reçue sont perdus.
Conçus en France, fabriqués en Chine
Les modules sont dessinés en France mais produits près de Shanghai par un sous-traitant OEM, selon le cahier des charges de Thermasol. Pour 2026, l’entreprise prévoit la sortie de près de 100 000 panneaux, d’une puissance comprise entre 450 et 630 Wc.
Le séchage du bois, premier débouché
Thermasol vise pour l’instant les exploitations forestières et agricoles françaises, qui ont besoin de chaleur tous les jours. Dans la filière bois, l’écart est net : à l’air libre, il faut compter 18 à 24 mois de séchage, alors que le séchoir solaire fait descendre le bois sous 20 % d’humidité en quelques semaines. « Sans brûler de bois pour sécher du bois, et sans gaz ni fioul », souligne Laurent Bensaïd, directeur commercial centre-est, pour qui l’entreprise est « un acteur efficace de la décarbonation de cette activité ».

Les séchoirs ne puisent rien sur le réseau : ventilation et régulation tournent avec l’électricité des panneaux hybrides. Sur une installation de 100 kWc fournissant 250 kW de chaleur, les ventilateurs demandent environ 20 kW. Cette consommation sur place fait grimper le taux d’autoconsommation de la partie photovoltaïque, un levier clé de la rentabilité des panneaux solaires.
Les commerciaux démarchent aussi l’agriculture pour le séchage du foin, des céréales, des châtaignes ou des plantes. L’étape suivante, selon Laurent Bensaïd, sera le chauffage de bâtiments dans le logement, le tertiaire et l’industrie.
Financement CEE : une fiche abrogée depuis septembre
Dans le brouillon dont est tiré cet article, Laurent Bensaïd met en avant la fiche CEE AGRI-EQ-110, qui permettait de financer « une part significative d’un séchoir solaire ». Or cette fiche « Séchage solaire par insufflation des produits et co-produits agricoles et forestiers utilisant des panneaux solaires hybrides » a été abrogée par l’arrêté du 18 septembre 2026 publié sur Légifrance. Les exploitants qui comptaient sur cette prime doivent donc chercher d’autres financements ; notre guide des aides solaires 2026 fait le point sur les dispositifs existants. Le fonctionnement général des certificats d’économies d’énergie est présenté par le ministère de la Transition écologique.
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’un panneau solaire hybride PVT à air ?
C’est un panneau photovoltaïque sous lequel circule de l’air. Le module produit de l’électricité sur sa face avant, tandis que l’air récupère la chaleur accumulée en sous-face et peut être utilisé pour chauffer ou sécher.
Quel rendement annonce Thermasol pour ses panneaux hybrides ?
Thermasol annonce un rendement global de 73 % : 22 % d’électricité et 51 % de chaleur récupérée, cette dernière valeur étant établie par la certification Solar Keymark.
Combien de temps faut-il pour sécher du bois avec un séchoir solaire ?
Selon Thermasol, quelques semaines suffisent pour ramener le bois sous 20 % d’humidité, contre 18 à 24 mois pour un séchage naturel à l’air libre.
La prime CEE AGRI-EQ-110 pour le séchage solaire existe-t-elle encore ?
Non. La fiche AGRI-EQ-110 a été abrogée par un arrêté du 18 septembre 2026 publié au Journal officiel. Elle ne permet plus de financer de nouveaux séchoirs solaires à panneaux hybrides.
En résumé
Thermasol transforme la chaleur perdue des panneaux photovoltaïques en air chaud pour sécher le bois et les récoltes, avec un rendement global annoncé de 73 % et des séchoirs autonomes en énergie. Son premier marché est la filière forestière française, avant le chauffage de bâtiments. Le contexte financier s’est en revanche durci : la fiche CEE dédiée à ce type de séchoir a été abrogée en septembre 2026.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
Aurélien CHAPUIS
30/10/2026 à 10h04Une PME française récupère trois fois plus d'énergie sur ses panneaux, et l'État supprime l'aide qui finançait ses séchoirs.
Thermasol souffle l'air chaud récupéré sous les modules dans des séchoirs à bois. Pas de gaz, pas de fioul, pas de bois brûlé pour sécher du bois. Exactement la décarbonation concrète et rurale qu'on prétend vouloir.
La fiche CEE qui finançait ce type de séchoir a pourtant été abrogée par un arrêté du 18 septembre.
Toujours le même schéma : on crée un dispositif, des entreprises bâtissent leur modèle dessus, puis on le retire. Qui investit encore dans une technologie quand l'aide qui la rend rentable peut disparaître d'un arrêté ?
Combien d'innovations françaises l'État laissera-t-il encore sur le bord de la route avant d'admettre que son instabilité coûte plus cher que ses primes ?