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Made in Europe : plus de 35 industriels du solaire demandent à l’UE de rebâtir toute la filière photovoltaïque

Par Aurélien CHAPUIS 5 min de lecture Partager
Made in Europe : plus de 35 industriels du solaire demandent à l’UE de rebâtir toute la filière photovoltaïque

Plus de 35 entreprises et institutions du solaire européen demandent à l’Union européenne de se servir de la loi sur l’accélérateur industriel (Industrial Accelerator Act, IAA) pour reconstruire la totalité de la chaîne de fabrication photovoltaïque, du polysilicium jusqu’au module. Leur lettre commune, coordonnée par le Conseil européen de la fabrication solaire (ESMC), formule trois exigences : une définition stricte du Made in Europe, une protection du marché et un soutien à l’investissement comme à l’exploitation.

En bref

  • Plus de 35 signataires, une lettre commune et un document de position de 13 pages.
  • Destinataires : le Parlement européen (commissions ITRE, IMCO et INTA), le Conseil et les États membres.
  • L’Europe compte plus de 75 assembleurs de modules, mais très peu de fabricants de cellules, de lingots, de plaquettes et de polysilicium.
  • Une filière de 30 GW par an soutiendrait environ 80 000 emplois et ajouterait environ 4 milliards d’euros par an au PIB de l’UE, selon le Fraunhofer ISE.
  • Le surcoût des composants européens est estimé à environ 0,25 centime par kilowattheure.

Une Europe qui assemble, mais ne fabrique presque plus

Le document de position recense plus d’une centaine de sites industriels sur le continent. Le constat est déséquilibré : plus de 75 entreprises assemblent des modules, alors que seule une poignée produit des cellules ou prépare des capacités à l’échelle du gigawatt. Plus en amont, on ne trouve qu’un projet de lingots et de plaquettes, un producteur de polysilicium et un second projet de polysilicium.

Pour les signataires, monter des panneaux à partir de cellules importées ne protège de rien. Christoph Podewils, secrétaire général de l’ESMC, résume la demande : « Ce qui manque, c’est un marché qui valorise la production européenne. » Selon lui, l’IAA peut créer ce marché à condition que le Made in Europe couvre toute la chaîne, avec un calendrier clair. La question rejoint celle des panneaux dits bas carbone, dont l’empreinte dépend en grande partie du lieu de fabrication.

Les machines restent un atout européen

Le dossier insiste sur les équipements de production. Au moins 38 constructeurs européens de machines couvrent presque toutes les étapes de fabrication, et pour plusieurs d’entre elles ils sont la seule alternative mondiale aux fournisseurs chinois. Beaucoup travaillent aussi pour les semi-conducteurs. Les signataires y voient la base de toute relance et demandent qu’une part des aides à la fabrication soit réservée aux usines équipées de machines européennes.

Les trois demandes adressées à Bruxelles

Une IAA forte et appliquée vite

Une définition stricte du Made in Europe, une entrée en application rapide, la couverture de toute la chaîne de valeur solaire dans les cinq ans suivant l’entrée en vigueur du texte, et la prise en compte des équipements de production européens. Les signataires approuvent le rapport commun des rapporteurs des commissions ITRE, IMCO et INTA.

Une protection du marché

Des défenses contre la surcapacité structurelle, les subventions étrangères et le dumping, en cohérence avec le nouvel instrument européen consacré à la surcapacité et à la diversification.

Un soutien à l’investissement et à l’exploitation

Des aides pour développer l’ensemble de la filière et attirer des capitaux privés, y compris, quand c’est justifié, un appui ciblé et temporaire aux coûts d’exploitation. Les industriels rappellent que, dans le solaire, ce sont les dépenses de fonctionnement (OPEX) qui pèsent le plus.

Ce que coûterait et rapporterait une filière complète

Les chiffres du Fraunhofer ISE cités dans le dossier portent sur une chaîne capable de produire 30 GW de modules par an : environ 80 000 emplois directs et indirects, quelque 4 milliards d’euros de PIB supplémentaire chaque année et environ 2 milliards d’euros annuels d’impôts et de cotisations sociales.

Made in Europe : plus de 35 industriels du solaire demandent à l’UE de rebâtir toute la filière photovoltaïque

En face, le surcoût des composants européens est évalué à environ 0,25 centime par kilowattheure, rapporté au prix de gros moyen de l’électricité dans l’UE, et reste dans la marge de résilience que le règlement pour une industrie « zéro net » (NZIA) autorise déjà dans les enchères. Ces données figurent dans le communiqué de l’ESMC. D’après les signataires, l’essentiel de cet écart ne tient pas au coût de fabrication en Europe mais aux prix chinois inférieurs aux coûts de revient, appelés à disparaître de toute façon. La lettre parle d’une « prime d’assurance, pas d’une subvention ».

Carsten Rohr, coprésident de l’ESMC et représentant de RESiLICON, l’un des initiateurs de la lettre, l’exprime ainsi : « Les investisseurs n’attendent pas les subventions, ils attendent un marché. » Il demande une place garantie dans la demande européenne pour le polysilicium, les plaquettes et les cellules produits en Europe.

La suite au Parlement et au Conseil

Les commissions du Parlement européen préparent leur position, et le Conseil doit arrêter son orientation générale dans les prochaines semaines. L’ESMC demande aux États membres de soutenir la ligne ambitieuse des rapporteurs, notamment une définition de l’origine européenne limitée et sur adhésion volontaire, plutôt qu’une extension automatique aux pays liés à l’UE par un accord de libre-échange. Le suivi du texte est accessible sur le site de la Commission européenne. En France, les projets d’usines comme la gigafactory HoloSolis à Hambach sont directement concernés par ce débat.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que l’Industrial Accelerator Act ?

L’Industrial Accelerator Act (IAA), ou loi sur l’accélérateur industriel, est un texte européen en cours d’examen par le Parlement et le Conseil. Les fabricants solaires veulent qu’il impose une définition stricte du Made in Europe couvrant toute la chaîne photovoltaïque.

Quel maillon manque à l’industrie solaire européenne ?

L’Europe assemble beaucoup de modules, avec plus de 75 assembleurs, mais produit très peu de cellules, de lingots, de plaquettes et de polysilicium. C’est ce milieu et ce haut de chaîne que les industriels veulent reconstruire.

Combien coûterait un panneau solaire fabriqué entièrement en Europe ?

Selon le document de l’ESMC, le surcoût des composants européens serait d’environ 0,25 centime par kilowattheure sur le prix de gros moyen de l’électricité dans l’UE, dans la marge déjà permise par le NZIA lors des enchères.

Combien d’emplois créerait une filière solaire européenne complète ?

D’après les chiffres du Fraunhofer ISE repris par l’ESMC, une chaîne de 30 GW par an soutiendrait environ 80 000 emplois directs et indirects et rapporterait environ 2 milliards d’euros par an d’impôts et de cotisations.

En résumé

Plus de 35 acteurs du solaire européen demandent que l’Industrial Accelerator Act serve à rebâtir toute la filière photovoltaïque, pas seulement l’assemblage des modules. Ils réclament un Made in Europe strict, une protection contre le dumping et un soutien durable, pour un surcoût estimé à 0,25 centime par kilowattheure face à 80 000 emplois potentiels. La décision appartient désormais au Parlement et aux États membres.

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