Les renouvelables gardent un intérêt économique pour les consommateurs français, même en situation de surcapacité : c’est le message porté par Emmanuelle Wargon, présidente de la Commission de régulation de l’énergie (CRE), au 27ᵉ colloque du Syndicat des énergies renouvelables. Selon le rapport de la CRE sur l’économie du système électrique, leur développement devra toutefois aller de pair avec l’électrification des usages, le stockage et une gestion beaucoup plus fine des flexibilités.
Davantage de renouvelables, une consommation qui tarde à repartir, des périodes de prix négatifs plus nombreuses : c’est dans ce contexte que la CRE a voulu, pour la première fois, mesurer l’économie du système électrique dans son ensemble.
Selon les chiffres présentés par Emmanuelle Wargon, le coût annuel du système, de la production à l’acheminement jusqu’au consommateur final, atteint environ 55,9 milliards d’euros : quelque 40 milliards pour la production et 15,9 milliards pour les réseaux. Ce cadre permet ensuite d’évaluer ce que coûte, mais aussi ce que rapporte, le développement des renouvelables. Le rapport est publié sur le site de la Commission de régulation de l’énergie.
Premier constat : la France dispose aujourd’hui d’une capacité de production supérieure à ses besoins pendant une grande partie de l’année. La présidente de la CRE refuse pourtant d’y voir forcément un problème. Cette marge constitue selon elle une forme d’assurance face aux crises, aux aléas de production et aux variations de la demande.
À la pointe de consommation, le système reste correctement dimensionné ; le reste du temps, les surplus peuvent notamment être exportés. Le parc combine nucléaire, renouvelables, quelques centrales au gaz et encore une capacité résiduelle au charbon.
Le résultat le plus marquant de l’étude concerne l’effet des renouvelables sur les prix de gros. La CRE a simulé ce qu’auraient été les prix de marché en 2025 si la France n’avait conservé que le parc renouvelable installé en 2020 : ils auraient été environ 20 €/MWh plus élevés.
Rapportée à l’ensemble de la consommation, cette différence représente près de 8 milliards d’euros de pouvoir d’achat transféré aux consommateurs, ménages comme entreprises. En face, les capacités renouvelables ajoutées depuis 2020 représenteraient environ 2,2 milliards d’euros de soutien public supplémentaire en 2025, et quelque 500 millions d’euros de coûts de réseau, soit environ 2,7 milliards d’euros.
Le bilan de la CRE est donc, sur cette période, « globalement positif » : les économies liées à la baisse des prix dépassent les coûts supplémentaires supportés par l’État et le système électrique.
La CRE a aussi testé des scénarios de tension : hausse du prix du gaz, indisponibilité du parc nucléaire, ou les deux à la fois, comme en 2022. Dans ces situations, les renouvelables jouent selon Emmanuelle Wargon un rôle « amortisseur » : plus l’offre d’électricité décarbonée est importante, moins le choc sur les prix est violent. Et quand les prix de marché montent, les soutiens publics versés aux producteurs renouvelables diminuent.

La question devient plus délicate lorsque la production augmente sans que la consommation suive. La CRE a testé un scénario très restrictif, dans lequel la demande d’électricité resterait totalement stable. Même dans ce cas, estime Emmanuelle Wargon, « il reste encore de la place » pour installer des renouvelables avec un intérêt économique : le rapport évoque environ 20 % de capacités supplémentaires par rapport au parc installé, en insistant sur le caractère très théorique de ce chiffre.
Personne ne s’attend en effet à une demande durablement figée : industrie, centres de données, véhicules électriques et pompes à chaleur devraient progressivement accroître la consommation. L’enjeu est moins d’arrêter la production que de faire croître en même temps l’offre et les nouveaux usages électriques.
« La volatilité des prix est de plus en plus importante », a rappelé Emmanuelle Wargon, évoquant des écarts pouvant dépasser 100 €/MWh au cours d’une même journée. Avec un solaire concentré sur les heures centrales et un éolien dépendant de la météo, il devient essentiel de déplacer la consommation vers les périodes où l’électricité est abondante et bon marché.
Cela passe par la flexibilité de la demande, les effacements et surtout le stockage, pour rapprocher dans le temps production et consommation. Les mécanismes de flexibilité du réseau sont présentés par RTE.
« Le combat est contre les énergies fossiles », a résumé la présidente de la CRE, au nom du climat comme de la souveraineté. Elle défend une complémentarité entre électrification et autres énergies renouvelables : biométhane, bois énergie, chaleur renouvelable. La CRE travaille aussi sur l’avenir des infrastructures gazières, dont la vocation n’est pas forcément de disparaître mais de transporter progressivement davantage de gaz renouvelables.
Selon la CRE, oui : sans les capacités renouvelables installées depuis 2020, les prix de marché auraient été environ 20 €/MWh plus élevés en 2025, soit près de 8 milliards d’euros de pouvoir d’achat transféré aux ménages et aux entreprises.
Les capacités ajoutées depuis 2020 représenteraient environ 2,2 milliards d’euros de soutien public supplémentaire en 2025, plus quelque 500 millions d’euros de coûts de réseau, soit environ 2,7 milliards d’euros. La CRE juge le bilan « globalement positif ».
Oui, selon Emmanuelle Wargon. Même avec une demande d’électricité figée, la CRE évoque environ 20 % de capacités supplémentaires présentant un intérêt économique, une estimation qu’elle qualifie de très théorique puisque la consommation devrait augmenter.
Pour la présidente de la CRE, les renouvelables restent économiquement justifiées malgré la surcapacité actuelle : elles ont fait baisser les prix de marché d’environ 20 €/MWh en 2025 et jouent un rôle d’amortisseur en cas de crise. La suite passera moins par une course aux mégawatts que par une transformation coordonnée du système, qui associe production, électrification des usages, réseaux, stockage et flexibilité pour sortir des énergies fossiles.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
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