Qair a bouclé un financement de 37,9 millions d’euros pour deux centrales solaires hybrides avec stockage au Tchad, à Gassi et Lamadji. Les installations totaliseront 30 MWc et 8 MWh de batteries, pour 65 GWh par an — l’équivalent des besoins d’environ 260 000 habitants — vendus à l’électricien national sur vingt ans.

En bref

  • 30 MWc de solaire et 8 MWh de stockage répartis sur deux sites, Gassi et Lamadji.
  • 65 GWh de production annuelle attendue, soit les besoins d’environ 260 000 habitants.
  • Contrat d’achat d’électricité de vingt ans avec Tchadelec, la société nationale d’électricité.
  • Financement de 37,9 M€ : 15,2 M€ de prêt chacune pour la Banque africaine de développement et Proparco, 6 M€ de subventions remboursables via le SEFA, 1,5 M€ complémentaires de Proparco/AFD.
  • Garantie partielle de risques de 8 M€ émise par le Fonds africain de développement et le Fonds vert pour le climat.

Une architecture financière à cinq étages

Le montage est l’information principale de ce dossier, davantage que la puissance installée. Financer une centrale dans un pays où le risque de contrepartie est élevé suppose d’empiler plusieurs instruments, chacun couvrant une portion du risque que le suivant refuse de porter.

Les prêts proprement dits représentent 30,4 millions d’euros, apportés à parité par la Banque africaine de développement et Proparco. S’y ajoutent 6 millions d’euros de subventions remboursables via le Fonds pour l’énergie durable en Afrique, et 1,5 million d’euros supplémentaires de Proparco et de l’Agence française de développement.

Le dispositif décisif est ailleurs : une garantie partielle de risques de 8 millions d’euros, émise par le Fonds africain de développement et le Fonds vert pour le climat. Elle garantit Coris Bank, émettrice d’une lettre de crédit couvrant les paiements de l’acheteur public au titre du contrat d’achat d’électricité. Autrement dit, ce sont des institutions publiques internationales qui absorbent le risque de non-paiement — sans quoi aucun prêteur ne s’engagerait sur vingt ans.

Qui tient quoi

Coris Bank assure également les rôles de banque teneuse de comptes onshore et d’agent de sûreté local, tandis que BNY intervient comme banque teneuse de comptes offshore, agent de sûreté offshore et agent inter-créanciers. Cette séparation entre flux locaux et comptes offshore est une constante des financements de projet dans la région : elle sécurise les remboursements en devises indépendamment de la situation bancaire locale.

Le stockage comme condition de la stabilité du réseau

Les deux centrales sont raccordées aux postes électriques locaux et doivent renforcer la stabilité du réseau national. Le rapport entre les 30 MWc solaires et les 8 MWh de batteries est révélateur de la fonction visée : avec environ un quart d’heure de puissance stockée, ces batteries ne servent pas à déplacer la production vers la soirée, mais à absorber les variations rapides — passages nuageux, à-coups de charge — qui déstabilisent un réseau de petite taille.

C’est un enjeu propre aux systèmes électriques peu interconnectés, où une variation de quelques mégawatts pèse proportionnellement bien davantage que sur un réseau continental comme celui géré par RTE. Les besoins de flexibilité de ces réseaux sont documentés par l’Irena.

Tchad : 30 MWc solaires débloqués par cinq financeurs

Le parc solaire tchadien aujourd’hui

Selon les données consolidées par l’Association de l’industrie solaire en Afrique et l’association mondiale du secteur de l’énergie solaire hors réseau, le parc photovoltaïque tchadien atteint 110 MW installés : 63 MW de grande taille, 34,7 MW de systèmes résidentiels, 11,3 MW de mini-réseaux, 1,2 MW de systèmes commerciaux et industriels et 0,15 MW de kits solaires domestiques. Les 30 MWc en construction représentent donc près de la moitié de l’actuel parc de grande taille du pays.

Questions fréquentes

Quelle est la taille des deux centrales ?

30 MWc de solaire et 8 MWh de stockage au total, répartis entre Gassi et Lamadji, pour une production annuelle attendue de 65 GWh — l’équivalent des besoins d’environ 260 000 habitants.

Qui achètera l’électricité produite ?

Tchadelec, la société nationale d’électricité, dans le cadre d’un contrat d’achat d’électricité de vingt ans conclu sous un accord-cadre avec la République du Tchad.

Qu’est-ce qu’une garantie partielle de risques ?

C’est un instrument par lequel une institution financière de développement couvre le risque de défaut de paiement d’un acheteur public. Ici, 8 millions d’euros émis par le Fonds africain de développement et le Fonds vert pour le climat garantissent la banque qui émet la lettre de crédit couvrant les paiements de l’électricien national — ce qui rend le projet finançable par des prêteurs.

Quelle est la capacité solaire installée au Tchad ?

Environ 110 MW selon les données sectorielles consolidées, dont 63 MW de grande taille, 34,7 MW en résidentiel, 11,3 MW en mini-réseaux, 1,2 MW en commercial et industriel et 0,15 MW en kits domestiques.

En résumé — l’obstacle dans ce type de projet n’est ni la ressource solaire ni la technologie, mais la capacité à convaincre un prêteur qu’il sera remboursé pendant vingt ans. Ici, il aura fallu cinq instruments financiers et une garantie publique internationale de 8 millions d’euros pour débloquer 30 MWc — soit près de la moitié du parc de grande taille existant dans le pays.

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