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Heures « super-creuses » : deux économistes veulent caler le tarif de l’électricité sur le soleil

Par Aurélien CHAPUIS 5 min de lecture Partager
Heures « super-creuses » : deux économistes veulent caler le tarif de l’électricité sur le soleil

Oui, le tarif réglementé de l’électricité pourrait être revu pour pousser les Français à consommer quand le courant décarboné abonde : c’est la proposition de Christian de Perthuis et Cédric Philibert, qui plaident pour 18 heures creuses par jour, des heures « super-creuses » à la mi-journée du printemps à l’automne et des pointes plus chères, le tout sans dépense pour l’État. Leur tribune a paru le 15 octobre dans Les Echos.

En bref

  • Les auteurs : Christian de Perthuis (université Paris Dauphine-PSL, fondateur de la chaire Économie du climat) et Cédric Philibert (président d’Avenirs Energétiques).
  • Ils reprennent une piste de l’Alliance Energie Climat : 18 heures creuses quotidiennes, contre une hausse d’environ 20 % sur les six heures pleines restantes.
  • D’avril à fin octobre, six heures « super-creuses » couvriraient le moment où les panneaux solaires produisent le plus.
  • Avec Tempo, les 22 jours d’hiver les plus tendus resteraient chers, mais sur six heures seulement.
  • Selon eux, la réforme s’autofinancerait, puis ferait économiser de l’argent public.

Une France qui produit parfois trop d’électricité bas carbone

Le point de départ de la tribune tient en un paradoxe. Le parc français fournit un courant très largement décarboné et, à certaines heures, il en produit plus que le pays n’en utilise. Ce surplus part à l’export, mais il arrive aussi qu’on bride des installations parce que le réseau sature ou que les prix passent sous zéro.

D’où leur conclusion : plutôt que de miser uniquement sur de nouvelles capacités, mieux vaut d’abord tirer parti de l’électricité propre que l’on sait déjà produire.

Des heures creuses pensées pour un autre parc

Le découpage heures pleines / heures creuses date d’une période où l’atome assurait presque à lui seul la production nationale. Résultat, les heures à prix réduit tombent encore surtout la nuit.

Or l’essor du photovoltaïque déplace les moments d’abondance. Aux beaux jours, c’est autour de midi que le courant devient surabondant, alors que les tensions se reportent sur le début et la fin de journée, ou sur quelques journées glaciales en hiver. Les deux économistes estiment que la grille tarifaire doit suivre ces coûts réels du système.

Ce que changerait la proposition

Le schéma s’inspire des travaux de l’Alliance Energie Climat. Le tarif heures creuses s’appliquerait 18 heures sur 24 ; en échange, les six heures pleines coûteraient environ 20 % de plus. Côté Tempo, les 22 journées hivernales les plus critiques garderaient un prix élevé, mais concentré sur six heures. Enfin, entre avril et fin octobre, une plage « super-creuse » de six heures viendrait coïncider avec le pic habituel de production solaire.

Qui y gagnerait ?

Tous les usages que l’on peut programmer sont concernés : recharge de la voiture électrique, ballon d’eau chaude, chauffage, climatisation, lave-linge ou certaines activités professionnelles. La tribune cite le cas des boulangers équipés de fours électriques, dont la facture pourrait nettement baisser si leur cuisson glissait vers les heures d’abondance.

Les foyers et entreprises capables de décaler leur consommation seraient les premiers gagnants. Pour ceux qui ne changeraient rien, les auteurs assurent que la pointe plus chère serait largement compensée par l’allongement des plages à prix réduit. Pour un particulier équipé de panneaux, la logique rejoint celle de l’autoconsommation : faire tourner ses appareils quand le soleil donne, ce qui pèse directement sur la rentabilité d’une installation solaire. Le stockage, abordé dans notre guide sur la batterie pour panneaux solaires, poursuit le même objectif à l’échelle de la maison.

