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Devant les députés, la CRE défend le bilan des renouvelables mais laisse le solaire dans le flou

Par Aurélien CHAPUIS 5 min de lecture Partager
Devant les députés, la CRE défend le bilan des renouvelables mais laisse le solaire dans le flou

Oui, les renouvelables sont rentables pour les consommateurs : c’est le message porté par Emmanuelle Wargon, présidente de la Commission de régulation de l’énergie (CRE), lors de son audition du 30 septembre 2026 par la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale. Mais pour le photovoltaïque, plusieurs questions restent ouvertes : appels d’offres technologiquement neutres, éventuelle révision de contrats S21, hangars agricoles et place du stockage.

En bref

  • Selon la CRE, les renouvelables ajoutées depuis 2020 ont fait baisser les prix de marché d’environ 20 €/MWh, soit quelque 8 milliards d’euros de gains pour les consommateurs.
  • En face, les coûts supplémentaires atteignent environ 2,7 milliards d’euros : 500 millions de réseau et 2,2 milliards de soutien public.
  • La CRE se dit plutôt favorable aux appels d’offres neutres, sans en faire l’unique outil de développement.
  • Une révision des contrats S21 de 300 à 500 kWc dépend du législateur ; la CRE réaliserait alors un audit.
  • La situation des hangars agricoles photovoltaïques de taille intermédiaire va être examinée, sans réouverture de guichet annoncée.

Un bilan économique positif pour les renouvelables

La CRE a comparé le fonctionnement du système électrique hexagonal en 2025 avec le parc renouvelable réellement installé, à un scénario qui aurait conservé les capacités de 2020. D’après les chiffres présentés aux députés, les capacités ajoutées en cinq ans ont abaissé les prix de marché d’environ 20 €/MWh, ce qui représente environ 8 milliards d’euros de gains pour les ménages comme pour les entreprises.

Côté coûts, Emmanuelle Wargon a chiffré environ 500 millions d’euros de dépenses de réseau et 2,2 milliards d’euros de soutien public, soit 2,7 milliards au total. Ces montants portent sur l’ensemble des renouvelables étudiées, et non sur le seul photovoltaïque.

La présidente de la CRE en conclut qu’il faut poursuivre leur développement, en complément du nucléaire. Elle a toutefois distingué prix de marché et coûts du système : une baisse des prix n’est pas forcément avantageuse à tous les niveaux de développement si les coûts supplémentaires deviennent trop lourds. Le choix du mix, a-t-elle rappelé, appartient aux responsables politiques.

Appels d’offres neutres : quelle place pour le solaire ?

Le député Jean-Luc Fugit a soulevé le risque qu’une compétition centrée sur le prix affaiblisse certaines filières, dont le photovoltaïque sur bâtiment. Julie Laernoes a relayé les inquiétudes du secteur sur l’évolution des règles de comparaison entre technologies.

L’enjeu est très concret : les filières ne produisent pas aux mêmes heures et ne valorisent donc pas leur électricité de la même façon. La référence de prix retenue pour calculer le soutien peut changer leur rang dans la compétition.

Emmanuelle Wargon a indiqué que la CRE était plutôt favorable aux appels d’offres neutres, à condition qu’ils sélectionnent réellement les technologies les plus efficientes et les moins coûteuses pour le budget de l’État. Elle a cependant précisé que des appels d’offres par filière pouvaient garder leur place. Sur le dispositif évoqué par les députés, elle n’a donné aucun avis définitif : la CRE n’avait pas encore été saisie et son collège n’avait pas délibéré.

Contrats S21 : un audit seulement si le législateur le décide

Pascal Lecamp a interrogé la présidente de la CRE sur l’intention du gouvernement de réviser le tarif d’achat de certaines installations de 300 à 500 kWc, au motif de possibles surrémunérations. Le député a souligné les questions que pose une intervention sur des contrats déjà signés.

