Électricité 2027 : le prix à terme a plus que doublé depuis février, à près de 110 €/MWh
Le contrat d’électricité livrée en France sur toute l’année 2027 se négociait à 109,61 €/MWh le 16 octobre, contre un plancher proche de 49 €/MWh en février 2026. Gaz plus cher, crainte sur le nucléaire et l’hydraulique, quota carbone élevé : plusieurs facteurs se cumulent, mais la hausse touche surtout 2027, les années 2028 et 2029 restant nettement plus basses.
En bref
- Le Cal-27, contrat de base pour 2027, atteint 109,61 €/MWh au 16 octobre, après un point bas vers 49 €/MWh en février.
- Il a pris 7,27 % sur la seule semaine précédant le 16 octobre.
- Le gaz pour 2027 cote 70,06 €/MWh, en hausse de 9 % en une semaine.
- La disponibilité nucléaire est tombée à 62 %, contre 67,5 % un an plus tôt à la même période.
- Les contrats 2028 (67,06 €/MWh) et 2029 (60,58 €/MWh) restent bien en dessous.
Un contrat 2027 passé de 50 à plus de 100 €/MWh en huit mois
Les chiffres proviennent de la courbe que publie Opéra Énergie à partir des cotations de la bourse EEX. Le produit suivi, appelé Cal Y+1, correspond à un ruban d’électricité fourni sans interruption pendant l’année suivante, aujourd’hui 2027.
À l’automne 2025, ce contrat s’échangeait encore entre 55 et 60 €/MWh. Il a ensuite glissé jusqu’à environ 49 €/MWh en février 2026, puis s’est maintenu entre 50 et 60 €/MWh au printemps. Les premiers signes de tension datent de juillet, avec un passage éphémère au-dessus de 70 €/MWh.
L’accélération de l’été
Le mouvement a pris de l’ampleur en août, lorsque le seuil de 75 €/MWh a été franchi. Septembre a vu le prix dépasser 90 €/MWh. Après un court reflux, la mi-octobre l’a porté au-delà de 105 €/MWh, jusqu’aux 109,61 €/MWh relevés le 16. En valeur, l’électricité de 2027 coûte donc aujourd’hui plus du double de ce qu’elle valait en début d’année.
Trois moteurs à la hausse
Le gaz, premier responsable
Le contrat gaz européen pour 2027 vaut désormais 70,06 €/MWh, après 9 % de hausse en sept jours. Le marché s’inquiète du remplissage des stockages en Europe et des livraisons de gaz naturel liquéfié, perturbées par les tensions autour du détroit d’Ormuz. À l’approche de l’hiver, l’Europe et l’Asie se disputent en outre les mêmes cargaisons.
Le parc français repose surtout sur le nucléaire et les renouvelables, mais il est relié au marché européen. Dès que des centrales thermiques doivent compléter l’offre pour couvrir les pointes, c’est leur coût, donc celui du gaz, qui tire les prix de gros vers le haut.
Nucléaire et hydraulique en question
La sécheresse qui se prolonge réduit les espoirs de production des barrages. Côté nucléaire, la disponibilité mesurée la semaine dernière n’était que de 62 %, alors qu’elle atteignait 67,5 % un an plus tôt à la même date. Le moindre doute sur la capacité du parc à tenir pendant l’hiver se paie immédiatement sous forme de prime de risque sur les contrats à terme.
Le carbone
Avec un quota européen à 85,42 € la tonne de CO₂, chaque mégawattheure produit par une centrale fossile appelée en appoint revient plus cher, ce qui s’ajoute à la facture.
2028 et 2029 restent bien moins chers
La particularité de la courbe actuelle tient à sa forme. Au 16 octobre, les trois contrats annuels cotaient :

- 2027 : 109,61 €/MWh ;
- 2028 : 67,06 €/MWh ;
- 2029 : 60,58 €/MWh.
Le Cal-28 a lui aussi gagné 6,21 % en une semaine, mais il se situe plus de 40 €/MWh sous le 2027. Quant au Cal-29, il reste proche des niveaux d’avant l’été. Les spécialistes parlent de courbe inversée : l’électricité livrable rapidement vaut beaucoup plus que celle livrée dans deux ou trois ans. Le marché parie donc sur une tension concentrée sur 2027, suivie d’un net relâchement, et non sur un prix durablement installé au-dessus de 100 €/MWh.
Ce que cette volatilité change pour les consommateurs et les producteurs
L’écart entre février et octobre montre à quel point le moment de l’achat compte. Une entreprise qui a fixé son prix 2027 vers 50 €/MWh en début d’année paiera environ deux fois moins que celle qui signe maintenant à plus de 100 €/MWh pour la même électricité.
Cette flambée remet aussi en lumière l’intérêt des contrats longs passés avec des producteurs solaires, éoliens ou de stockage : ils permettent de figer une partie du coût de l’électricité sur plusieurs années. Pour un foyer, la logique est comparable : chaque kilowattheure produit sur son toit et consommé sur place échappe aux soubresauts du marché. Pour estimer ce que cela représente chez vous, consultez notre guide sur la rentabilité des panneaux solaires ou lancez le simulateur solaire.
Les évolutions des tarifs réglementés et du fonctionnement du marché de gros sont suivies par la Commission de régulation de l’énergie (CRE).
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le contrat Cal-27 ?
Le Cal-27 est un contrat à terme négocié sur le marché de gros, qui porte sur une livraison d’électricité en continu pendant toute l’année 2027. Son prix sert de référence aux fournisseurs et aux grands consommateurs qui achètent leur électricité à l’avance.
Pourquoi le prix de l’électricité française dépend-il du gaz ?
Le marché français est intégré au marché européen. Quand des centrales au gaz sont nécessaires pour satisfaire la dernière part de la demande, leur coût de production influence le prix de gros de l’ensemble de l’électricité, même si la France produit surtout du nucléaire et des renouvelables.
Le prix restera-t-il au-dessus de 100 €/MWh après 2027 ?
Le marché ne le prévoit pas à ce stade. Au 16 octobre, les contrats 2028 et 2029 cotaient respectivement 67,06 et 60,58 €/MWh, signe que la tension anticipée concerne avant tout 2027.
L’autoconsommation solaire protège-t-elle de ces hausses ?
En partie. Les kilowattheures produits et consommés sur place ne sont pas achetés au fournisseur, et leur coût ne varie pas avec les marchés. L’électricité encore prélevée sur le réseau reste, elle, soumise à l’évolution des prix.
En résumé
Porté par le gaz, la faible disponibilité nucléaire, la sécheresse et un carbone cher, le prix à terme de l’électricité pour 2027 a plus que doublé depuis février pour frôler 110 €/MWh. Les échéances 2028 et 2029, bien plus basses, indiquent que le marché redoute surtout l’année prochaine. Cette volatilité rend plus attractifs les moyens de figer une partie de son coût d’électricité, des contrats longs avec les producteurs renouvelables jusqu’à l’autoconsommation solaire.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
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