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Solaire sur les HLM : pourquoi Habitats de Haute-Alsace freine sur le photovoltaïque

Par Aurélien CHAPUIS 5 min de lecture Partager
Solaire sur les HLM : pourquoi Habitats de Haute-Alsace freine sur le photovoltaïque

Si le photovoltaïque peine à s’installer sur les toits des HLM, c’est d’abord parce que le bailleur paie l’installation alors que l’économie profite surtout aux locataires. Le cas d’Habitats de Haute-Alsace, office public de l’habitat du Haut-Rhin, l’illustre bien : interrogé par pv magazine France, son directeur général adjoint Laurent Biehlmann explique pourquoi le solaire reste chez lui un sujet secondaire, malgré des milliers de mètres carrés de toitures et de parkings disponibles.

En bref

  • Habitats de Haute-Alsace, rattaché à la Collectivité européenne d’Alsace, gère près de 10 000 logements dans le Haut-Rhin.
  • Son plan stratégique de patrimoine 2025-2034 prévoit 365 millions d’euros sur dix ans et vise 30 % d’émissions carbone en moins d’ici 2034.
  • La moitié du parc dépend de chaufferies collectives au gaz, ce qui a rendu la crise de 2022 très douloureuse.
  • En autoconsommation collective, le gain sur la facture va aux locataires, pas au bailleur qui finance.
  • Le tiers investissement n’a pas trouvé preneur ; le solaire n’apparaît que dans le neuf, de façon marginale.

Une stratégie patrimoniale avant d’être énergétique

Pour cet office, l’énergie n’est qu’une ligne parmi d’autres dans la gestion du parc. Laurent Biehlmann, chargé des investissements et du patrimoine, le dit sans détour : « Je n’ai pas de stratégie énergétique en tant que telle. J’ai une stratégie patrimoniale dans laquelle on retrouve des stratégies énergétiques au côté d’autres prérogatives. »

Construire, réhabiliter, rendre les immeubles accessibles, entretenir les réseaux, régler les problèmes autour des résidences : la décarbonation entre en concurrence avec toutes ces dépenses. « Renouveler tout le parc en même temps n’est pas possible. Je priorise », résume-t-il. D’où une méthode : quand une équipe intervient sur un bâtiment, elle cherche à tout traiter d’un coup plutôt que de revenir plusieurs fois.

Un parc encore très lié au gaz

Implanté dans des territoires peu urbanisés, l’office n’a guère accès aux réseaux de chaleur urbains. Résultat : « La moitié de mon parc est alimentée par des chaufferies collectives au gaz », indique le dirigeant. Le reste se partage entre chaudières individuelles au gaz, quelques chaufferies passées à la biomasse, de rares mini-réseaux de chaleur et un peu de chauffage électrique.

En 2022, la flambée des prix du gaz, qui ont plus que triplé, a frappé de plein fouet. « Cela a été un séisme pour nous », raconte Laurent Biehlmann. Les bailleurs sociaux ont alors dû apprendre un métier nouveau pour eux : acheter et piloter leur énergie. « On sait construire, on sait réhabiliter […] Mais l’énergie, honnêtement, ce n’était pas le sujet. »

Pas de solution unique

Face aux injonctions à couvrir les toits de panneaux et à remplacer toutes les chaufferies, le directeur adjoint rappelle qu’« on ne change pas d’énergie du jour au lendemain ». Disponibilité du matériel et des entreprises, règles de la commande publique : un remplacement complet du parc n’est ni faisable tout de suite, ni toujours judicieux.

Chaque bâtiment est donc étudié selon son emplacement, son éventuel raccordement à un réseau de chaleur et ses besoins. L’office mise parfois sur l’hybridation gaz-électricité : les pompes à chaleur hybrides gardent une partie des équipements existants et laissent le gaz prendre le relais pendant les grands froids. Agir sur la chaufferie collective évite aussi de rentrer dans chaque appartement pour changer les radiateurs, une opération jugée « très intrusive ». « Je préfère intervenir directement à la source, sans trop brusquer les logements », explique-t-il.

