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Solaire thermique : la fiche CEE BAR-TH-168 supprimée deux mois après sa bonification

Par Aurélien CHAPUIS 4 min de lecture Partager
Solaire thermique : la fiche CEE BAR-TH-168 supprimée deux mois après sa bonification

Les chauffe-eau et systèmes solaires combinés installés dans les maisons individuelles ne peuvent plus être financés par la fiche standardisée BAR-TH-168 des certificats d’économies d’énergie (CEE) : un arrêté daté du 28 octobre 2026, paru au Journal officiel le 3 novembre 2026, la retire purement et simplement du catalogue. Le motif avancé tient en un mot : surdimensionnement. Le paradoxe, c’est que cette même fiche venait tout juste d’être dopée par une bonification exceptionnelle entrée en vigueur le 1er septembre.

En bref

  • L’arrêté du 28 octobre 2026, publié au Journal officiel du 3 novembre, supprime la fiche BAR-TH-168 « Dispositif solaire thermique ».
  • Cette fiche finançait le solaire thermique individuel (eau chaude sanitaire, avec ou sans chauffage) dans les maisons existantes.
  • Depuis le 1er septembre 2026, les volumes de CEE étaient multipliés par quatre, et par cinq pour les ménages modestes, en cas de décarbonation complète.
  • Le nombre de certificats dépendant de la surface de capteurs, certains acteurs auraient gonflé cette surface au-delà des besoins.
  • L’administration avait étudié des garde-fous, dont un ratio d’environ 50 litres de ballon par mètre carré de capteurs, avant de choisir la suppression.

Ce que finançait la fiche BAR-TH-168

Dans le dispositif des CEE, une fiche d’opération standardisée fixe, pour un type de travaux, le volume forfaitaire d’économies d’énergie que l’on peut valoriser, exprimé en kWh cumac. La fiche BAR-TH-168 concernait le secteur résidentiel : elle couvrait la pose, dans une maison individuelle déjà construite, d’un équipement solaire thermique chargé de produire l’eau chaude sanitaire, éventuellement couplé au chauffage du logement.

Pour un particulier, cette prime venait s’ajouter aux autres coups de pouce disponibles. Notre guide complet des aides solaires 2026 fait le point sur les dispositifs qui restent mobilisables.

Une bonification qui a changé l’équation

Un arrêté du 17 août 2026 (texte sur Légifrance) avait instauré une bonification pour les chantiers engagés à partir du 1er septembre. Lorsque l’opération permettait de décarboner entièrement le chauffage ou la production d’eau chaude, le volume de certificats était quadruplé, voire quintuplé pour les foyers aux revenus modestes. La fiche avait au passage été remise à jour, et elle était censée rester applicable aux opérations engagées jusqu’à la fin de 2030.

Pourquoi la surface de capteurs posait problème

Le mode de calcul fait la part belle à la surface de capteurs posée : chaque mètre carré supplémentaire augmente le nombre de kWh cumac. Avec un multiplicateur de quatre ou cinq, l’incitation à poser plus de capteurs que nécessaire devenait considérable. Selon les éléments rapportés, des opérateurs en auraient profité pour installer des champs de capteurs sans rapport avec la consommation réelle d’eau chaude du foyer, dans le seul but d’augmenter le volume de primes.

Un capteur surdimensionné n’est pas seulement un gaspillage d’argent public : en été, la chaleur produite dépasse ce que le ballon peut absorber, d’où des risques de surchauffe pour l’installation. Ce type de dérive rappelle les pratiques décrites dans notre dossier sur les arnaques aux panneaux solaires.

Les garde-fous écartés au profit de la suppression

Avant de trancher, les services de l’État avaient travaillé sur plusieurs façons d’encadrer les projets plutôt que de fermer le guichet :

Solaire thermique : la fiche CEE BAR-TH-168 supprimée deux mois après sa bonification
  • exiger une note de dimensionnement pour chaque installation ;
  • imposer des équipements qui préviennent ou gèrent les surchauffes ;
  • fixer une capacité minimale pour le ballon de stockage ;
  • appliquer un ratio entre volume de ballon et surface de capteurs, autour de 50 litres par mètre carré.

L’objectif commun de ces pistes était d’aligner trois paramètres : la surface de capteurs, les besoins de chaleur du logement et la quantité d’énergie que le ballon peut stocker. Aucune n’a finalement été retenue : l’arrêté du 28 octobre supprime la fiche dans son ensemble.

Un revirement en deux mois

Fin août, la fiche était renforcée et promise à une validité jusqu’en 2030 ; début novembre, elle disparaît. Pour les installateurs spécialisés comme pour les ménages qui avaient un projet en cours de réflexion, ce changement de cap brutal complique toute planification. La liste à jour des opérations standardisées est consultable sur le site du ministère de la Transition écologique.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que la fiche CEE BAR-TH-168 ?

C’était la fiche d’opération standardisée des certificats d’économies d’énergie qui permettait de toucher une prime pour l’installation d’un dispositif solaire thermique individuel, produisant l’eau chaude sanitaire avec ou sans chauffage, dans une maison individuelle existante.

Quel texte supprime la fiche BAR-TH-168 ?

La suppression résulte d’un arrêté du 28 octobre 2026, publié au Journal officiel le 3 novembre 2026. Elle intervient deux mois après la bonification créée par l’arrêté du 17 août 2026 pour les opérations engagées depuis le 1er septembre.

Pourquoi l’État a-t-il retiré cette fiche ?

Parce que le volume de certificats augmentait avec la surface de capteurs installée. Avec la bonification, certains acteurs auraient surdimensionné les installations pour maximiser les primes, au-delà des besoins réels des logements.

Quelles autres solutions l’administration avait-elle envisagées ?

Une note de dimensionnement obligatoire, des dispositifs contre les surchauffes, une capacité minimale de ballon et un ratio d’environ 50 litres de stockage par mètre carré de capteurs. La suppression pure et simple leur a été préférée.

En résumé

La fiche BAR-TH-168, qui soutenait le solaire thermique individuel via les CEE, est supprimée par un arrêté du 28 octobre 2026 publié le 3 novembre. Sa bonification, en place depuis le 1er septembre, aurait encouragé le surdimensionnement des capteurs. Plutôt que d’imposer des règles de dimensionnement, l’État a choisi de fermer le dispositif, deux mois seulement après l’avoir renforcé.

Espace d'échanges et avis

  • Aurélien CHAPUIS
    03/11/2026 à 9h42

    Deux mois. C'est la durée de vie d'une politique publique du solaire thermique en France.

    En août, l'État multiplie par quatre ou cinq les primes CEE pour les chauffe-eau solaires des maisons. Début novembre, il supprime purement et simplement la fiche. Comment un installateur peut-il bâtir quoi que ce soit sur un tel sol mouvant ?

    Le risque de surdimensionnement était prévisible dès la rédaction : une prime calculée au mètre carré de capteurs, puis démultipliée. Les garde-fous existaient, l'administration les avait elle-même étudiés. Elle a préféré fermer le robinet.

    Résultat : les professionnels sérieux paient pour les abus de quelques-uns, et une technologie sobre et efficace se retrouve encore une fois sans cap.

    Combien de filières faudra-t-il encore sacrifier avant que l'État apprenne à écrire une règle avant de distribuer l'argent ?

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