France Renouvelables réclame à l’État un cap clair pour 2027 : « Le stop and go est ravageur »
La filière des énergies renouvelables électriques demande au gouvernement de la visibilité, et vite : sa présidente, Anne-Catherine de Tourtier, exige un calendrier d’appels d’offres confirmé, une trajectoire de volumes et l’absence de rupture en 2027. Sans quoi, prévient-elle, les équipes et les savoir-faire accumulés pendant des années risquent de se disperser en quelques mois.
Le message a été porté en ouverture du colloque national de France Renouvelables, au bois de Vincennes, l’année des 30 ans de l’organisation.
En bref
- France Renouvelables, qui fête ses 30 ans, s’inquiète d’un manque de visibilité pour la filière.
- Sa présidente adresse trois demandes à l’État : un calendrier des appels d’offres, une trajectoire de volumes, une continuité en 2027.
- Elle décrit des investissements reportés, des embauches gelées et des autorisations refusées.
- Le solaire figure parmi les piliers du système électrique de demain, avec l’éolien et les réseaux.
- L’organisation présentera 16 propositions pour la présidentielle de 2027, avec un objectif : diviser par deux la dépendance aux fossiles d’ici 2035.
Une filière qui s’inquiète de l’attentisme
L’anniversaire avait tout d’une célébration, mais le discours a surtout servi d’alerte. Anne-Catherine de Tourtier a salué le travail des développeurs, exploitants, techniciens, ingénieurs et élus locaux qui ont bâti le secteur. Elle a ensuite listé les symptômes d’une période de doute : des décisions d’investissement repoussées, des recrutements mis en pause, des dossiers d’autorisation rejetés, des projets dont personne ne sait s’ils verront le jour.
Pour elle, cette incertitude abîme d’abord les compétences, longues à former et rapides à perdre.
Le solaire au cœur de l’ambition électrique
Sur le fond, l’organisation garde un cap ambitieux, tourné vers 2040 et 2050 : produire plus d’électricité bas carbone pour que la France consomme moins de pétrole et de gaz importés. Sa présidente a mis en avant des ressources disponibles sur le territoire, « le vent qui souffle sur nos côtes et dans nos campagnes » et « le soleil qui éclaire nos territoires ».
Argument économique avancé : une fois une centrale construite, elle n’achète plus de combustible. Ses coûts tiennent pour l’essentiel à l’exploitation et à la maintenance. C’est aussi ce qui fait la rentabilité d’une installation solaire, à l’échelle d’une maison comme d’un parc.
Le photovoltaïque est cité nommément, avec l’éolien terrestre et en mer et les réseaux, comme une base du futur mix. France Renouvelables plaide en parallèle pour fabriquer plus d’équipements en France et en Europe, former, sécuriser les approvisionnements et recycler, dans une logique de complémentarité avec le nucléaire.
Stockage, flexibilité et électrification
La présidente ne cache pas les défis posés par la montée des renouvelables. Les épisodes de prix négatifs appellent des solutions, et le stockage, à commencer par les batteries, doit se développer. Les usages devront mieux suivre les heures de production, et les réseaux évoluer avec eux. Côté particuliers, le sujet rejoint celui de la batterie associée aux panneaux solaires.
Quant à l’électrification, elle doit devenir tangible : un prix prévisible et une date de raccordement pour l’industriel, un équipement abordable et des économies visibles pour le ménage. Les projets demandant plusieurs années de préparation, production et consommation doivent avancer au même rythme.
Trois demandes adressées au gouvernement
Un calendrier d’appels d’offres connu tôt
Les entreprises ont besoin de dates annoncées et tenues pour boucler leurs financements, passer commande et garder leurs équipes. Anne-Catherine de Tourtier a posé la question sans détour : « Sur quelle programmation les entreprises peuvent-elles compter en 2027 et au-delà ? »

Une trajectoire de volumes
Les objectifs nationaux doivent se traduire en volumes d’activité assez solides pour justifier un investissement. L’organisation se dit ouverte à une discussion sur les mécanismes et sur la répartition des risques, à condition de pouvoir planifier.
Pas de trou d’air en 2027
Le basculement vers de nouveaux dispositifs ne doit pas suspendre les appels d’offres ni geler les chantiers. Si une phase de transition s’impose, elle doit être organisée dès aujourd’hui.
« Le stop and go est ravageur »
C’est la phrase forte du discours. Un arrêt, ou pire un moratoire, ferait fondre selon elle des équipes construites sur la durée, décalerait les commandes, mettrait les fournisseurs en difficulté et repousserait les réalisations attendues localement.
Anne-Catherine de Tourtier dit comprendre la contrainte budgétaire de l’État et partager le souci d’une dépense publique efficace. Mais elle retourne l’argument : une politique stable et lisible fait baisser le coût de financement des projets. Elle y associe une meilleure intégration locale, faite de concertation avec les riverains, de respect de la biodiversité, de retombées pour le territoire et de travail avec les élus.
Cap sur la présidentielle de 2027
France Renouvelables compte peser dans la campagne avec 16 propositions. L’objectif central : réduire de moitié la dépendance du pays aux énergies fossiles à l’horizon 2035. Sa présidente veut faire de l’électrification « une grande ambition nationale », couplée à la sobriété, visible dans les usines, les logements et les transports. Elle a conclu par un appel direct : « Arrêtons d’attendre et d’hésiter. »
Pour les particuliers qui envisagent une installation, ce débat sur la stabilité des règles rappelle l’intérêt de suivre de près les aides solaires en vigueur en 2026.
Questions fréquentes
Que demande France Renouvelables au gouvernement ?
L’organisation demande trois engagements : un calendrier des appels d’offres annoncé et confirmé à l’avance, une trajectoire de volumes permettant d’investir, et une continuité des dispositifs en 2027 sans interruption des appels d’offres ni des projets.
Que signifie « stop and go » pour les renouvelables ?
L’expression désigne une politique qui alterne relances et coups d’arrêt. Pour France Renouvelables, ces à-coups dispersent les équipes, retardent les commandes et fragilisent les fournisseurs, alors que les projets se préparent sur plusieurs années.
Quel objectif France Renouvelables porte-t-elle pour 2035 ?
L’organisation vise une réduction de moitié de la dépendance de la France aux énergies fossiles d’ici 2035, en misant sur l’électrification des usages et la maîtrise des consommations. Elle détaillera 16 propositions pendant la campagne présidentielle de 2027.
En résumé
À l’occasion de ses 30 ans, France Renouvelables a choisi l’alerte plutôt que la fête. Sa présidente réclame à l’État un calendrier d’appels d’offres, des volumes clairs et une transition sans rupture en 2027, en rappelant que l’instabilité coûte plus cher qu’elle ne fait économiser. Le solaire, l’éolien, les réseaux et le stockage restent au cœur de son projet, qui sera défendu dans la campagne présidentielle.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
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