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Ombrières solaires : 85 % des grands parkings de supermarchés n’en ont toujours pas, selon Parksun

Par Aurélien CHAPUIS 5 min de lecture Partager
Ombrières solaires : 85 % des grands parkings de supermarchés n’en ont toujours pas, selon Parksun

Trois mois après l’échéance du 1er juillet 2026 fixée par la loi APER, la grande majorité des parkings de supermarchés reste à découvert : d’après le premier relevé national publié par Parksun, 85 % des parkings de 10 000 m² et plus des distributeurs alimentaires ne montrent encore aucune ombrière photovoltaïque visible. Le gisement est pourtant considérable : environ 6,3 GWc, soit de l’ordre de 7 TWh par an.

En bref

  • Parksun, cadastre solaire des parkings français, a passé en revue 16 790 grandes surfaces alimentaires et magasins spécialisés, un par un.
  • Chez les distributeurs alimentaires, 1 456 grands parkings sur 1 713 n’ont aucune ombrière visible.
  • La part de parkings équipés serait aujourd’hui autour de 8 à 10 %, contre 4,5 % sur les photos aériennes de 2023.
  • E.Leclerc (16,3 %) et Système U (15,0 %) font environ deux fois mieux que la moyenne ; plusieurs enseignes plafonnent autour de 3 %.
  • Solariser la moitié des 62,8 km² concernés représenterait environ 6,3 GWc et 7 TWh par an.

Ce que la loi APER exige des parkings

La loi d’accélération de la production d’énergies renouvelables, dite APER, oblige les parkings extérieurs de plus de 1 500 m² à couvrir la moitié de leur surface d’ombrières photovoltaïques. Le calendrier dépend de la taille : les parkings de 10 000 m² et plus devaient être en règle au 1er juillet 2026, ceux compris entre 1 500 et 10 000 m² ont jusqu’au 1er juillet 2028. Un gestionnaire qui avait signé son contrat avant le 30 juin 2026 bénéficie d’un report au 1er janvier 2028.

Le non-respect peut coûter cher : après une mise en demeure du préfet, l’amende peut grimper jusqu’à 40 000 € par an pour les plus grands parkings et 20 000 € pour les autres. Pour un propriétaire qui se lance, notre guide des démarches administratives pour les panneaux solaires rappelle les étapes à franchir avant le chantier.

Un rattrapage réel, mais encore très loin du compte

Jusqu’ici, personne ne suivait l’application concrète de l’obligation. Matthieu Mazzega, de Parksun, décrit une progression nette mais tardive : « La part équipée passe de 4,5 % sur les photos de 2023 à 6,7 % sur celles de 2025 et 9 % sur celles de 2026. On voit donc que le rythme s’est accéléré à l’approche de l’échéance de juillet 2026, et la part réelle aujourd’hui est autour des 8 à 10 % ».

Autrement dit, l’approche de la date butoir a bien déclenché des chantiers, mais à ce rythme l’écart avec l’objectif fixé par la loi reste énorme. À la clôture du baromètre, les ombrières déjà construites sur ces parkings occupaient environ 146 hectares.

Le chiffre de 85 % doit toutefois être lu avec prudence : une partie des enseignes a pu signer avant le 30 juin 2026 le contrat qui repousse l’échéance à 2028, ce que les images aériennes ne permettent pas de voir. Et 5 960 parkings de supermarchés, d’une surface comprise entre 1 500 et 10 000 m², ne sont pas encore en retard puisque leur date limite tombe en juillet 2028.

Des écarts marqués entre enseignes

Les mieux placées

Côté alimentaire, E.Leclerc affiche 16,3 % de parkings équipés et Système U 15,0 %, soit environ le double de la moyenne. Parmi les magasins spécialisés, Feu Vert et Norauto figurent aussi dans le haut du classement.

Celles qui ferment la marche

Selon le relevé, Carrefour, Netto, Grand Frais, Castorama et Conforama se situent autour de 3 % de parkings équipés. Parksun précise que sa mesure ne vaut pas constat d’infraction : les reports par contrat et les exemptions éventuelles ne lui sont pas connus.

