À Jausiers, dans la vallée de l’Ubaye, un ancien champ de tir militaire laissé en friche depuis 2009 accueille désormais une centrale solaire de 5 MWc. Le parc du Soleil de Chanenc, implanté à 1 500 mètres d’altitude, se distingue moins par sa puissance que par son montage : une gouvernance partagée entre coopératives, citoyens et industriel.

En bref

  • 5 MWc et 8 100 panneaux sur 4,4 hectares, à 1 500 mètres d’altitude, sur un ancien champ de tir de l’armée.
  • Environ 8 000 MWh par an, soit la consommation électrique (hors chauffage et eau chaude) de près de 6 900 personnes.
  • 6,2 millions d’euros investis ; capital réparti entre Enercoop (47,5 %), Énergie Partagée (30 %), EH2 (12,5 %) et Énergies Modernes en Ubaye (10 %).
  • Plus de 450 000 euros apportés par l’épargne de 7 600 actionnaires citoyens d’Énergie Partagée.
  • Projet lauréat d’un appel d’offres de la CRE ; l’électricité est revendue par Enercoop à ses clients.

Une friche militaire devenue site de production

Le terrain de 7 hectares appartient à l’Association syndicale libre (ASL) du Planet, un groupement d’habitants de Jausiers qui l’a longtemps loué à l’armée comme champ de tir. Les activités militaires ont cessé en 2009, laissant une parcelle en friche, impropre à un usage agricole mais idéalement orientée plein sud.

En 2018, l’ASL du Planet a choisi de valoriser ce foncier en produisant localement de l’électricité solaire. La SAS Le Soleil de Chanenc, créée en 2019 pour porter le projet, a fait dépolluer le site avant d’y installer 8 100 panneaux photovoltaïques sur 4,4 hectares. La centrale, d’une puissance de 5 MWc, produira environ 8 000 MWh par an.

Le projet associe le mouvement des énergies renouvelables citoyennes Énergie Partagée, la coopérative Enercoop Paca, le fournisseur coopératif Enercoop, le développeur EH2 et la coopérative citoyenne locale Énergies Modernes en Ubaye.

Intégration paysagère et suivi de la biodiversité

« Avec nos partenaires, nous avons été attentifs à faire de ce parc photovoltaïque un projet exemplaire sur les plans de l’intégration paysagère et du respect de la biodiversité », indique Mathieu Van Haesbroeck, directeur d’EH2. « Il n’est pas visible depuis le fond de vallée, et les chemins de randonnée ont été réaménagés pour longer ou éviter le site. Une clôture surélevée laisse circuler la petite faune, et une partie des anciens bâtiments militaires a été conservée pour les chauves-souris en transit. »

Des nichoirs favorisent par ailleurs la reproduction des chouettes présentes sur le site. Les espèces à enjeu — l’Isabelle de France, la chouette de Tengmalm et la chevêchette d’Europe — font l’objet de suivis environnementaux, dans la lignée des recommandations formulées par l’Office français de la biodiversité sur les centrales au sol.

Une vocation pédagogique

Le long du sentier de randonnée qui borde le site, des panneaux explicatifs sur l’énergie et la biodiversité ont été co-réalisés avec les classes de CE2 et de CM1 de l’école primaire de Jausiers. Les écoles de la vallée pourront venir y découvrir, lors de visites de classes, comment se produit une énergie renouvelable.

Une concertation menée au-delà des obligations réglementaires

Le développement du projet a fait l’objet d’une concertation continue avec les habitants et les acteurs du territoire. Portée par Enercoop Paca, elle a pris la forme de plusieurs réunions publiques d’information, d’ateliers participatifs et de randonnées-visites animées par un écologue. Un groupe de suivi réunissant habitants, élus et experts locaux a été constitué pour accompagner le projet et formuler des propositions.

« Développer des projets d’énergies renouvelables ne se résume pas à installer des panneaux solaires. Cela signifie avant tout travailler avec un territoire : ses habitants, ses élus et ses acteurs locaux », explique Virginie Gallon, co-directrice d’Enercoop Paca. « Nous avons souhaité placer la concertation au cœur du développement du projet, bien au-delà des obligations réglementaires. Car on ne développe pas un projet sur, mais avec un territoire. » Une part des revenus issus du loyer versé à l’ASL du Planet et de la vente d’électricité sera réinvestie dans des actions locales de sensibilisation à la transition énergétique.

Un ancien champ de tir militaire devenu centrale solaire citoyenne

L’épargne citoyenne au cœur du financement

Le projet est lauréat d’un appel d’offres de la Commission de régulation de l’énergie. En tant qu’agrégateur, Enercoop revendra directement à ses clients l’électricité produite par la centrale.

Sur un investissement total de 6,2 millions d’euros, la répartition du capital traduit le choix d’une gouvernance partagée : Enercoop détient 47,5 %, Énergie Partagée 30 %, le développeur EH2 12,5 % et la coopérative citoyenne locale Énergies Modernes en Ubaye 10 %. L’industriel est donc minoritaire, configuration inhabituelle pour une centrale de cette taille.

Les citoyens participent au financement par deux canaux. Au niveau national, Énergie Partagée a investi plus de 450 000 euros en fonds propres, grâce à l’épargne confiée par ses 7 600 actionnaires citoyens. Au niveau local, la Centrale Villageoise Énergies Modernes en Ubaye, qui rassemble près de 70 sociétaires, organise en 2026 une campagne de collecte d’épargne locale : les habitants de la vallée, consultés en phase de concertation, peuvent ainsi investir directement dans le projet.

Questions fréquentes

Où se situe la centrale du Soleil de Chanenc ?

À Jausiers, dans la vallée de l’Ubaye (Alpes-de-Haute-Provence), à 1 500 mètres d’altitude, sur un ancien champ de tir militaire laissé en friche depuis la fin des activités de l’armée en 2009.

Quelle est sa production ?

Environ 8 000 MWh par an pour une puissance de 5 MWc et 8 100 panneaux installés sur 4,4 hectares, soit l’équivalent de la consommation électrique hors chauffage et eau chaude de près de 6 900 personnes.

Qu’est-ce qu’un projet solaire citoyen ?

Un projet dont le capital est en partie détenu par des habitants et des structures coopératives locales, et non par le seul développeur. Ici, les citoyens interviennent via Énergie Partagée — plus de 450 000 euros issus de l’épargne de 7 600 actionnaires — et via la coopérative locale Énergies Modernes en Ubaye, qui collecte l’épargne des habitants de la vallée.

Comment la biodiversité du site a-t-elle été prise en compte ?

Par une clôture surélevée laissant circuler la petite faune, la conservation d’anciens bâtiments militaires pour les chauves-souris en transit, l’installation de nichoirs pour les chouettes, le réaménagement des chemins de randonnée et des suivis environnementaux portant sur les espèces à enjeu du site.

En résumé — 5 MWc sur une friche militaire dépolluée, c’est une centrale ordinaire par la taille. Ce qui l’est moins : un développeur minoritaire à 12,5 %, des coopératives et des citoyens majoritaires, une concertation menée bien au-delà du minimum réglementaire et des retombées réinvesties localement. Le Soleil de Chanenc montre qu’un projet solaire peut se financer autrement qu’en achetant l’acceptabilité après coup.

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