Combiner développement des renouvelables et pilotage de la consommation permettrait d’économiser 3,7 à 6,7 milliards d’euros par an d’ici 2030, sans dépense publique supplémentaire. C’est le chiffrage central du livre blanc publié par Octopus Energy France, appuyé sur des travaux menés avec le cabinet Compass Lexecon.
Le document décompose le potentiel selon les trois étapes de la chaîne électrique, avec un chiffrage pour chacune.
Produire : la poursuite du déploiement des renouvelables d’ici 2030 apporterait un gain net de 2 milliards d’euros par an au consommateur. Au-delà de l’effet sur les prix, ces capacités jouent un rôle d’assurance contre les crises — en 2022, leur absence aurait coûté 18 milliards d’euros supplémentaires aux consommateurs, selon l’étude.
Consommer au bon moment : la flexibilité de la demande est présentée comme une « infrastructure invisible », faite de gestes quotidiens comme la recharge nocturne d’un véhicule électrique — environ 250 euros d’économie annuelle pour un ménage. S’y ajoute la baisse des prix de gros induite par le décalage des consommations, jusqu’à 3,3 milliards d’euros par an si le pilotage des usages se généralisait.
Acheminer : le réseau étant dimensionné pour les pointes, il fonctionne le reste du temps sous sa capacité. Lisser ces pointes grâce à la flexibilité éviterait 650 millions à 1,3 milliard d’euros d’investissements de renforcement par an. Ces arbitrages entre renforcement et flexibilité sont au cœur des schémas de développement publiés par RTE.
Le deuxième levier est celui qui concerne le plus directement le solaire. Une production concentrée en milieu de journée n’a de valeur que si la consommation peut s’y adapter, faute de quoi elle tire les prix vers le bas puis cède la place au gaz en soirée. C’est précisément pourquoi la recommandation n° 5 porte sur le soutien à l’investissement des ménages dans le stockage résidentiel pilotable couplé au solaire.
« Les atouts de départ de la France sont considérables : un mix électrique largement décarboné offrant une énergie abondante, un potentiel renouvelable diversifié, et un réseau solide », explique Céline Stein, PDG d’Octopus Energy France. « Quant à l’argent nécessaire, nous le brûlons déjà : chaque année, plus de 60 milliards d’euros partent à l’étranger dans l’achat de pétrole et de gaz fossiles importés — une dépense subie que l’électrification viendra remplacer, et non alourdir. »
C’est le ressort principal du raisonnement : présenter l’électrification non comme un coût additionnel mais comme le remplacement d’une dépense existante. L’argument mérite d’être relevé pour ce qu’il est — une étude commandée par un fournisseur d’électricité, dont le modèle commercial repose précisément sur les offres pilotées et la flexibilité qu’il recommande de généraliser.

Parmi les 14 recommandations, l’axe consacré à la consommation propose notamment de faire de la flexibilité un levier d’intégration des centres de données au réseau, d’ériger la pilotabilité et l’interopérabilité en droit du consommateur, de reconnaître la flexibilité de la demande comme une capacité du système à parité avec la production, et de lui garantir un accès effectif et équitable aux mécanismes de marché. L’axe production propose par ailleurs de transformer les contrats de soutien aux renouvelables en actif stratégique de gestion du risque de prix pour l’État, et de généraliser l’intéressement tarifaire des riverains — dispositifs dont le suivi économique relève de la Commission de régulation de l’énergie.
De 3,7 à 6,7 milliards d’euros par an à l’horizon 2030 en combinant production renouvelable et flexibilité, soit au moins 60 milliards sur une décennie, et une baisse de 5 à 9 % de la facture annuelle d’un ménage moyen (60 à 110 euros TTC).
C’est la capacité à déplacer une consommation dans le temps sans perte de service : recharger un véhicule électrique la nuit, chauffer un ballon d’eau chaude en milieu de journée, décaler un procédé industriel. Agrégée à grande échelle, elle réduit les prix de gros et évite des renforcements de réseau.
Parce que la production solaire est concentrée sur quelques heures de la journée. Sans capacité à déplacer les usages ou à stocker, cette abondance se traduit par des prix très bas en journée puis par un recours aux centrales fossiles en soirée. Le livre blanc recommande d’ailleurs de soutenir le stockage résidentiel couplé au solaire.
Le livre blanc est publié par Octopus Energy France et s’appuie sur des travaux menés avec le cabinet Compass Lexecon. Les chiffrages émanent donc d’un fournisseur d’électricité, dont l’offre repose sur les mécanismes de pilotage qu’il propose de généraliser.
En résumé — le document déplace l’argumentaire habituel : il ne défend pas les renouvelables par le climat mais par la facture, et chiffre séparément ce que rapportent la production, le pilotage des usages et les renforcements de réseau évités. L’ordre de grandeur mérite discussion, la source étant partie prenante ; le raisonnement, lui, rejoint ce que documentent les gestionnaires de réseau : sans flexibilité, l’abondance solaire se perd au lieu de valoir quelque chose.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
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