Renouvelables : l’AIE prévoit près de 4 800 GW en six ans, portés par la sécurité énergétique
Le monde devrait installer près de 4 800 GW de capacités renouvelables entre 2026 et 2031, soit 57 % de plus que sur les six années précédentes, et c’est d’abord la sécurité énergétique qui tire cette croissance. C’est la conclusion du rapport Renewables 2026 de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), qui place le photovoltaïque au centre du mouvement et désigne les réseaux comme le prochain goulet d’étranglement.
En bref
- Près de 4 800 GW de renouvelables attendus entre 2026 et 2031, 57 % de plus qu’entre 2020 et 2025.
- Le solaire photovoltaïque fournirait plus des trois quarts de cette hausse : environ 2 075 GW au sol et 1 530 GW en solaire distribué.
- Pour la première fois, les pays émergents et en développement hors Chine feraient jeu égal avec les économies avancées ; l’Inde devient le deuxième marché mondial.
- Aux États-Unis, la prévision est relevée de près de 40 %, à environ 314 GW, sous l’effet des data centers.
- En 2031, les renouvelables produiraient près de 45 % de l’électricité mondiale, mais environ 3 000 GW de projets attendent déjà leur raccordement.
La sécurité d’approvisionnement, nouveau moteur
Pendant longtemps, le climat était l’argument principal en faveur des renouvelables. L’AIE observe un basculement : la crise énergétique et les perturbations des livraisons de pétrole et de gaz, dont celles du détroit d’Ormuz, ont fait des énergies produites sur place un outil de protection. Un parc solaire ou éolien national réduit la dépendance aux combustibles importés et l’exposition à leurs variations de prix.
L’agence chiffre déjà cet effet. Sans les renouvelables mises en service depuis 2010, le monde aurait brûlé environ 8 % de combustibles fossiles de plus en 2025. Elles ont notamment évité l’équivalent de 11 % de la demande mondiale de gaz naturel et près de 2,4 millions de barils équivalent pétrole par jour.
Le photovoltaïque, de loin la première source de croissance
Plus des trois quarts des capacités renouvelables ajoutées d’ici 2031 seraient solaires. L’AIE table sur environ 2 075 GW de centrales au sol et 1 530 GW de solaire distribué, qui regroupe les toitures de maisons, de commerces et d’usines ainsi que les systèmes hors réseau. Coûts bas, chantiers rapides et acceptabilité souvent meilleure que celle d’autres infrastructures en font la technologie de référence quand il faut ajouter vite des mégawatts.
Les ménages et les petites entreprises entrent dans le jeu
La croissance ne dépend plus seulement des grands producteurs. Là où le réseau est peu fiable et l’énergie chère, l’autoproduction solaire permet à la fois de sécuriser l’alimentation et d’alléger la facture. Depuis 2022, les nouvelles installations en toiture ont amélioré l’accès à l’électricité, ou sa qualité, pour au moins 70 millions de foyers selon l’AIE. En France aussi, le potentiel d’une toiture se mesure facilement : notre carte solaire donne l’ensoleillement commune par commune.
Une carte mondiale qui se rééquilibre
Autre nouveauté du rapport : sur 2026-2031, les économies émergentes et en développement hors Chine ajouteraient autant de capacités que les pays avancés, une première. L’Inde se hisse au deuxième rang mondial, et l’Asie du Sud-Est, le Moyen-Orient, l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne accélèrent nettement, certaines de ces régions approchant un triplement de leur rythme d’installation.
La Chine reste loin devant, mais son poids dans la croissance mondiale baisserait, de plus de 60 % en 2025 à environ 53 % sur la période. La révision de sa politique de soutien au photovoltaïque a nettement freiné les installations chinoises en 2026, un recul que l’AIE juge largement compensé ailleurs.

États-Unis : l’effet data centers
Les États-Unis font l’objet de l’une des plus fortes révisions : près de 40 % de plus que dans l’édition précédente, soit environ 314 GW attendus entre 2026 et 2031, dont près de 90 % de solaire. La demande des centres de données explique ce rebond. Solaire et batteries se déploient bien plus vite que de nouvelles centrales thermiques, d’autant que les turbines à gaz restent longues à obtenir.
Réseaux et stockage, le vrai défi de la décennie
L’essor pose désormais une question d’intégration. Les renouvelables devraient fournir près de 45 % de l’électricité mondiale en 2031, contre environ un tiers aujourd’hui, et le duo solaire-éolien plus de 28 %. Dans 17 pays, les sources variables dépasseraient la moitié du mix. Or quelque 3 000 GW de projets renouvelables et de stockage déjà avancés attendent un raccordement : pour l’AIE, l’investissement dans les réseaux doit suivre le même rythme que la production.
Les batteries prennent ici toute leur place. Dans de nombreuses régions, un projet hybride associant solaire, éolien et stockage peut déjà livrer une électricité à moins de 75 dollars le MWh, avec une production plus pilotable. Le stockage installé chez les consommateurs, derrière le compteur, serait multiplié par près de six pour dépasser 670 GWh en 2031. Pour un particulier, notre guide sur la batterie pour panneaux solaires fait le point sur l’intérêt d’un tel équipement.
Le résumé du rapport est disponible sur le site de l’Agence internationale de l’énergie.
Questions fréquentes
Combien de renouvelables l’AIE prévoit-elle d’ici 2031 ?
Dans son rapport Renewables 2026, l’AIE prévoit près de 4 800 GW de nouvelles capacités renouvelables dans le monde entre 2026 et 2031, soit 57 % de plus que sur les six années précédentes.
Quelle part revient au solaire photovoltaïque ?
Plus des trois quarts de la hausse. L’AIE attend environ 2 075 GW de centrales solaires au sol et 1 530 GW de solaire distribué, sur les toits des particuliers, des entreprises ou hors réseau.
Pourquoi les réseaux deviennent-ils le principal frein ?
Parce que la production renouvelable augmente plus vite que les capacités de raccordement : environ 3 000 GW de projets avancés attendent déjà d’être connectés. L’AIE appelle à investir dans les réseaux, le stockage et la flexibilité au même rythme que dans les centrales.
En résumé
Selon l’AIE, la recherche d’indépendance face aux fossiles importés accélère les renouvelables partout dans le monde, avec le solaire en tête et les pays émergents en pleine montée. La suite se jouera sur les réseaux et le stockage, sans lesquels ces milliers de gigawatts ne pourront pas être pleinement utilisés.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
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