Heures « super-creuses » : deux économistes veulent caler le tarif de l’électricité sur le soleil

Un argument budgétaire mis en avant

Les deux auteurs insistent sur le volet financier. Dans un premier temps, ce que l’on perd en élargissant les heures creuses serait récupéré sur des pointes plus chères. Ensuite, une demande mieux étalée réduirait le recours aux centrales de pointe, les renforcements de réseau, les pertes de production renouvelable et la nécessité de faire varier la puissance des réacteurs nucléaires. Mieux absorber le solaire quand les prix s’effondrent allégerait aussi la facture de certains dispositifs publics de soutien.

Ils parlent ainsi d’une réforme à « coûts budgétaires négatifs ». Ils y ajoutent l’intérêt stratégique : chaque usage qui quitte le pétrole ou le gaz pour une électricité décarbonée réduit à la fois les émissions de CO2 et la dépendance de la France aux importations d’énergie. L’Alliance Energie Climat suggère en parallèle de supprimer l’abonnement électrique pour les ménages en précarité énergétique, une mesure que les auteurs jugent possiblement plus efficace que le chèque énergie.

Il s’agit d’une proposition, pas d’une décision : la fixation des tarifs réglementés relève des pouvoirs publics, sur proposition de la Commission de régulation de l’énergie (CRE). La tribune complète est à lire sur le site des Echos.

Questions fréquentes

Que sont les heures « super-creuses » proposées ?

Ce sont six heures par jour, d’avril à fin octobre, où l’électricité serait facturée encore moins cher que les heures creuses, parce qu’elles correspondent au pic de production des panneaux solaires. Il s’agit d’une proposition de Christian de Perthuis et Cédric Philibert, pas d’un tarif en vigueur.

Combien d’heures creuses par jour prévoit la proposition ?

La piste reprise de l’Alliance Energie Climat prévoit 18 heures creuses par jour. Les six heures pleines restantes seraient environ 20 % plus chères qu’aujourd’hui.

Un foyer qui ne change pas ses habitudes paierait-il plus cher ?

D’après les auteurs, non pour l’essentiel : la hausse du prix pendant les pointes serait en grande partie compensée par l’élargissement des plages à tarif réduit. Les principaux gagnants restent ceux qui peuvent décaler leurs usages.

Pourquoi cette réforme ne coûterait-elle rien à l’État ?

Selon la tribune, les pointes plus chères financeraient d’abord les heures creuses élargies. À plus long terme, une consommation mieux répartie limiterait les besoins en centrales de pointe et en réseaux et réduirait le coût de certains soutiens publics.

En résumé

Christian de Perthuis et Cédric Philibert veulent adapter le tarif réglementé à un parc électrique où le solaire pèse de plus en plus : 18 heures creuses, des heures « super-creuses » à la mi-journée d’avril à octobre, des pointes plus chères et un Tempo resserré. Ils y voient un moyen de baisser les factures, d’accélérer l’électrification et de renforcer la souveraineté énergétique, sans dépense publique supplémentaire. Reste à savoir si les pouvoirs publics s’en empareront.

Espace d'échanges et avis

  • Aurélien CHAPUIS
    19/10/2026 à 9h53

    Il faut une tribune d'économistes pour rappeler que le soleil brille à midi.

    Nos heures creuses sont toujours calées sur la nuit, comme si le parc électrique n'avait pas bougé depuis des décennies. Pendant ce temps, on bride des centrales solaires parce que le réseau sature ou que les prix passent sous zéro.

    La proposition de Christian de Perthuis et Cédric Philibert est simple : 18 heures creuses, des heures super-creuses en journée d'avril à octobre, des pointes plus chères. Coût pour l'État, selon eux : négatif.

    C'est exactement le genre de mesure que les pouvoirs publics devraient porter depuis longtemps. À mon sens, l'État préfère colmater avec des chèques que réformer un signal-prix hérité d'un autre siècle.

    Combien d'électricité propre faudra-t-il encore jeter avant qu'on ose toucher à la grille tarifaire ?

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