Selon Emmanuelle Wargon, cette révision relève d’un choix du législateur. S’il la retenait, la CRE serait chargée d’un audit pour établir l’existence éventuelle d’une surrentabilité et évaluer le gain budgétaire d’une renégociation, avec un engagement de transparence. Ses propos ne valent donc ni constat de surrentabilité, ni annonce d’une baisse des tarifs. Pour les producteurs, le sujet reste sensible : la visibilité des recettes sur toute la durée du contrat est au cœur du financement des installations.

Hangars agricoles : un risque d’éviction à examiner

Une députée du Jura a rappelé qu’un hangar solaire répond souvent d’abord à un besoin d’exploitation, par exemple stocker davantage de fourrage face aux sécheresses, et que les recettes photovoltaïques aident à financer cet outil de travail. Elle a alerté sur les projets de taille intermédiaire, pris entre l’évolution du soutien aux petites installations et les contraintes des appels d’offres ou de l’autorisation des bâtiments.

Devant les députés, la CRE défend le bilan des renouvelables mais laisse le solaire dans le flou

La présidente de la CRE s’est montrée ouverte : « Ça, c’est un sujet honnêtement qu’on n’a pas complètement regardé », a-t-elle reconnu, en proposant d’approfondir le dossier avec la parlementaire. Aucune réouverture de guichet n’a toutefois été annoncée.

Agrivoltaïsme : compétitif, mais contrôlé par les préfets

Dominique Potier a insisté sur la nécessité de préserver la réalité de la production agricole, tout en défendant le photovoltaïque sur toitures et sur espaces déjà utilisés. Pour Emmanuelle Wargon, les projets agrivoltaïques au sol présents dans les appels d’offres sont globalement compétitifs et assez largement retenus : la CRE ne constate pas leur éviction.

Elle a rappelé que le régulateur n’est pas chargé de contrôler la dimension agricole des installations, qui relève des préfets. L’examen économique des candidatures et la vérification sur le terrain restent donc deux missions distinctes.

Stockage et électrification des usages

La présidente de la CRE a enfin défendu les flexibilités et l’électrification des usages. Une offre en hausse face à une demande stable complique le pilotage du système ; remplacer les usages fossiles réduirait en outre l’exposition aux prix internationaux du pétrole et du gaz. Elle a évoqué une puissance de stockage installée passée assez rapidement d’environ 1 à 2 GW, sans préciser la durée de stockage correspondante, ainsi que l’intérêt du déplacement des heures creuses vers les moments où l’électricité est la moins chère.

Pour en savoir plus, consultez le site de la Commission de régulation de l’énergie et celui de l’Assemblée nationale.

Questions fréquentes

Les renouvelables coûtent-elles plus qu’elles ne rapportent aux consommateurs ?

Selon l’analyse présentée par la CRE en septembre 2026, non : les capacités renouvelables ajoutées entre 2020 et 2025 ont généré environ 8 milliards d’euros de gains par la baisse des prix de marché, pour environ 2,7 milliards d’euros de coûts de réseau et de soutien public.

Qu’est-ce qu’un appel d’offres technologiquement neutre ?

C’est une procédure où plusieurs technologies, par exemple le solaire et l’éolien, concourent ensemble pour obtenir un soutien public. Les acteurs du photovoltaïque sur bâtiment craignent qu’une compétition centrée sur le prix les désavantage.

Les tarifs d’achat des contrats S21 de 300 à 500 kWc vont-ils baisser ?

Rien n’est acquis. Le gouvernement a évoqué une révision, mais elle dépend d’une décision du législateur. Dans ce cas seulement, la CRE réaliserait un audit pour vérifier une éventuelle surrentabilité.

Qui contrôle la dimension agricole d’un projet agrivoltaïque ?

Ce sont les préfets, et non la CRE. Le régulateur examine la dimension économique des candidatures aux appels d’offres.

En résumé

Devant les députés, la présidente de la CRE a défendu un bilan clairement positif des renouvelables pour les consommateurs. Mais pour le photovoltaïque, l’audition laisse plusieurs incertitudes : la place du solaire sur bâtiment dans des appels d’offres neutres, l’avenir des contrats S21 de 300 à 500 kWc et le sort des hangars agricoles de taille intermédiaire. La visibilité du soutien à la filière reste l’enjeu central.

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