Bernard Fontana (EDF) : électrifier davantage pour gagner en souveraineté énergétique
Pour Bernard Fontana, PDG d’EDF, la France doit consommer beaucoup plus d’électricité et beaucoup moins de pétrole et de gaz importés : c’est selon lui le meilleur moyen de protéger les factures, les entreprises et la souveraineté du pays. Invité de l’émission On n’arrête pas l’éco sur France Inter le samedi 7 novembre, il a détaillé les leviers de cette électrification, des pompes à chaleur aux heures creuses déplacées vers le milieu de journée.
En bref
- L’électricité pèse environ 27 % de l’énergie primaire consommée en France ; la Suède est déjà autour de 50 %.
- Le pays a dépensé plus de 60 milliards d’euros l’an dernier en pétrole et en gaz importés, pour environ 5 milliards d’euros d’électricité exportée.
- Prix à terme 2027 cités : environ 113 €/MWh en France, contre 120 € en Espagne, 145 € en Allemagne et 171 € en Italie.
- EDF annonce une prime de 1 000 euros pour jusqu’à 80 000 ménages modestes qui passent à la pompe à chaleur.
- Avec la montée du photovoltaïque, des heures creuses apparaissent en journée et plusieurs millions de Français devraient en bénéficier.
Une facture en trois blocs
Interrogé sur la hausse des factures sur dix ans, le dirigeant a rappelé que le prix final se partage grosso modo entre les taxes, l’acheminement par les réseaux et la production. Les deux derniers postes demandent des investissements lourds : les réseaux doivent être modernisés et renforcés pour accueillir de nouvelles capacités renouvelables, et le parc nucléaire doit être mis à niveau pour fonctionner plus longtemps selon les exigences de sûreté actuelles.
Un prix de gros plus bas que chez nos voisins
Bernard Fontana met en avant la relative protection du système électrique français face aux tensions sur le gaz et le pétrole. Sur les marchés à terme, l’électricité livrée en 2027 se négocie selon lui autour de 113 euros le mégawattheure en France, quand l’Espagne est à 120 euros, l’Allemagne à 145 euros et l’Italie à 171 euros.
Côté particuliers, il indique que presque toutes les offres d’EDF devraient rester stables au moins jusqu’au 1er février, et probablement jusqu’à la fin de l’hiver. Côté entreprises, le groupe a misé sur les contrats de moyen et long terme : à fin septembre, 85 % des clients professionnels hors tarif réglementé étaient déjà couverts. Les durées proposées vont de trois à cinq ans, et beaucoup plus pour certains industriels électro-intensifs.
Sortir de la dépendance aux fossiles importés
Le cœur de son argumentaire tient en une comparaison. D’un côté, plus de 60 milliards d’euros sont partis l’an dernier à l’étranger pour acheter surtout du pétrole et du gaz. De l’autre, la France a vendu pour environ 5 milliards d’euros d’électricité à ses voisins. Faire grimper la part de l’électricité, aujourd’hui proche de 27 % de l’énergie primaire, réduirait la facture d’importation et garderait plus de valeur dans l’économie nationale. La Suède, qui approche 50 %, montre à ses yeux que la marge de progression est grande.
Le chauffage, premier chantier
D’après le PDG d’EDF, remplacer une chaudière au fioul ou au gaz par une pompe à chaleur peut diviser la facture énergétique par deux environ. Le groupe développe une offre de financement pour faciliter l’équipement et prévoit une prime de 1 000 euros, qui pourra aider jusqu’à 80 000 ménages modestes. Pour un foyer équipé de panneaux, coupler pompe à chaleur et autoconsommation améliore encore l’équation : notre simulateur de panneaux solaires permet d’estimer la production d’une toiture.
