Recharge bidirectionnelle : EDF et Renault lanceront leur offre V2G pour les particuliers à l’été 2027
Oui, les particuliers français pourront bientôt revendre au réseau une partie de l’électricité de leur voiture : EDF et Renault prévoient de commercialiser une offre V2G (Vehicle to Grid) d’ici l’été 2027, avec une compensation versée au propriétaire pour chaque kilowattheure restitué. Les deux groupes ont officialisé ce partenariat le jeudi 8 octobre.
En bref
- L’offre réunira la voiture électrique, une borne domestique bidirectionnelle et un pilotage automatique de la recharge.
- Elle sera vendue dans les points de vente Renault, Alpine et Dacia, à destination des propriétaires de maisons individuelles.
- IZI by EDF posera les bornes ; Dreev, filiale d’EDF Business Services, gérera le pilotage.
- Le gain annoncé peut atteindre l’équivalent de 10 000 km de roulage par an, selon le modèle et le temps de branchement.
- Seuls certains véhicules seront compatibles au lancement.
- RTE ne prévoit que 2 % de véhicules en V2G en 2030 dans son scénario de décarbonation rapide.
Ce que contiendra l’offre d’EDF et Renault
Le client trouvera tout au même endroit : le véhicule chez le concessionnaire, puis la borne et le service qui décide quand charger et quand rendre de l’énergie. La pose sera assurée par IZI by EDF, la structure qui regroupe les installateurs de bornes du groupe EDF. Le logiciel de pilotage viendra de Dreev, qui revendique déjà plus de 100 000 clients équipés de recharge intelligente en France et ailleurs en Europe.
Le service s’articule autour de trois briques : la fourniture et l’installation de la borne, l’optimisation des horaires de charge, puis des services qui exploitent l’énergie de la batterie, soit pour alimenter certains équipements du logement, soit pour la renvoyer vers le réseau.
Pour qui ?
La cible est clairement la maison individuelle avec stationnement privé, là où la voiture reste branchée plusieurs heures par jour. Les habitants d’immeubles collectifs ne sont pas concernés à ce stade.
Comment fonctionne le V2G
Une borne classique ne fait circuler le courant que dans un sens. Une borne bidirectionnelle, elle, peut aussi puiser dans la batterie du véhicule quand le système électrique manque de puissance. L’idée : remplir la batterie pendant les heures où l’électricité abonde, typiquement en milieu de journée quand le photovoltaïque produit fort, puis en réinjecter une partie au moment du pic du début de soirée.
Les deux industriels le formulent ainsi : « La voiture devient plus qu’un moyen de transport : elle peut aussi servir à restituer de l’électricité utilisable pour d’autres usages ». Ils promettent que cette valorisation se fera « sans impact sur son utilisation quotidienne du véhicule ». Selon eux, ce type de service fonctionne déjà dans plusieurs territoires, dont la Californie et la Suède.
Pour un foyer équipé de panneaux, la logique rejoint celle du stockage domestique : notre guide sur la batterie pour panneaux solaires détaille les avantages et limites d’une batterie fixe, que la voiture pourrait en partie compléter.
Un gain chiffré en kilomètres, sous conditions
Renault Group et EDF traduisent la valeur de cette flexibilité en kilomètres offerts : jusqu’à 10 000 km par an. Ce plafond dépend du modèle, de sa consommation et du nombre d’heures pendant lesquelles il reste branché au domicile. Le communiqué de Renault Group parle d’économies soumises aux conditions d’usage du véhicule et de la recharge.

Autre limite : il faudra que la voiture, la borne et le logiciel soient compatibles entre eux. Seule une partie de la gamme électrique pourra en profiter, ce qui restreint d’emblée le nombre de clients potentiels. Pour estimer ce qu’une production solaire maison peut rapporter à côté, le simulateur panneaux solaires donne un premier ordre de grandeur.
La place du V2G dans les projections de RTE
Le gestionnaire du réseau de transport, RTE, classe la recharge des voitures électriques en quatre catégories : sans pilotage, pilotée par le tarif, pilotée dynamiquement dans un seul sens, et pilotée dynamiquement dans les deux sens, c’est-à-dire le V2G.
Dans sa trajectoire de décarbonation rapide pour 2030, RTE attribue au V2G seulement 2 % du parc électrique, soit environ 160 000 véhicules. Le reste se répartit à environ 62 % en pilotage tarifaire, 6 % en pilotage dynamique unidirectionnel et 30 % sans aucun pilotage.
Questions fréquentes
Quand l’offre V2G d’EDF et Renault sera-t-elle disponible ?
EDF et Renault visent une commercialisation d’ici l’été 2027, dans les points de vente Renault, Alpine et Dacia en France.
Le V2G empêche-t-il d’utiliser sa voiture normalement ?
Selon EDF et Renault, non : le pilotage est conçu pour valoriser l’énergie de la batterie sans gêner l’usage quotidien du véhicule. Le propriétaire est rémunéré pour l’électricité restituée au réseau.
Toutes les voitures électriques sont-elles compatibles avec le V2G ?
Non. Il faut un véhicule capable de recharge bidirectionnelle, une borne adaptée et le service de pilotage associé. Seuls certains modèles électriques seront concernés au départ.
Combien de voitures feront du V2G en France en 2030 ?
Dans son scénario de décarbonation rapide, RTE estime cette part à 2 % des véhicules électriques en 2030, soit environ 160 000 voitures.
En résumé
Avec cette offre prévue pour l’été 2027, EDF et Renault veulent transformer la batterie de la voiture en petite réserve d’électricité domestique, rémunérée quand elle soulage le réseau. Le principe colle parfaitement à la production solaire de midi, mais le service restera réservé aux maisons individuelles et à quelques modèles compatibles, et RTE ne table que sur une diffusion modeste d’ici 2030.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
Aurélien CHAPUIS
12/10/2026 à 10h00Ce sont un constructeur et un énergéticien qui inventent le stockage diffus de demain. Pas l'État.
EDF et Renault promettent pour l'été 2027 une voiture qui rend son électricité au réseau le soir, après l'avoir chargée au soleil de midi. Exactement ce dont le solaire résidentiel a besoin pour cesser d'être accusé de produire au mauvais moment.
Pendant ce temps, la politique énergétique de l'État continue, à mes yeux, de raisonner en kilowattheures injectés plutôt qu'en flexibilité. Pas de cap lisible, et des installateurs qui naviguent à vue.
RTE ne voit que 2 % de véhicules en V2G en 2030. Ce n'est pas une fatalité technique, c'est le reflet d'une ambition politique au ras du sol.
Combien d'années encore la France va-t-elle laisser dormir les batteries garées devant les maisons, faute d'une vraie stratégie de flexibilité ?