Ombrières solaires : 85 % des grands parkings de supermarchés n’en ont toujours pas, selon Parksun

Un gisement de 7 TWh par an

Les parkings de supermarchés concernés totalisent 62,8 km². En couvrir la moitié, comme le prévoit la loi, permettrait d’installer environ 6,3 GWc de panneaux, pour une production de l’ordre de 7 TWh par an selon Parksun. Pour situer l’ampleur de la production solaire et de la consommation française, les bilans publiés par RTE offrent des points de comparaison, et le texte de la loi APER est consultable sur Légifrance.

Pour les enseignes, l’intérêt n’est pas que réglementaire : une ombrière produit de l’électricité consommée sur place ou vendue, et protège les véhicules du soleil. La rentabilité des panneaux solaires dépend toutefois fortement du taux d’autoconsommation et du coût de la structure.

Comment le relevé a été construit

Parksun a mesuré chaque magasin individuellement à partir de sources publiques. Les adresses viennent des localisateurs des enseignes, via le projet ouvert All The Places, et d’OpenStreetMap. Le contour des parkings, voies de circulation comprises, provient de la BD TOPO de l’IGN ou d’OpenStreetMap. Les ombrières ont été détectées sur le LiDAR HD de l’IGN, puis vérifiées une à une sur la photo aérienne la plus récente. Seules les ombrières photovoltaïques entrent dans le décompte.

La méthode a ses limites : selon les départements, les clichés de l’IGN datent de 2023 à 2026, si bien que les ombrières bâties depuis n’apparaissent pas. Les exemptions et les reports obtenus par contrat restent invisibles.

Questions fréquentes

Quels parkings sont concernés par l’obligation d’ombrières de la loi APER ?

Les parkings extérieurs de plus de 1 500 m² doivent couvrir la moitié de leur surface d’ombrières photovoltaïques. Ceux de 10 000 m² et plus avaient jusqu’au 1er juillet 2026, ceux de 1 500 à 10 000 m² ont jusqu’au 1er juillet 2028.

Quelle sanction en cas de non-respect de l’obligation ?

Après mise en demeure du préfet, l’amende peut atteindre 40 000 € par an pour les plus grands parkings et 20 000 € par an pour les autres.

Un parking sans ombrière en octobre 2026 est-il forcément en infraction ?

Non. Un contrat signé avant le 30 juin 2026 reporte l’échéance au 1er janvier 2028, et certaines exemptions existent. Le relevé de Parksun mesure la présence d’ombrières visibles, il ne constate pas d’infraction.

Combien d’électricité pourraient produire les parkings de supermarchés ?

D’après Parksun, couvrir la moitié des 62,8 km² de parkings de supermarchés concernés représenterait environ 6,3 GWc, soit de l’ordre de 7 TWh par an.

En résumé

Le premier baromètre national de Parksun montre que l’obligation de solariser les grands parkings, entrée en vigueur le 1er juillet 2026, reste très peu appliquée : 85 % des grands parkings de supermarchés n’ont aucune ombrière visible et le taux d’équipement réel tournerait autour de 8 à 10 %. E.Leclerc et Système U se détachent, d’autres enseignes plafonnent vers 3 %. Le potentiel, lui, est massif : environ 6,3 GWc et 7 TWh par an.

Espace d'échanges et avis

  • Aurélien CHAPUIS
    30/10/2026 à 10h04

    Une obligation que personne ne contrôle n'est qu'une suggestion.

    Trois mois après l'échéance du 1er juillet, 85 % des grands parkings de supermarchés n'ont toujours aucune ombrière visible. Et il a fallu qu'un acteur privé épluche les photos aériennes, magasin par magasin, pour qu'on le sache. Jusqu'ici, personne ne mesurait l'application de la loi.

    C'est toute la méthode de l'État sur le solaire : voter un texte ambitieux, l'assortir de reports, puis se désintéresser du suivi. Ceux qui ont investi à temps passent pour des naïfs, ceux qui attendent parient sur des contrôles qui ne viennent pas.

    Pendant ce temps, des milliers d'hectares de bitume déjà artificialisés restent nus, alors que c'est le gisement le moins contesté qui soit.

    Si l'État n'est même pas capable de compter les parkings en règle, de quel droit exige-t-il encore des efforts des particuliers et des installateurs ?

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