Actualités de l'industrie solaire photovoltaïque

Tarifs S21 : pour Daniel Bour (Enerplan), la filière solaire ne peut pas être une « variable d’ajustement »

Par Aurélien CHAPUIS 5 min de lecture Partager
Tarifs S21 : pour Daniel Bour (Enerplan), la filière solaire ne peut pas être une « variable d’ajustement »

Pour Daniel Bour, président d’Enerplan, la révision des tarifs S21 voulue par le gouvernement dans le projet de loi de finances fait déjà des dégâts, qu’elle soit adoptée ou non : en revenant sur des contrats signés, l’État freine les investisseurs et prive la filière solaire de la visibilité dont elle a besoin. Dans un entretien accordé à pv magazine France, il dresse un bilan sévère de la politique énergétique actuelle, des appels d’offres au stockage.

En bref

  • Le gouvernement maintient dans le projet de loi de finances la révision des tarifs S21 pour les installations de 300 à 500 kWc.
  • Daniel Bour estime que l’État remet en cause sa parole, après l’épisode des contrats S6-S10.
  • Il dénonce une politique de « stop and go » incompatible avec des projets financés sur vingt ans.
  • Un appel d’offres neutre de 500 MWc se tient jusqu’au 16 octobre ; il devrait surtout profiter au solaire au sol.
  • Autoconsommation et stockage restent, selon lui, sans politique affichée de l’État.

Tarifs S21 : une confiance déjà entamée

Le gouvernement persiste : il veut réviser les tarifs d’achat des centrales solaires de 300 à 500 kWc relevant de l’arrêté tarifaire S21. Selon le texte d’origine de l’entretien, la mesure porterait sur des centrales « de 300 à 500 MWc » ; il s’agit en réalité de kilowatts-crête, comme le confirment la présentation du projet par pv magazine et la réaction d’Enerplan relayée par Tecsol, qui évoque environ 8 000 installations concernées.

Pour Daniel Bour, « quelle que soit l’issue, une grande partie du mal est déjà faite ». Le S21 a été arrêté par l’État et la Commission de régulation de l’énergie (CRE) et mis en place en guichet ouvert : en le remettant en cause après l’épisode S6-S10, le gouvernement fragilise selon lui « le principe de continuité de l’État ». Même s’il pense que la mesure n’aboutira pas, il constate qu’elle freine déjà les investisseurs financiers et bloque les acteurs.

Une politique énergétique jugée incohérente

Au-delà du S21, le président d’Enerplan voit dans l’action du gouvernement une « offensive contre la filière solaire » qui se trompe de cible. Le vrai sujet, rappelle-t-il, est de décarboner un mix énergétique qui dépend encore à 60 % des énergies fossiles.

Le « stop and go » contre la planification

L’énergie relève des compétences de l’État, qui a selon lui une responsabilité en matière de planification mais aussi envers les entreprises et les emplois du secteur. « Un secteur professionnel qui représente des emplois et des entreprises ne peut pas être considéré comme une simple variable d’ajustement », insiste-t-il. Alors qu’il faudrait planifier pour 2050, le débat porte sur 2027.

Une centrale solaire demande au minimum quatre à cinq ans de développement et de construction, puis vingt ans d’exploitation pour amortir l’investissement. Les financeurs ne peuvent pas accepter que des contrats signés soient remis en cause en permanence : le rôle de l’État devrait être de garantir visibilité et stabilité.

Électrifier tout en freinant le solaire

Daniel Bour soutient la politique d’électrification, mais relève qu’elle s’accompagne d’un « freinage total » de la seule filière décarbonée mobilisable en quatre ans. Il cite une hausse de 60 % de la consommation de gaz pour la production d’électricité cet été, inquiétante selon lui pour la souveraineté, le climat et le coût de l’électricité. Il ajoute que, d’après la CRE, les centrales mises en service depuis 2020 ont fait économiser huit milliards d’euros aux Français entre 2020 et 2025, et que le solaire pourrait être bénéficiaire pour le budget de l’État en 2026, comme en 2022 et 2023.

