Lithium géothermal en Alsace : Bruxelles classe le projet d’Arverne parmi ses projets stratégiques
Le projet Lithium de France, porté par Arverne en Alsace, vient d’obtenir le statut de projet stratégique de la Commission européenne au titre du Critical Raw Materials Act (CRMA). Ce label le place parmi les initiatives que l’Union juge indispensables pour réduire sa dépendance aux importations de métaux critiques, à commencer par le lithium des batteries.
En bref
- La Commission européenne a retenu Lithium de France comme projet stratégique au titre du CRMA.
- Arverne, qui se présente comme le premier fournisseur français de solutions géothermales, vise 27 000 tonnes de lithium par an pendant 30 ans.
- Le même site doit fournir 2 TWh de chaleur renouvelable issue de la géothermie.
- Le projet détenait déjà le statut de « Grand Projet Stratégique » accordé par le Président de la République.
- Le label européen doit faciliter l’accès à certains financements et dispositifs réglementaires de l’Union.
Ce que change le label européen
Le Critical Raw Materials Act, adopté par l’Union européenne, fixe deux repères pour 2030 : extraire en Europe 10 % des matières premières critiques consommées sur le continent, et en transformer 40 % sur son sol. Les projets désignés stratégiques sont censés contribuer directement à ces objectifs.
Pour Arverne, la reconnaissance n’est pas que symbolique. L’entreprise y voit un moyen de gagner en visibilité auprès des investisseurs et d’ouvrir la porte à des financements et à des procédures européennes réservées à ce type de projet. Le détail des montants et des dispositifs mobilisables n’a pas été communiqué.
Un double statut, français et européen
Lithium de France figurait déjà parmi les 150 « Grands Projets Stratégiques » désignés au niveau national, que l’exécutif présente comme de futures « cathédrales industrielles ». Son PDG, Pierre Brossollet, évoque aussi le statut de « projet Notre Dame ». Le label de Bruxelles vient s’ajouter à cette reconnaissance nationale.
Un modèle qui associe chaleur et lithium
Le principe du projet consiste à exploiter la ressource géothermale alsacienne pour deux usages à la fois : produire de la chaleur renouvelable et récupérer du lithium de qualité batterie, sans transport lointain entre les deux étapes. Arverne revendique une maîtrise de toute la chaîne, de l’extraction jusqu’à la transformation.
L’enjeu dépasse la voiture électrique. Le stockage de l’électricité, y compris la batterie associée à des panneaux solaires chez les particuliers, repose en grande partie sur des cellules au lithium dont la matière première est aujourd’hui importée.

Pierre Brossollet résume l’ambition ainsi : « faire émerger en France l’une des références européennes du lithium géothermal bas carbone ». Il souligne que « les besoins liés à l’électrification et au stockage de l’énergie connaîtront une croissance sans précédent dans les prochaines décennies ». Le communiqué de l’entreprise est consultable sur le site d’Arverne, et le cadre du CRMA sur celui de la Commission européenne.
Pourquoi l’Alsace
Le sous-sol alsacien abrite des eaux profondes chaudes et chargées en lithium, ce qui permet de coupler les deux productions sur un même site. La région ne mise pas uniquement sur la géothermie : son potentiel solaire peut être consulté sur notre carte solaire, utile pour comparer les ressources renouvelables d’un territoire à l’autre.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le Critical Raw Materials Act ?
C’est le règlement européen sur les matières premières critiques. Il vise, d’ici 2030, à extraire en Europe 10 % et à transformer en Europe 40 % des matières premières critiques dont l’Union a besoin, et il permet de désigner des projets stratégiques qui bénéficient d’un appui particulier.
Combien de lithium le projet Lithium de France doit-il produire ?
Arverne annonce une capacité visée de 27 000 tonnes de lithium par an sur une durée de 30 ans, accompagnée de 2 TWh de chaleur renouvelable. Ces chiffres sont des objectifs de l’entreprise, pas une production déjà atteinte.
Quel lien avec le solaire résidentiel ?
Les batteries domestiques qui stockent la production de panneaux photovoltaïques utilisent majoritairement des cellules au lithium. Une filière européenne d’extraction et de transformation réduirait la dépendance de ce marché aux importations.
En résumé
Avec son classement parmi les projets stratégiques du CRMA, Lithium de France cumule désormais une reconnaissance nationale et une reconnaissance européenne. Reste à transformer ces labels en financements, en autorisations et en production réelle : l’objectif affiché par Arverne, 27 000 tonnes de lithium par an et 2 TWh de chaleur, ne sera jugé qu’à l’épreuve des faits.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
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