« La fin du feu » : Stéphane His décrit la sortie de l’âge de la combustion et le retard français
Dans « La fin du feu. Énergie : la grande bascule », paru le 26 octobre 2026 aux éditions La Butineuse, l’ingénieur Stéphane His soutient que le monde a déjà commencé à abandonner la combustion au profit de l’électricité, et que la France, pourtant bien placée, n’en a pas encore tiré les conséquences. Ce premier essai, préfacé par Corinne Lepage, compte 198 pages et coûte 24 €.
En bref
- Thèse centrale : le système énergétique passe de « l’âge du feu » à celui de l’électron, et l’argent a suivi pour des raisons de coûts avant des raisons climatiques.
- Trois repères cités par l’auteur : deux dollars sur trois investis dans l’énergie vont au bas carbone, le solaire produit l’électricité la moins chère jamais vue, une voiture neuve sur quatre vendue dans le monde est électrique.
- L’ouvrage répond à plusieurs objections courantes, dont l’idée que les métaux seraient « le nouveau pétrole ».
- Une large partie traite de la stratégie industrielle chinoise dans les renouvelables.
- Pour la France, le diagnostic porte moins sur le mix électrique que sur l’électrification des usages, encore très en retard.
Un livre sur la fin de la combustion
Depuis deux cents ans, produire de l’énergie revient presque toujours à brûler quelque chose : charbon, pétrole, gaz ou bois. Stéphane His reconstitue cette histoire industrielle pour mieux décrire ce qui prend le relais. Le moteur électrique l’emporte sur le moteur thermique, la pompe à chaleur fait mieux que la chaudière, et un réseau où la production est répartie résiste mieux que l’architecture centralisée héritée des débuts de l’électricité, à l’époque d’Edison et de Tesla.
Pour l’auteur, ce mouvement n’est pas d’abord idéologique. Les capitaux se sont déplacés parce que les comptes ont changé : le solaire, en particulier, est devenu imbattable sur le coût de production. Pour un particulier, la même logique se retrouve à petite échelle dans le calcul de la rentabilité des panneaux solaires.
Les métaux ne sont pas le nouveau pétrole
Parmi les objections traitées, celle des matières premières occupe une place à part. Un combustible disparaît une fois brûlé et doit être racheté sans fin ; un métal reste dans l’équipement, qui fonctionne environ vingt-cinq ans puis peut être recyclé presque entièrement. Pour Stéphane His, assimiler ces deux formes de dépendance est une erreur de raisonnement.
La Chine, gagnante d’un marché inventé en Europe
L’essai s’attarde longuement sur la Chine. Pauvre en pétrole, le pays a fait de cette faiblesse un levier industriel et s’est imposé très vite sur les équipements renouvelables, alors que l’Europe avait été pionnière sur ce marché avant d’en perdre la maîtrise.
Un essai nuancé sur le nucléaire et la biomasse
L’auteur ne se pose pas en militant. Il reconnaît un rôle réel au nucléaire, surtout là où des réacteurs fonctionnent déjà, se garde de présenter les renouvelables comme une solution à tout, et juge la biomasse avec la même rigueur que les autres filières.
Le paradoxe français : une électricité propre, des usages fossiles
La critique la plus dure vise la France. Son électricité figure parmi les moins carbonées au monde, mais selon l’auteur, les deux tiers de l’énergie consommée dans le pays proviennent encore de combustibles fossiles importés, une facture qui dépasse 60 milliards d’euros par an. Dans le même temps, la consommation d’électricité est retombée à son niveau de 2005.

D’où sa conclusion : le retard ne tient pas à la façon dont la France produit son courant, mais au faible nombre d’usages qui y ont basculé (chauffage, mobilité, procédés industriels). Il voit dans ce constat une raison d’espérer, puisque les freins qu’il identifie sont d’ordre réglementaire et culturel, et peuvent donc être levés. Les données publiques de RTE sur la consommation d’électricité et les bilans de l’ADEME permettent de suivre ce sujet.
Qui est Stéphane His ?
Ingénieur, Stéphane His travaille depuis trente ans sur la transformation du secteur énergétique. Il a commencé en 1997 comme analyste stratégique à l’Institut français du pétrole, devenu IFP Énergies nouvelles, en travaillant notamment sur la prospective des transports. En 2008, il est passé chez Technip, où il a dirigé les produits liés aux renouvelables et lancé l’activité éolien en mer du groupe.
À partir de 2016, il a été expert senior en finance climat à l’Agence française de développement. Consultant indépendant depuis 2020, il conseille énergéticiens, industriels et institutions sur la baisse de leurs émissions. En 2023, il a cofondé l’association « Énergies renouvelables pour tous », qu’il préside et qui rassemble une cinquantaine d’ingénieurs, de scientifiques, de juristes et d’économistes. Il tient une chronique dans Alternatives économiques.
Questions fréquentes
De quoi parle le livre « La fin du feu » de Stéphane His ?
Cet essai décrit le passage d’un système énergétique fondé sur la combustion à un système fondé sur l’électricité, porté selon l’auteur par le faible coût du solaire et par l’efficacité supérieure des moteurs électriques et des pompes à chaleur. Il consacre aussi une partie importante à la Chine et au cas de la France.
Quel est le principal retard de la France selon Stéphane His ?
Pour l’auteur, la France produit déjà une électricité très peu carbonée, mais elle électrifie trop peu ses usages : les deux tiers de son énergie viennent encore de fossiles importés, pour plus de 60 milliards d’euros par an. Il juge ces obstacles réglementaires et culturels, donc surmontables.
Le livre est-il opposé au nucléaire ?
Non. Stéphane His reconnaît au nucléaire une place réelle, notamment dans les pays qui en disposent déjà, et refuse de présenter les énergies renouvelables comme une panacée.
Où trouver « La fin du feu » et à quel prix ?
Le livre est publié par les éditions La Butineuse (198 pages, ISBN 978-2-493291-99-8) et vendu 24 € en librairie depuis le 26 octobre 2026.
En résumé
« La fin du feu » défend l’idée que la bascule vers l’électricité a déjà eu lieu à l’échelle mondiale, pour des raisons économiques autant que climatiques. Stéphane His y bat en brèche plusieurs idées reçues, analyse l’avance chinoise et pointe le paradoxe français d’une électricité décarbonée au service d’usages encore largement fossiles. Pour qui veut passer à l’électricité solaire chez soi, le simulateur de panneaux solaires donne une première estimation.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
Aurélien CHAPUIS
06/11/2026 à 9h42Nous avons l'une des électricités les plus propres du monde, et nous continuons à brûler du fossile importé pour l'essentiel de nos besoins.
C'est le paradoxe que Stéphane His met au centre de « La fin du feu » : les deux tiers de nos usages énergétiques restent fossiles, pour plus de 60 milliards d'euros par an, pendant que la consommation d'électricité est revenue à son niveau de 2005.
Je partage son diagnostic. Depuis des années, le débat public s'épuise sur le mix électrique, nucléaire contre renouvelables, alors que la vraie bataille est ailleurs : chauffage, mobilité, industrie.
Et si les freins sont réglementaires et culturels, comme il l'écrit, alors ce retard est d'abord un choix politique. Personne ne nous l'impose.
Qui, au gouvernement, assume aujourd'hui de faire de l'électrification des usages la priorité, plutôt que de rejouer pour la énième fois le match du mix ?