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Photovoltaïque : la Chine veut soumettre à contrôle l’export de douze technologies clés

Par Aurélien CHAPUIS 5 min de lecture Partager
Photovoltaïque : la Chine veut soumettre à contrôle l’export de douze technologies clés

La Chine envisage de classer douze procédés de fabrication photovoltaïque parmi les technologies dont l’exportation est interdite ou soumise à autorisation. Le projet, ouvert à consultation jusqu’au 15 novembre 2026, vise le polysilicium, les plaquettes (wafers) et les cellules : ce ne sont pas les panneaux qui sont dans le viseur, mais le savoir-faire nécessaire pour les produire ailleurs qu’en Chine.

En bref

  • Le 16 octobre, les ministères chinois du Commerce et des Sciences et Technologies ont publié un projet de révision de leur catalogue des technologies interdites ou restreintes à l’exportation.
  • Ce catalogue révisé compte 40 technologies réparties entre l’intelligence artificielle, la biomédecine et le photovoltaïque, dont douze pour le solaire.
  • Certains procédés pérovskites et tandem seraient interdits d’export ; d’autres, comme certaines lignes de polysilicium, passeraient sous licence.
  • Les machines qui embarquent une technologie listée seraient elles aussi concernées.
  • Les modules fabriqués en Chine ne sont pas visés par ce texte.
  • En attendant la version définitive, tout transfert de ces technologies vers l’étranger doit déjà être déclaré au préalable.

Ce que contient le projet chinois

Le texte, publié sous la forme de l’annonce n°48 de 2026, distingue deux régimes. Pour une partie des procédés, l’export serait purement et simplement interdit. Pour les autres, il resterait possible, mais seulement après obtention d’une autorisation des autorités chinoises. Il ne s’agit donc pas d’un embargo général sur le solaire chinois.

Pérovskites et tandem en tête de liste

Les technologies jugées les plus stratégiques par Pékin sont celles qui promettent de dépasser les rendements du silicium classique : les cellules et modules pérovskites, ainsi que les cellules tandem. Selon le détail de l’annexe technique rapporté par pv magazine, l’interdiction viserait notamment la production de cellules tandem pérovskite-silicium sur des plaquettes d’au moins 182 mm atteignant 30 % de rendement ou plus.

Polysilicium et cellules avancées sous licence

Côté polysilicium, le ministère cite les procédés capables de sortir au moins 30 000 tonnes par an sur une ligne unique. D’autres techniques de fabrication de cellules à haut rendement entrent aussi dans le périmètre ; d’après la même source, les cellules TOPCon, hétérojonction et à contacts arrière relèveraient du régime d’autorisation, et non de l’interdiction.

Les lignes de production aussi dans le viseur

Le contrôle ne s’arrête pas aux brevets, aux licences, aux logiciels ou à la documentation. Lorsqu’un équipement de production critique intègre directement une technologie inscrite au catalogue, sa vente à l’étranger pourrait tomber sous les mêmes règles.

C’est là que le texte pèse le plus. Une usine de cellules ou de plaquettes montée hors de Chine achète souvent ses machines à des fournisseurs chinois, mais aussi leur accompagnement : installation, réglages, montée en cadence, améliorations successives. Le ministère chinois le dit lui-même, ces transferts surviennent souvent au moment de « l’exportation, l’installation, la mise au point, l’amélioration et la modernisation » des lignes. Chacune de ces étapes pourrait désormais exiger une autorisation.

La justification avancée par Pékin

Le gouvernement chinois invoque la sécurité nationale. Il fait valoir que le photovoltaïque sert de plus en plus dans des usages qu’il juge sensibles : aérospatial, défense, systèmes sans pilote, infrastructures à haut niveau de sécurité.

Le ministère insiste en parallèle sur le caractère ciblé du dispositif. Tout ce qui reste sous les seuils du catalogue pourrait continuer à s’exporter sans formalité, comme la majorité des équipements solaires qui n’y figurent pas. Pékin dit chercher un point d’équilibre entre la protection de ses technologies et la poursuite du commerce des technologies vertes.

Photovoltaïque : la Chine veut soumettre à contrôle l’export de douze technologies clés

Ce qui change pour les acheteurs de panneaux

À court terme, rien pour un particulier qui s’équipe : le texte ne limite pas les exportations de modules produits en Chine, et il n’a pas d’effet direct sur le prix d’une installation solaire ni sur la rentabilité des panneaux. L’enjeu se situe plus en amont, dans la capacité des pays qui veulent produire eux-mêmes à se doter de lignes au meilleur niveau technologique.

Pour les États-Unis, l’Inde ou l’Europe, la question n’est donc plus seulement le prix des machines ou des modules chinois. L’accès au savoir-faire pour faire tourner une usine moderne devient lui aussi un levier entre les mains de Pékin, qui domine déjà la production de polysilicium, de plaquettes, de cellules et de modules.

Une obligation déjà en vigueur

Le catalogue révisé n’est pas encore adopté : entreprises et organisations peuvent commenter les technologies retenues, les seuils et les modalités de contrôle jusqu’au 15 novembre 2026. Une mesure transitoire s’applique pourtant dès maintenant. D’ici l’entrée en vigueur du nouveau catalogue, tout transfert à l’étranger d’une technologie concernée doit être enregistré au préalable : cession de propriété intellectuelle, licence consentie à un acteur étranger, ou changement de contrôle qui ferait passer la technologie aux mains d’une entité étrangère. Les opérations lancées mais pas encore bouclées sont également concernées.

Pour suivre la politique industrielle européenne sur les équipements des énergies propres, voir le site de la Commission européenne.

Questions fréquentes

La Chine va-t-elle arrêter d’exporter des panneaux solaires ?

Non. Le projet de catalogue publié le 16 octobre 2026 porte sur le transfert de technologies et de savoir-faire de fabrication. Les panneaux produits en Chine ne sont pas, en principe, concernés par ce texte.

Quelles technologies solaires la Chine veut-elle contrôler ?

Douze technologies photovoltaïques liées au polysilicium, aux plaquettes de silicium et aux cellules. Les procédés pérovskites et tandem figurent parmi ceux que Pékin envisage d’interdire à l’export, tandis que d’autres, comme certaines lignes de polysilicium de grande capacité, seraient soumis à autorisation.

Quand ces règles chinoises s’appliqueront-elles ?

La consultation publique court jusqu’au 15 novembre 2026, et la date d’entrée en vigueur du catalogue définitif n’est pas fixée. En revanche, les entreprises chinoises doivent déjà déclarer à l’avance tout transfert à l’étranger des technologies visées.

Pourquoi ce projet concerne-t-il les usines européennes ?

Parce que les usines solaires construites hors de Chine s’appuient souvent sur des machines et une assistance technique chinoises. Si ces équipements intègrent une technologie listée, leur export et l’aide à leur mise en service pourraient nécessiter une autorisation de Pékin.

En résumé

Avec ce projet, la Chine ne ferme pas le robinet des panneaux, mais celui du savoir-faire. Douze technologies photovoltaïques, des pérovskites au polysilicium, pourraient être interdites d’export ou placées sous licence, machines comprises. Pour les pays qui veulent rebâtir une industrie solaire avec des équipements chinois, la partie devient plus compliquée, et le délai de consultation, jusqu’au 15 novembre 2026, laisse peu de temps pour s’y préparer.

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