Une batterie de véhicule électrique arrivée en fin de première vie conserve encore 70 à 80 % de sa capacité. Battwoo, cleantech française fondée en 2023, la reconditionne en armoire de stockage stationnaire couplée à une centrale photovoltaïque — pour environ 30 % de moins qu’une batterie neuve équivalente.
« Chaque année, des milliers de batteries de véhicules électriques arrivent en fin de première vie alors qu’elles conservent encore 70 à 80 % de leur capacité », constate Melchior Martinache, directeur commercial de Battwoo. « Dans le même temps, le développement du photovoltaïque soulève un enjeu majeur : comment valoriser l’électricité solaire produite lorsqu’elle n’est pas immédiatement consommée ? »
Une capacité résiduelle de 70 à 80 % est insuffisante pour l’automobile, où l’autonomie conditionne l’usage, mais parfaitement exploitable pour un stockage stationnaire, qui ne se déplace pas et tolère un encombrement plus important. C’est sur cet écart que se fonde le modèle : construire des systèmes de stockage (BESS) à partir de batteries requalifiées plutôt que neuves, en prolongeant de 15 à 30 ans la durée de vie d’équipements qui seraient autrement partis au recyclage.
Le processus commence par la récupération de lots auprès de partenaires spécialisés, suivie d’une évaluation de leur état. Après une première série de diagnostics et de tests menés par un laboratoire agréé puis en interne, les batteries présentant encore plus de 80 % de leur capacité sont reconditionnées en armoires de stockage stationnaire, dans un atelier situé à Madrid.
« Cette maîtrise industrielle permet à Battwoo de garantir la traçabilité complète des batteries, de contrôler chaque étape de leur requalification et d’assurer un haut niveau d’exigence en matière de sécurité, de qualité et de performances », explique Melchior Martinache. Le point est sensible : sur des cellules de seconde vie, l’homogénéité des modules et la connaissance de leur historique conditionnent autant la sécurité que la durée de vie du système.
Il n’existe pas de batterie standard : la configuration découle de ce que le client cherche à faire. « Le client cherche-t-il à maximiser son taux d’autoconsommation, à réduire ses pics de puissance pour diminuer ses coûts, à participer aux mécanismes de flexibilité du réseau ou encore à faire de l’arbitrage sur les marchés spot ? », détaille le directeur commercial. « Ces paramètres déterminent la puissance nécessaire et le nombre de cycles journaliers, et donc la durée de vie de la batterie comme son retour sur investissement. » Les systèmes peuvent aller jusqu’à quatre cycles par jour. Les mécanismes de flexibilité auxquels ces installations peuvent participer sont encadrés par RTE.
Dans les Hauts-de-France, un club de padel a retenu la solution pour stocker l’électricité d’une centrale photovoltaïque de 250 kWc. L’installation, d’une capacité de 350 kWh, compte 56 modules de batteries — l’équivalent de cinq véhicules électriques. Elle stocke les surplus de production solaire pour les restituer en soirée, au moment où les terrains éclairés consomment le plus : un décalage horaire que le seul photovoltaïque ne peut pas couvrir.
Autre cas, dans l’agroalimentaire : la coopérative Les Fruits de Saint-Aubin, spécialisée dans la production de pommes, dispose d’une batterie stationnaire de 350 kWh couplée à une centrale existante. Le dispositif optimise l’alimentation des chambres froides et de la ligne de pré-calibrage, qui fonctionne en continu, tout en augmentant le taux d’autoconsommation du site.
Trois autres projets sont en cours de négociation. « Pour l’instant, nous sommes encore dans une phase de montée en échelle, afin de nous assurer de la fiabilité et de la sécurité de la solution », indique Melchior Martinache. « Nous nous sommes concentrés sur des projets de moins de 500 kWh, mais nous pourrons progressivement passer à 1 MWh, puis à 2 ou 3 MWh. »

Selon l’entreprise, une batterie reconditionnée de 500 kWh coûte actuellement environ 30 % de moins qu’une batterie neuve équivalente. L’écart est significatif pour des exploitants de centrales photovoltaïques ou des sites industriels pour lesquels le coût du stockage reste le principal frein à l’investissement.
S’y ajoute l’argument environnemental : en prolongeant de plusieurs décennies l’utilisation des batteries, Battwoo estime diviser par quatre leur impact carbone par rapport à la fabrication d’une batterie neuve. La hiérarchie réemploi-avant-recyclage correspond à l’ordre de priorité retenu par l’ADEME dans ses travaux sur l’économie circulaire.
Il s’agit d’une batterie de véhicule électrique retirée de son usage automobile mais conservant une part importante de sa capacité — généralement 70 à 80 %. Insuffisante pour la mobilité, cette capacité reste exploitable pour du stockage stationnaire, où l’encombrement et le poids importent peu.
Les lots sont récupérés auprès de partenaires spécialisés, puis diagnostiqués par un laboratoire agréé et en interne. Seules les batteries présentant encore plus de 80 % de leur capacité sont reconditionnées en armoires de stockage, dans un atelier situé à Madrid.
Environ 30 % pour un système de 500 kWh, selon l’entreprise. Battwoo avance également un impact carbone divisé par quatre par rapport à la fabrication d’une batterie neuve.
Principalement à quatre : augmenter le taux d’autoconsommation solaire, écrêter les pics de puissance pour réduire la facture, participer aux mécanismes de flexibilité du réseau et arbitrer sur les marchés spot. Le dimensionnement et le nombre de cycles quotidiens découlent de l’usage visé.
En résumé — le réemploi de batteries automobiles pour le stockage solaire répond à une logique simple : ce qui ne suffit plus à faire rouler une voiture suffit encore à décaler une production photovoltaïque de quelques heures. Avec deux installations de 350 kWh en service et trois projets en négociation, Battwoo reste en phase de montée en échelle ; c’est le passage au mégawattheure, annoncé mais pas encore réalisé, qui validera le modèle.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
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