Appels d’offres : le sol avantagé, les toitures inquiètes

Un appel d’offres neutre de 500 MWc est ouvert jusqu’au 16 octobre. Daniel Bour ne doute pas de l’affluence : les projets non lauréats de l’appel d’offres de juillet devraient s’y reporter. Le photovoltaïque au sol risque toutefois de dominer pour des raisons de coût, ce qui interroge sur la pertinence de ces appels d’offres neutres pour les centrales sur bâtiment.

Tarifs S21 : pour Daniel Bour (Enerplan), la filière solaire ne peut pas être une « variable d’ajustement »

Un « super appel d’offres neutre » est évoqué pour 2027. Pour le président d’Enerplan, sa tenue en début d’année serait une bonne nouvelle, à condition que le cahier des charges permette au solaire d’y participer. La filière a proposé un classement fondé sur le prix capté, plus favorable à l’éolien, tout en gardant la garantie de l’État. La piste du gouvernement, qui retiendrait le prix « baseload » comme référence jusque dans le complément de rémunération, transférerait selon lui tout le risque sur les porteurs de projet et leurs financeurs. Si elle était confirmée, l’État devrait au minimum soutenir le financement des projets par des garanties et des prêts bonifiés, comme le préconise le rapport Lévy-Tuot.

Solaire sur bâtiment, autoconsommation et stockage

La loi APER encourageait les ombrières de parking ; l’absence d’appel d’offres stoppe cette dynamique, regrette Daniel Bour. Reste l’autoconsommation, individuelle ou collective, très compétitive et redevenue dynamique malgré la fin du soutien financier de l’État. C’est selon lui un « énorme réservoir de flexibilité », car l’autoconsommateur cale sa consommation sur sa production, mais elle reste encadrée par une réglementation lourde pour l’individuel et très contraignante pour le collectif.

Sur le stockage, il estime que le ministère de l’Énergie le voit surtout sous l’angle des réserves dont ont besoin RTE et Enedis, et non comme un outil pour décaler la production solaire vers les heures de consommation. Il souligne l’absence d’objectif chiffré pour le stockage dans la programmation pluriannuelle de l’énergie et réclame à nouveau une politique dédiée : stockage hybride, appels d’offres spécifiques ou stockage autonome.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le tarif S21 ?

Le S21 est l’arrêté tarifaire qui fixe, en guichet ouvert, les conditions d’achat de l’électricité produite par les installations photovoltaïques sur bâtiments, hangars et ombrières de taille petite et moyenne. Le projet de loi de finances prévoit de réviser les contrats des installations de 300 à 500 kWc.

Pourquoi la filière solaire conteste-t-elle cette révision ?

Parce qu’elle revient sur des contrats signés avec l’État. Pour Enerplan, cela freine les investisseurs et les banques, qui financent des centrales sur vingt ans et ont besoin de stabilité juridique.

Qu’est-ce qu’un appel d’offres neutre ?

C’est un appel d’offres ouvert à plusieurs technologies renouvelables à la fois, qui se départagent principalement sur le prix. Le solaire au sol, moins coûteux, y est avantagé face aux centrales sur toiture.

Que demande Enerplan sur le stockage ?

Une politique de stockage assumée, avec des objectifs, comme complément du solaire : batteries couplées aux centrales, appels d’offres dédiés ou stockage autonome.

En résumé

Pour Daniel Bour, la révision des tarifs S21 illustre une politique de « stop and go » qui fragilise la filière solaire au moment où l’électrification exige plus de production décarbonée. Il demande à l’État de redonner de la visibilité aux investisseurs, de réserver une place claire au solaire dans les appels d’offres et de se doter enfin d’une politique pour l’autoconsommation et le stockage.

Espace d'échanges et avis

  • Soyez le premier à partager votre expérience ou à poser une question.
La parole est à vous !

Vérification SMS

Entrez le code de validation envoyé sur votre mobile pour finaliser votre demande.