Afrique du Sud : les renouvelables devraient dépasser le charbon dans les capacités installées d’ici 2035, selon GlobalData
Oui, d’après le cabinet d’études GlobalData, l’Afrique du Sud devrait compter plus de capacités renouvelables que de centrales thermiques d’ici 2035, portée par le solaire photovoltaïque et l’éolien qui prennent la place des centrales à charbon fermées. Mais le rapport prévient : le vrai frein n’est plus le manque de projets ni d’investisseurs, c’est le réseau électrique.
En bref
- GlobalData prévoit une croissance des capacités électriques sud-africaines de 3,5 % par an en moyenne entre 2025 et 2035.
- Solaire et éolien doivent remplacer les centrales à charbon qui ferment, au point de dépasser le thermique dans le parc installé.
- La fin des seuils de licence permet aux mines, industriels et distributeurs d’acheter leur courant directement à des producteurs privés.
- Les lignes de transport des régions les plus ensoleillées et ventées sont déjà presque saturées.
- Les investissements doivent se concentrer sur le solaire, l’éolien terrestre, les batteries et le réseau.
D’un monopole du charbon à un marché ouvert
Pendant des décennies, l’électricité sud-africaine a reposé sur une entreprise publique, Eskom, et sur un parc dominé par le charbon. Ce modèle se défait. Des producteurs privés construisent désormais des centrales renouvelables pour vendre leur électricité à des entreprises, à des municipalités ou au réseau, et les échanges directs entre producteurs et acheteurs prennent de l’ampleur.
Le déclencheur, selon GlobalData, a été la levée des seuils au-delà desquels une licence de production était exigée. Les gros consommateurs ont ainsi pu signer des contrats d’achat d’électricité de long terme et recourir au wheeling, c’est-à-dire faire transporter par le réseau l’électricité produite par une centrale éloignée jusqu’à leur site. L’analyste Attaurrahman Ojindaram Saibasan résume : « La transition de l’Afrique du Sud ne se limite plus aux marchés publics. »
Un cadre légal en cours de refonte
La loi de 2025 modifiant la réglementation de l’électricité pose les bases d’un marché de gros concurrentiel. En parallèle, Eskom est scindée, une société nationale de transport (National Transmission Company South Africa) a été créée, et des projets de lignes portés par des acteurs indépendants doivent attirer des capitaux vers l’extension du réseau.
Le réseau, nouveau goulot d’étranglement
La capacité installée en renouvelables progressera plus vite que leur part dans la production, simplement parce qu’un panneau ou une éolienne ne tourne pas en continu comme une centrale thermique. Le charbon restera donc important pendant la transition, pour fournir une production pilotable.
Le point dur se situe ailleurs. « La contrainte centrale est de plus en plus le réseau, plutôt que la disponibilité des projets ou l’intérêt des investisseurs », souligne l’analyste de GlobalData. Les corridors de transport des provinces les mieux dotées en soleil et en vent sont déjà largement réservés : sans nouvelles lignes, une partie des projets signés ne pourra pas entrer en service.

C’est aussi pour cette raison que le stockage figure parmi les priorités d’investissement : des batteries placées près des centrales permettent de lisser leur production et de mieux utiliser un réseau contraint. Le principe vaut à toutes les échelles, jusqu’à la maison, comme l’explique notre guide sur les batteries pour panneaux solaires.
Ce dont dépend la suite
Pour GlobalData, la réussite dépendra de plusieurs chantiers menés de front : la cohérence des achats d’électricité renouvelable, le développement du réseau, l’assainissement des finances des municipalités, qui distribuent une partie du courant, et le redressement des centrales existantes d’Eskom. L’analyste conclut que la question n’est plus de savoir si le capital privé investira, mais si les réformes et les nouvelles lignes avanceront assez vite pour remplacer le charbon retiré. Pour suivre l’évolution des marchés électriques mondiaux, les publications de l’Agence internationale de l’énergie offrent un point de comparaison utile.
Questions fréquentes
Quand les renouvelables dépasseront-elles le thermique en Afrique du Sud ?
Selon les prévisions de GlobalData, les capacités renouvelables, surtout solaires et éoliennes, devraient dépasser les capacités thermiques du pays d’ici 2035. Il s’agit de puissance installée, pas encore de production : le charbon restera une source importante d’électricité pendant la transition.
Qu’est-ce que le wheeling d’électricité ?
Le wheeling consiste à utiliser le réseau public pour acheminer l’électricité d’une centrale jusqu’à un consommateur situé ailleurs, avec qui le producteur a signé un contrat. En Afrique du Sud, il permet à des mines ou des usines d’acheter directement de l’électricité renouvelable à des producteurs privés.
Pourquoi le réseau freine-t-il le solaire sud-africain ?
Les régions les plus favorables au solaire et à l’éolien disposent de lignes de transport déjà presque entièrement réservées. Tant que de nouvelles infrastructures ne sont pas construites, les projets prêts ou financés ne peuvent pas tous être raccordés.
Ce constat vaut-il pour les particuliers en France ?
À une autre échelle, oui : l’autoconsommation limite la quantité d’électricité renvoyée sur le réseau. Le simulateur de panneaux solaires permet d’estimer la part de sa production que l’on peut consommer sur place.
En résumé
L’Afrique du Sud quitte un système centralisé et charbonnier pour un marché ouvert aux producteurs privés, où le solaire et l’éolien devraient dépasser le thermique en capacité d’ici 2035, selon GlobalData. Les investisseurs sont là et les projets ne manquent pas ; ce qui décidera du rythme, ce sont les lignes électriques, les réformes du marché et le redressement d’Eskom.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
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