Jeremy Rifkin et « Rescuing the Future » : une IA décentralisée qui roulerait au solaire et à l’éolien
Dans « Rescuing the Future », son nouveau livre, l’essayiste américain Jeremy Rifkin défend l’idée qu’une intelligence artificielle répartie entre citoyens, communes et petites entreprises finira par supplanter celle des géants du numérique, et que cette bascule reposera sur une électricité solaire et éolienne produite localement. Un extrait diffusé en français, sous le titre « Sauvons l’avenir », détaille cette vision où les réseaux d’énergie deviennent l’ossature de l’IA de demain.
En bref
- Jeremy Rifkin publie « Rescuing the Future », un essai sur l’avenir de l’intelligence artificielle, chez l’éditeur britannique Polity.
- Il oppose l’IA des grandes plateformes, centralisée dans d’immenses centres de données, à ce qu’il nomme « l’IA du Peuple », distribuée au plus près des usagers.
- Au cœur de son raisonnement : un « internet électrique » où particuliers, agriculteurs et collectivités produisent leur courant solaire et éolien et partagent le surplus.
- L’auteur décrit cinq réseaux appelés à converger : communication, électricité, mobilité, eau et bâtiments intelligents.
- Selon lui, la latence des grands centres de données distants plaide pour l’informatique « en périphérie » (edge computing).
Une thèse : l’IA va suivre le chemin de l’énergie distribuée
Le point de départ de Rifkin est simple : la puissance de calcul aujourd’hui concentrée chez quelques groupes mondiaux ne serait qu’une étape. À ses yeux, l’intelligence artificielle portée par les citoyens se trouve sur une trajectoire de croissance telle qu’elle pourrait prendre l’avantage sur les acteurs du secteur bien avant le milieu du siècle, dans ce qu’il appelle les « biorégions ». Il y voit un basculement de paradigme qui redonnerait du pouvoir aux habitants.
L’auteur inscrit cette évolution dans ce qu’il présente depuis plusieurs livres comme la « troisième révolution industrielle ». Il rappelle que 5,78 milliards de personnes possèdent déjà un smartphone, un outil dont le coût d’usage supplémentaire est presque nul, et que ce réseau de communication planétaire est en train de se marier avec un réseau électrique numérisé.
Un « internet électrique » alimenté par le soleil et le vent
C’est le passage qui intéresse le plus la filière photovoltaïque. Rifkin décrit un monde où les producteurs d’électricité ne sont plus seulement de grandes centrales, mais une multitude d’acteurs : entreprises locales ou nationales, exploitations agricoles, propriétaires de logements, associations de quartier, organisations civiles et administrations. Chacun alimente ses propres besoins avec des panneaux solaires ou des éoliennes.
Le courant non consommé circule ensuite sur un réseau que l’auteur imagine de plus en plus numérique, piloté par des données et des algorithmes, et appelé à devenir transcontinental. La comparaison qu’il choisit parle d’elle-même : on partagerait l’électricité verte comme on échange déjà des informations ou des vidéos en ligne. Pour un particulier, la logique rejoint celle de l’autoconsommation avec revente du surplus, dont l’intérêt économique se calcule au cas par cas, comme le montre notre guide sur la rentabilité des panneaux solaires.
Mobilité, eau et bâtiments dans la même boucle
Rifkin ne s’arrête pas à l’électricité. Il ajoute un troisième réseau, celui de la mobilité et de la logistique, composé selon lui de millions de véhicules électriques puis de véhicules à hydrogène, rechargés par cette électricité renouvelable et de plus en plus autonomes, sur la route comme sur le rail, l’eau ou dans les airs.
Un quatrième réseau concerne l’eau : l’essayiste anticipe des dizaines de milliers, puis d’ici 2050 des centaines de millions, de microréseaux qui capteraient la pluie là où elle tombe pour la stocker au profit des habitants, de l’industrie et de l’agriculture. Le cinquième rassemblerait des bâtiments intelligents, construits notamment par impression 3D et truffés de capteurs connectés. Tous ces réseaux échangeraient en permanence des données, nourries par des capteurs installés aussi bien dans les rivières et les champs que dans les entrepôts, les usines et surtout les logements.
