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Patrick Pouyanné veut un solaire français adossé aux batteries et au réseau

Par Aurélien CHAPUIS 4 min de lecture Partager
Patrick Pouyanné veut un solaire français adossé aux batteries et au réseau

Pour Patrick Pouyanné, le photovoltaïque au sol n’a plus besoin d’être protégé du marché comme à ses débuts : il doit maintenant s’associer au stockage et au réseau pour livrer une électricité plus régulière. Le PDG de TotalEnergies l’a défendu le 29 septembre 2026 au colloque du Syndicat des énergies renouvelables (SER), tout en plaidant pour la poursuite des investissements en France.

En bref

  • Le patron de TotalEnergies juge le solaire terrestre assez mûr pour assumer davantage de risque de prix.
  • Il souhaite plus de contrats d’achat de long terme (PPA), puis des PPA hybrides mêlant solaire, stockage et flexibilité.
  • Il propose que les appels d’offres de la CRE avantagent les projets solaire + batterie.
  • TotalEnergies visait environ 5 GW en France en 2020 et n’en aurait réalisé qu’environ 2 GW.
  • Selon lui, le raccordement pèse environ 25 % du coût des modules en France, contre 10 % en Allemagne.

Un soutien public à repenser, pas à abandonner

Le raisonnement de Patrick Pouyanné repose sur la maturité des filières. Il y a une quinzaine d’années, garantir les recettes des producteurs était indispensable pour faire décoller des technologies encore chères. Le solaire et l’éolien à terre sont aujourd’hui compétitifs : ils pourraient, à ses yeux, vivre avec des mécanismes plus exposés aux prix de gros.

Le dirigeant reproche au dispositif actuel de laisser l’État porter l’essentiel du risque de prix. Cette protection, explique-t-il, réduirait la pression sur les coûts et pourrait même alimenter indirectement la hausse du prix du foncier, des raccordements ou de certaines démarches.

Il précise toutefois que changer les règles du soutien ne doit pas signifier freiner les renouvelables. Il faut, dit-il, « continuer à investir en France dans les renouvelables ». La récente crise énergétique a montré, selon lui, l’intérêt d’une électricité abondante, et la relative stabilité des prix en France tient autant au nucléaire qu’aux énergies renouvelables.

PPA, hybridation et appels d’offres

Le modèle américain en référence

Patrick Pouyanné cite l’exemple des États-Unis : un coup de pouce fiscal au moment de l’investissement, puis des producteurs davantage confrontés au marché. Cette approche obligerait les développeurs à ne garder que leurs meilleurs projets et à ajouter plus vite des batteries pour tirer parti des écarts de prix entre les heures.

Des contrats longs, puis hybrides

Il défend la multiplication des PPA de long terme, qui garantissent à un industriel le prix de son électricité sur dix à quinze ans. Prochaine marche : des PPA hybrides qui combineraient solaire, éventuellement éolien, stockage et moyens flexibles. Il suggère aussi que les appels d’offres de la Commission de régulation de l’énergie récompensent mieux les centrales couplées à une batterie, dont le prix a nettement reculé ces dernières années. Pour un particulier, la logique est la même à petite échelle : notre guide sur la batterie pour panneaux solaires détaille quand le stockage devient intéressant.

TotalEnergies loin de son objectif en France

Le PDG admet que son groupe n’a pas tenu ses ambitions dans l’Hexagone. Quand TotalEnergies a accéléré dans les renouvelables en 2020, il visait environ 5 GW en France ; il n’en aurait concrétisé qu’environ 2 GW, alors que son portefeuille de projets était bien rempli.

L’argent n’est pas en cause, insiste-t-il : « Ce n’est pas du tout un problème de financement. On est prêt à financer. » Les freins viennent du terrain français : terrains coûteux, projets de petite taille, délais d’instruction, recours et procédures à rallonge. Des obstacles que connaissent aussi les porteurs de petits projets, comme le montre notre page sur les démarches administratives des panneaux solaires.

Patrick Pouyanné veut un solaire français adossé aux batteries et au réseau

Le raccordement, coût caché du solaire français

Patrick Pouyanné insiste sur la facture du raccordement. D’après son estimation, elle représente en France environ 25 % du coût des modules d’une centrale solaire, contre 10 % outre-Rhin. Une partie du retard de compétitivité sur nos voisins viendrait donc de cet empilement de charges annexes.

Sa conclusion : les tarifs de soutien pourraient baisser sans réduire les volumes installés, à condition de faire diminuer le coût complet des projets.

Produire, stocker et transporter ensemble

De retour de Chine, le dirigeant dit avoir été marqué par les gigantesques ensembles qui y associent centrales solaires, batteries et lignes électriques. Pour TotalEnergies, l’hybridation devient centrale : plus les renouvelables prennent de place, plus l’écrêtement de la production risque de rogner la valeur des installations.

L’enjeu des prochaines années serait ainsi de fournir un courant qui ne soit pas seulement bas carbone, mais aussi plus stable et mieux adapté aux besoins du réseau. Le Syndicat des énergies renouvelables publie régulièrement ses propositions sur ces sujets.

Questions fréquentes

Que propose Patrick Pouyanné pour le solaire en France ?

Le PDG de TotalEnergies veut que le solaire au sol s’expose davantage au marché, via des contrats d’achat de long terme (PPA), et que les appels d’offres de la CRE favorisent les projets associant panneaux et batteries, tout en continuant à investir en France.

Qu’est-ce qu’un PPA hybride ?

C’est un contrat de fourniture d’électricité de long terme qui ne repose pas sur une seule source : il combine par exemple une centrale solaire, éventuellement de l’éolien, du stockage par batterie et des moyens flexibles, afin de livrer un courant plus régulier à l’acheteur.

Pourquoi TotalEnergies n’a-t-il pas atteint ses objectifs solaires en France ?

Selon Patrick Pouyanné, le groupe a réalisé environ 2 GW sur les 5 GW visés en 2020 à cause du foncier cher, de la petite taille des projets, des délais administratifs et des recours, et non faute de financement.

Combien coûte le raccordement d’une centrale solaire en France ?

Patrick Pouyanné l’estime à environ 25 % du coût des modules en France, contre 10 % en Allemagne. Il y voit l’une des causes de l’écart de compétitivité avec les pays voisins.

En résumé

Au colloque du SER, Patrick Pouyanné a plaidé pour un solaire français moins dépendant de la garantie publique, financé par des PPA de long terme et couplé aux batteries et au réseau. Il réclame en parallèle des procédures plus simples et un raccordement moins coûteux, deux leviers qui expliquent selon lui pourquoi TotalEnergies n’a atteint qu’environ 2 GW sur les 5 GW espérés en France.

Espace d'échanges et avis

  • Aurélien CHAPUIS
    12/10/2026 à 10h00

    Quand le patron de TotalEnergies dit que l'argent n'est pas le problème, il faut l'écouter : le problème, c'est l'État.

    5 GW visés en France, environ 2 GW réalisés. Pas faute de capitaux, mais à cause du foncier, des délais, des recours et d'un raccordement qui pèserait selon lui 25 % du coût des modules, contre 10 % en Allemagne.

    Voilà le vrai coût du solaire français : pas les panneaux, mais une machine administrative qui transforme chaque projet en parcours d'obstacles.

    Et pendant que la Chine construit des ensembles géants solaire + batteries + réseau, il faut encore qu'un pétrolier vienne demander que nos appels d'offres favorisent enfin le stockage.

    Si même un groupe prêt à financer n'arrive pas à construire en France, combien d'installateurs et de petits porteurs de projets ont déjà renoncé sans que personne ne les compte ?

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