Le photovoltaïque bute sur le partage de la valeur

Sur le papier, les surfaces ne manquent pas. Le blocage est économique. Dans une opération d’autoconsommation collective, l’électricité produite allège les charges des locataires, mais le bailleur, qui a avancé l’argent, n’en tire aucun revenu supplémentaire. « Le locataire bénéficie directement d’un meilleur confort, la planète en bénéficie et tout le monde est content. Sauf que moi, je ne touche rien de plus », résume Laurent Biehlmann.

Solaire sur les HLM : pourquoi Habitats de Haute-Alsace freine sur le photovoltaïque

Or un organisme HLM se finance largement par l’emprunt, un peu comme une foncière privée. Chaque euro placé dans des panneaux manque ailleurs : « c’est autant d’investissements que je n’ai plus pour réhabiliter, entretenir et construire de nouveaux logements ». Pour mesurer ce qu’une installation rapporte réellement, notre guide sur la rentabilité des panneaux solaires détaille les postes à prendre en compte.

Une gestion lourde, même quand la loi le permet

Le cadre juridique autorise désormais un organisme HLM à porter lui-même l’opération en tant que personne morale organisatrice (PMO), avec ses locataires. Mais il faut alors délimiter le périmètre, fixer les règles de répartition de l’électricité, exploiter les données de comptage et assurer tout le suivi administratif. Ce travail mobilise des salariés et des moyens qui ne servent plus à d’autres chantiers. Les règles de l’autoconsommation collective sont présentées par la Commission de régulation de l’énergie et par Enedis, qui gère le comptage ; les étapes à franchir sont résumées dans notre page sur les démarches administratives.

L’autre piste, confier les toitures à un tiers investisseur qui finance les panneaux en échange d’un loyer, n’a pas abouti. « J’ai essayé, mais cela ne les a pas intéressés plus que cela », affirme le dirigeant.

Du solaire au cas par cas, surtout dans le neuf

L’office pose malgré tout des panneaux sur certaines constructions neuves, lorsqu’ils aident à améliorer l’étiquette énergétique du bâtiment. Une pratique qu’il qualifie lui-même de « très marginale ». Le solaire n’est pas exclu pour autant : si le conseil d’administration en faisait un jour la priorité d’investissement, la direction suivrait, « mais ce n’est pas le cas aujourd’hui ».

Pour atteindre ses 30 % de décarbonation, l’office fait étudier par un bureau d’études toutes les options, opération par opération. « La règle, surtout, c’est de ne pas en avoir », conclut Laurent Biehlmann.

Questions fréquentes

Pourquoi les bailleurs sociaux installent-ils peu de panneaux solaires ?

Parce que le bailleur finance l’installation alors que, en autoconsommation collective, l’économie d’électricité revient surtout aux locataires. Pour un organisme qui emprunte pour construire et rénover, chaque euro consacré au solaire est retiré d’un autre chantier.

Un organisme HLM peut-il organiser une autoconsommation collective ?

Oui. Le cadre juridique lui permet d’être la personne morale organisatrice d’une opération avec ses locataires. Il doit alors définir le périmètre, la répartition de l’électricité, le traitement des données de comptage et la gestion administrative.

Le tiers investissement résout-il le problème du financement ?

Pas toujours. Le principe consiste à louer les toitures à un investisseur qui paie les panneaux. Habitats de Haute-Alsace l’a tenté sans trouver de partenaire réellement intéressé.

En résumé

Chez Habitats de Haute-Alsace, qui gère près de 10 000 logements dans le Haut-Rhin, le photovoltaïque passe après la rénovation, la construction et la sortie progressive du gaz. Le frein principal tient au modèle économique : le bailleur investit, les locataires encaissent l’économie. Tant que ce partage de la valeur et la lourdeur de gestion de l’autoconsommation collective ne seront pas réglés, le solaire restera, pour beaucoup de bailleurs sociaux, une option étudiée au cas par cas plutôt qu’une priorité.

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