Pourquoi l’auteur parie sur l’informatique en périphérie
Le second pilier du livre est technique. Pour Rifkin, la collecte et le traitement massif des données par quelques entreprises mondiales vont progressivement laisser place à un traitement local, au plus près des événements, dans des milliers puis peut-être des millions de petits centres de données dits « en périphérie ».

Son principal argument est le temps de réponse. Un centre de calcul situé à des centaines de kilomètres réagit trop lentement quand une décision doit être prise sur-le-champ. L’exemple qu’il retient est celui d’une voiture autonome sur le point de percuter un obstacle : quelques secondes d’aller-retour vers un serveur lointain peuvent suffire à rendre la réponse inutile. Il ajoute que ces infrastructures locales coûteraient moins cher et rendraient aux communautés davantage de maîtrise sur les technologies.
Côté énergie, ce raisonnement fait écho au débat sur la place du stockage et de la production au plus près des usages. Un foyer équipé de panneaux et d’une batterie solaire fonctionne déjà, à petite échelle, comme un nœud de ce réseau distribué que décrit l’essayiste.
Une vision à mettre en perspective
Le texte relève davantage du manifeste que de l’étude chiffrée : l’auteur projette des tendances sur plusieurs décennies et parle d’une « vaste démocratisation » de la vie économique, sociale et politique. Il n’en reste pas moins que la question qu’il soulève, qui contrôle demain la production d’électricité et les données qui la pilotent, se pose déjà concrètement pour les gestionnaires de réseau. En France, RTE publie les données du système électrique national, utiles pour mesurer le chemin qui reste à parcourir.
Jeremy Rifkin a signé vingt-cinq livres, traduits dans plus de trente-cinq langues. Il se présente comme l’un des principaux architectes des plans de l’Union européenne et de la Chine pour la troisième révolution industrielle, et a conseillé Charles Schumer, alors chef de la majorité au Sénat américain, sur le plan d’infrastructures des États-Unis. L’ouvrage est publié en anglais par Polity.
Questions fréquentes
De quoi parle « Rescuing the Future » de Jeremy Rifkin ?
Le livre de Jeremy Rifkin propose de repenser l’intelligence artificielle autour d’un modèle distribué, qu’il appelle « l’IA du Peuple », par opposition à l’IA concentrée chez les grandes entreprises technologiques. Il relie cette évolution à l’essor d’un réseau électrique décentralisé alimenté par le solaire et l’éolien.
Qu’est-ce que l’« internet électrique » selon Jeremy Rifkin ?
Pour Jeremy Rifkin, l’internet électrique est un réseau numérisé sur lequel une multitude de petits producteurs (particuliers, agriculteurs, entreprises, collectivités) injectent leur électricité solaire et éolienne excédentaire, qui est ensuite partagée grâce aux données et aux algorithmes, à la manière des informations sur internet.
Pourquoi Jeremy Rifkin juge-t-il les grands centres de données dépassés ?
Jeremy Rifkin estime que les centres de données éloignés répondent trop lentement aux situations qui exigent une réaction immédiate, comme un véhicule autonome face à un obstacle. Il défend donc l’informatique en périphérie, plus proche des usagers, qu’il juge aussi moins coûteuse et plus démocratique.
En résumé
Avec « Rescuing the Future », Jeremy Rifkin prolonge sa théorie de la troisième révolution industrielle en y intégrant l’intelligence artificielle. Sa thèse : comme l’électricité solaire et éolienne produite par des millions d’acteurs, l’IA quittera les grands centres de données pour se répartir au plus près des citoyens. Une vision ambitieuse, plus prospective que démontrée, qui place l’énergie renouvelable décentralisée au centre du jeu. Pour savoir ce que des panneaux donneraient sur votre propre toit, vous pouvez aussi passer par notre simulateur solaire.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
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