Chauffe-eau pilotés : Elax Énergie lève 30 millions d’euros pour en faire des batteries thermiques
Elax Énergie vient de réunir 30 millions d’euros pour piloter à grande échelle les ballons d’eau chaude électriques et les faire chauffer quand l’électricité solaire et éolienne abonde. Les fonds sont apportés par Noria et Crédit Mutuel Impact. La jeune pousse, créée en 2021, veut sortir du logement social pour s’attaquer aux chaufferies collectives et aux particuliers.
En bref
- Montant levé : 30 millions d’euros, auprès de Noria et de Crédit Mutuel Impact (Fonds Révolution Environnementale et Solidaire de Crédit Mutuel Alliance Fédérale).
- Près de 100 000 logements sont déjà équipés du boîtier, surtout chez des bailleurs sociaux.
- Deux nouveaux débouchés : l’électrification des chaufferies collectives et les particuliers, via le réseau d’artisans Elax Pro.
- L’entreprise annonce 20 à 25 % d’économies par an sur l’eau chaude sanitaire.
- 30 embauches sont prévues d’ici fin 2027.
Pourquoi le chauffe-eau intéresse le réseau électrique
Plus le solaire et l’éolien pèsent dans le mix, plus il faut savoir décaler la consommation vers les heures où le courant est abondant. Plutôt que de construire de nouveaux équipements de stockage, Elax Énergie mise sur un appareil que des millions de foyers possèdent déjà : le ballon d’eau chaude. Chauffer l’eau revient à stocker de l’énergie sous forme de chaleur, qui reste disponible jusqu’à ce qu’on ouvre le robinet. L’utilisateur ne voit pas la différence, mais le réseau gagne une marge de manœuvre.
Un parc de 15 millions de ballons
D’après les chiffres de l’entreprise, environ 15 millions de logements français chauffent leur eau à l’électricité. Ces appareils absorbent de 19 à 24 TWh chaque année, autour de 5 % de la consommation électrique du pays. Pendant des décennies, le signal heures pleines/heures creuses les a fait tourner la nuit, quand le nucléaire produisait plus que la demande. Avec la montée du photovoltaïque, les surplus apparaissent désormais aussi en pleine journée : c’est ce décalage qu’Elax Énergie veut exploiter en transformant les ballons en « batteries thermiques dynamiques ».
Le principe rejoint celui de l’autoconsommation chez les particuliers équipés de panneaux, qui programment déjà leur ballon à midi pour absorber leur propre production. Pour comparer cette option avec une batterie électrochimique, voir notre guide sur la batterie pour panneaux solaires.
Ce que fait le boîtier
Le module est conçu et assemblé en France, entre la Bretagne et la Normandie. Il se pose en une vingtaine de minutes sur le ballon existant, sans le changer. Il décide du moment de chauffe selon les besoins réels du foyer et les signaux envoyés par le système électrique.
Au-delà du pilotage, il assure une surveillance de l’appareil : repérage de l’entartrage, maintenance prédictive, prévention des risques sanitaires et allongement de la durée de vie du ballon.
3 TWh renouvelables perdus en 2025
L’argument central d’Elax Énergie tient dans un chiffre qu’elle met en avant : la France aurait écrêté 3 TWh d’électricité renouvelable en 2025, faute de consommateurs ou de capacités d’export au bon moment. Selon l’entreprise, des millions de ballons pilotés offriraient une capacité d’absorption importante sans construire d’installation de stockage dédiée. Les données d’équilibre du réseau sont publiées par RTE.
Les deux nouveaux marchés visés
Les chaufferies collectives
Dans les immeubles chauffés au gaz, Elax Énergie estime pouvoir remplacer jusqu’à la moitié de la production de chaleur par de l’électricité pilotée, consommée de préférence quand elle est abondante et bon marché.

Les particuliers, avec Elax Pro
Le réseau Elax Pro doit réunir des plombiers, des électriciens et des chauffagistes partout en France, chargés d’installer la solution chez les ménages. L’entreprise continuera en parallèle à équiper les bailleurs sociaux, son marché historique.
L’électrification de l’eau chaude, un enjeu de balance commerciale
Elax Énergie a aussi chiffré un scénario extrême : les 38 millions de logements français équipés d’un chauffe-eau électrique. Selon ses calculs, la demande atteindrait alors 53,2 TWh par an, soit environ 32 TWh de consommation électrique en plus. En contrepartie, le pays éviterait d’importer 24 TWh de gaz naturel et 7,3 TWh de fioul, pour un gain estimé entre 1,3 et 1,6 milliard d’euros par an sur la balance commerciale.
Tout repose sur le pilotage. Ajouter des dizaines de térawattheures sans les déplacer dans le temps créerait de nouveaux pics de demande ; les caler sur les heures de forte production renouvelable aiderait au contraire à stabiliser le système. Pour un foyer qui produit sa propre électricité, le même raisonnement améliore la rentabilité des panneaux solaires.
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’une batterie thermique dans un chauffe-eau ?
C’est un ballon d’eau chaude électrique dont la chauffe est déclenchée au moment où l’électricité est abondante. L’énergie est gardée sous forme d’eau chaude et utilisée plus tard, ce qui permet de décaler la consommation sans perte de confort.
Faut-il changer son chauffe-eau pour utiliser la solution d’Elax Énergie ?
Non. Le boîtier d’Elax Énergie se pose sur le ballon électrique existant, en une vingtaine de minutes selon l’entreprise.
Quelles économies annonce Elax Énergie ?
L’entreprise annonce de 20 à 25 % d’économies par an sur la production d’eau chaude sanitaire, grâce à une chauffe ajustée aux besoins réels du logement.
Les particuliers peuvent-ils s’équiper ?
C’est l’un des objectifs de la levée de fonds : le réseau d’artisans Elax Pro doit rendre la solution accessible aux ménages, alors qu’elle était jusqu’ici surtout installée dans le logement social.
En résumé
Avec 30 millions d’euros apportés par Noria et Crédit Mutuel Impact, Elax Énergie veut faire des 15 millions de chauffe-eau électriques français un réservoir de flexibilité pour le réseau. Après près de 100 000 logements sociaux équipés, l’entreprise vise les chaufferies collectives et les particuliers, et prévoit 30 recrutements d’ici fin 2027.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
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