Écrêtement solaire : Verso Energy installe une batterie de 6 MW/12 MWh à Gueugnon
Pour ne plus perdre la production de sa centrale solaire flottante bridée par le réseau, Verso Energy a inauguré à Gueugnon, en Saône-et-Loire, son premier système de batteries : 6 MW de puissance et 12 MWh de capacité, soit deux heures de stockage. La centrale des Gravières de l’Arroux, de 23,1 MWc, ne peut en effet injecter que 6 MWc en raison d’une contrainte de raccordement.
En bref
- Une batterie de 6 MW/12 MWh, soit deux heures de stockage, inaugurée à Gueugnon.
- Elle stocke le surplus d’une centrale flottante de 23,1 MWc limitée à 6 MWc d’injection.
- Enedis prévoit la fin des travaux sur le poste source en 2028.
- L’investissement global, centrale et stockage, atteint environ 27 millions d’euros.
- Une deuxième batterie de 23 MW/46 MWh est en construction à Vésigneul-sur-Marne.
Une batterie née d’une contrainte de raccordement
Mise en service en juillet 2025, la centrale flottante subit un écrêtement : une partie de sa production de mi-journée ne peut pas être injectée. « Le déclencheur de l’investissement a été l’écrêtement que subit actuellement notre centrale solaire flottante des Gravières de l’Arroux », a expliqué Antoine Huard, directeur général et cofondateur de Verso Energy, à pv magazine France.
En attendant la fin des travaux sur le poste source, prévue par Enedis en 2028, la centrale et la batterie, qui ne sont pas sur le même site, seront exploitées de façon coordonnée. La batterie stocke le surplus de midi au lieu de l’écrêter, puis le réinjecte quand les conditions sont plus favorables. « Cela nous permettra d’augmenter le prix capté par notre production solaire, qui connaît aujourd’hui une perte substantielle », précise Antoine Huard.
Un site présenté comme la plus grande centrale flottante hybride de France
L’investissement global consacré à la centrale et au stockage atteint environ 27 millions d’euros. Les batteries ont été fournies par Huawei, la construction a été réalisée par deux entreprises locales, CEME et Bouhet TP. Verso Energy estime que Gueugnon constitue à ce jour la plus grande centrale solaire flottante hybride de France.
Un modèle économique qui changera après 2028
Une fois la contrainte de raccordement levée, la batterie sera principalement valorisée sur le marché du réglage de fréquence aFRR, piloté par RTE. À terme, ses revenus se répartiront entre les services système, le mécanisme de capacité dans une moindre mesure, et l’arbitrage infrajournalier, appelé à prendre une place croissante.

Verso Energy accélère sur le stockage
Engagée dans le stockage et l’agrégation depuis 2025, l’entreprise a lancé la construction d’une deuxième batterie à Vésigneul-sur-Marne, un projet acquis fin 2025 : 23 MW et 46 MWh, soit près de quatre fois la puissance de Gueugnon, avec la même durée de deux heures. Verso Energy pilote ses batteries et commercialise l’électricité stockée avec ses propres équipes, grâce à une activité d’agrégation internalisée.
L’entreprise veut, à terme, associer ses centrales solaires à des installations de consommation : électrolyseurs, unités de carburants de synthèse, bornes de recharge ou data centers. « Nous ne devons pas être seulement des producteurs d’électrons, sans nous soucier de ce qu’ils deviennent. Nous devons devenir des énergéticiens », résume Antoine Huard.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que l’écrêtement d’une centrale solaire ?
C’est la part de production qu’une centrale ne peut pas injecter sur le réseau, ici parce que son raccordement est limité. À Gueugnon, la centrale de 23,1 MWc ne peut injecter que 6 MWc jusqu’aux travaux prévus par Enedis en 2028.
À quoi sert la batterie de Verso Energy à Gueugnon ?
Elle stocke le surplus de production solaire de la mi-journée au lieu de le perdre, puis le réinjecte plus tard sur le réseau, à un moment où l’électricité est mieux valorisée.
Que fera la batterie une fois le réseau renforcé ?
Après 2028, elle sera surtout valorisée sur le marché du réglage de fréquence aFRR, puis sur le mécanisme de capacité et l’arbitrage infrajournalier.
En résumé
À Gueugnon, Verso Energy répond à une contrainte de raccordement par une batterie de 6 MW/12 MWh qui évite de perdre la production de sa centrale flottante de 23,1 MWc jusqu’en 2028. L’entreprise en fait la première étape d’une stratégie de stockage et d’agrégation, avec un deuxième projet quatre fois plus puissant dans la Marne.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
Aurélien CHAPUIS
09/10/2026 à 10h00Une centrale de 23,1 MWc qui n'a le droit d'injecter que 6 MWc : voilà le vrai visage du raccordement en France.
À Gueugnon, Verso Energy a dû investir dans une batterie de 6 MW/12 MWh pour ne pas perdre sa production de midi. Les travaux du poste source sont annoncés par Enedis pour 2028. Jusque-là, la contrainte demeure.
Le producteur s'adapte, et c'est intelligent. Mais cette batterie, c'est aussi le prix d'un réseau qui, à mon sens, n'a pas été planifié au rythme des ambitions solaires affichées par l'État. On fixe des objectifs, on oublie les postes sources, et ce sont les développeurs qui paient la différence.
Combien de mégawatts écrêtés faudra-t-il encore avant que le raccordement soit traité comme une priorité nationale et non comme une file d'attente ?