La voiture électrique, deuxième levier
Rouler à l’électricité coûterait aujourd’hui trois à cinq fois moins cher qu’en thermique, selon Bernard Fontana. Tout l’enjeu est désormais de proposer des tarifs adaptés et de piloter la recharge vers les moments où l’électricité est abondante et bon marché. EDF prépare avec Renault une offre groupée qui réunit le véhicule, la borne à domicile et ce pilotage intelligent.
Des heures creuses qui glissent vers la journée
C’est le point qui concerne le plus directement le solaire. Les heures creuses, historiquement placées la nuit, commencent à apparaître en milieu de journée, quand les panneaux photovoltaïques produisent à plein. Bernard Fontana souhaite poursuivre ce mouvement de manière progressive, pour laisser aux consommateurs le temps d’adapter leurs habitudes ; plusieurs millions de Français devraient ainsi disposer de nouvelles plages creuses en journée.

La logique du système électrique s’inverse en partie : on ne cherche plus seulement à ajuster la production à la demande, on incite aussi la demande à se caler sur les pics de production renouvelable. Pour un particulier, c’est un argument de plus pour lancer machines et recharge à midi, ou pour stocker son surplus, comme l’explique notre guide sur la rentabilité des panneaux solaires.
Le nucléaire face aux canicules
Quand les fleuves se réchauffent et que leur débit baisse, certaines centrales doivent réduire leur puissance, voire arrêter des réacteurs, pour respecter les limites réglementaires de température de l’eau rejetée. EDF envisage d’équiper davantage de sites de systèmes qui refroidissent l’eau avant son retour au milieu naturel. Le groupe prévoit plus de 8 milliards d’euros d’investissements dans le nucléaire et l’hydroélectricité, auxquels s’ajouteraient 450 millions d’euros dès l’an prochain pour ces adaptations.
Nucléaire, hydraulique et renouvelables : la hiérarchie d’EDF
Questionné sur les critiques visant le coût des renouvelables, le patron d’EDF a rappelé l’ordre des priorités du groupe. Viennent d’abord ses deux piliers historiques : le nucléaire, avec six nouveaux réacteurs prévus et une option pour huit de plus, et l’hydroélectricité, avec des barrages à rendre plus puissants et une meilleure gestion de l’eau. Les autres renouvelables restent à ses yeux complémentaires : EDF continuera de les développer, sur des cycles d’investissement plus courts et en choisissant avec soin les projets et leur emplacement. La consommation d’électricité devant repartir à la hausse, il juge nécessaire de renforcer les deux familles en même temps.
Pour suivre l’équilibre entre production et consommation en temps réel, les données de RTE (éCO2mix) sont la référence ; le site d’EDF présente les offres du groupe.
Questions fréquentes
Quelle part de l’énergie consommée en France est de l’électricité ?
Selon Bernard Fontana, PDG d’EDF, l’électricité représente environ 27 % de l’énergie primaire consommée en France, contre environ 50 % en Suède. Le reste provient surtout du pétrole et du gaz, largement importés.
Pourquoi des heures creuses en journée ?
Parce que la production solaire est forte en milieu de journée. Déplacer une partie des heures creuses vers ces créneaux incite à consommer quand l’électricité renouvelable est abondante et moins chère ; plusieurs millions de Français devraient en profiter selon EDF.
Quelle aide EDF propose-t-il pour une pompe à chaleur ?
EDF annonce une offre de financement et une prime de 1 000 euros qui pourra bénéficier à jusqu’à 80 000 ménages modestes. Selon son PDG, une pompe à chaleur peut réduire d’environ moitié la facture par rapport à une chaudière au fioul ou au gaz.
En résumé
Sur France Inter, Bernard Fontana a fait de l’électrification une question de souveraineté : moins de fossiles importés, plus d’électricité produite en France, grâce aux pompes à chaleur, à la voiture électrique et à des heures creuses qui suivent désormais le soleil. EDF garde le nucléaire et l’hydraulique comme socle, mais présente les autres renouvelables comme leurs compléments.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
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