Australie : 250 millions de dollars australiens pour fabriquer sur place les équipements des centrales solaires
L’Australie met 250 millions de dollars australiens, soit environ 174 millions d’euros, sur la table pour que les structures, trackers et robots des grandes centrales solaires soient produits sur son sol. C’est l’objet du troisième volet du programme Solar Sunshot, lancé par l’Agence australienne pour les énergies renouvelables (ARENA), dont les manifestations d’intérêt s’ouvrent le 2 novembre 2026.
En bref
- Le volet 3 de Solar Sunshot est doté de 250 millions de dollars australiens (174 millions d’euros).
- Il vise la production industrielle des équipements de centrale : supports, suiveurs, robotique, automatisation, préfabrication.
- Les candidatures sont ouvertes aux entreprises australiennes comme étrangères, à condition que leur technologie soit déjà proche du marché.
- L’ARENA prend en charge en règle générale la moitié du coût d’un projet au maximum.
- Le pays veut passer de 5 à 10 GW de solaire au sol mis en service chaque année.
- Depuis mars 2024, l’enveloppe totale de Solar Sunshot atteint 850 millions de dollars australiens (591 millions d’euros).
Un guichet pour les équipements, pas pour les panneaux
Les deux premiers volets de Solar Sunshot visaient surtout la chaîne de fabrication photovoltaïque elle-même. Cette fois, l’agence regarde ce qui entoure les modules : les structures qui les portent, les systèmes qui les orientent vers le soleil, les machines qui les posent et les éléments assemblés en usine avant d’arriver sur le chantier. Seules les technologies déjà mûres sur le plan commercial peuvent prétendre au financement, qu’il serve à bâtir une usine ou à lancer les premières séries.
Chaque dossier doit servir la cible dite « 30-30-30 » de l’ARENA : des modules à 30 % de rendement et un coût d’installation ramené à 0,30 dollar australien par watt (environ 0,21 €) à l’horizon 2030. Pour comparer avec les coûts d’une installation chez un particulier en France, notre guide du prix d’une installation solaire donne les ordres de grandeur actuels.
Attirer les industriels étrangers
Interrogé par pv magazine, Dan Sturrock, directeur général chargé du solaire à l’ARENA, explique que l’agence cherche à faire venir les meilleurs innovateurs du monde pour qu’ils conçoivent et produisent en Australie. Selon lui, chez les derniers lauréats, l’essentiel du développement produit se fait encore aux États-Unis. L’agence veut donc soutenir davantage d’entreprises et ancrer ce travail sur place, avant que les sociétés retenues n’exportent vers la Nouvelle-Zélande, l’Asie du Sud-Est et au-delà.
Le financement public reste partiel : l’ARENA ne couvre généralement pas plus de 50 % du coût total, le reste devant venir d’investisseurs privés. L’objectif affiché est double : faire baisser le coût des centrales au sol sans dégrader la qualité du matériel, et doubler le rythme annuel de mise en service, de 5 à 10 GW.
Deux fabricants de robots américains déjà servis
Le deuxième volet a désigné ses lauréats le 13 octobre 2026. Luminous Robotics reçoit 17,8 millions de dollars australiens (12,4 millions d’euros) et Built Robotics 14,5 millions (10,1 millions d’euros), toutes deux pour ouvrir des sites de production.
- Luminous Robotics va fabriquer en série à Melbourne ses robots LUMI, qui posent les modules et ont été essayés sur les centrales de Goorambat et de Culcairn.
- Built Robotics installe à Brisbane la production de ses robots de battage de pieux, qui enfoncent les fondations des structures.
- Solquartz, filiale de Quinbrook, a obtenu un soutien pour étudier une fabrication nationale de modules.
Le volet des études prolongé
Le volet 1B, doté de 50 millions de dollars australiens (34,8 millions d’euros), finance des études de faisabilité et d’ingénierie préliminaire pour produire en Australie des composants situés en amont de la chaîne. Sa date limite a été repoussée au 12 novembre 2027, comme l’indique la page officielle de l’ARENA. Pour Dan Sturrock, ce report laisse entrer de nouveaux candidats et permet aux anciens lauréats de demander une seconde aide. Il reconnaît que bâtir cette filière reste difficile face à la concurrence américaine et chinoise.

Parmi les entreprises déjà soutenues figurent Tindo Solar, 5B et Sunman. Cette dernière, créée par Zhengrong Shi, figure historique du solaire passée par l’Université de Nouvelle-Galles du Sud, construit dans la Hunter Valley une usine de modules d’une capacité de 500 MW par an. Elle s’appuie sur 171 millions de dollars australiens (119 millions d’euros) d’argent public, fédéral et régional.
Ce que cela dit de la course industrielle au solaire
L’Australie ne se contente plus d’installer des panneaux importés : elle paie pour que les machines et les structures des chantiers soient conçues et fabriquées chez elle. Le pari porte sur le coût complet d’une centrale, où les supports, la pose et la main-d’œuvre pèsent lourd. Pour mesurer l’effet d’un coût d’installation plus bas sur le retour sur investissement, voyez notre dossier sur la rentabilité des panneaux solaires. Les grandes tendances mondiales du secteur sont suivies par l’Agence internationale de l’énergie.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le programme Solar Sunshot ?
Solar Sunshot est un programme public australien lancé en mars 2024 et piloté par l’ARENA. Doté de 850 millions de dollars australiens (591 millions d’euros), il finance l’innovation et la fabrication solaire en Australie.
Qui peut candidater au troisième volet de Solar Sunshot ?
Les entreprises australiennes et étrangères qui possèdent une technologie d’équipement de centrale solaire déjà mûre commercialement peuvent candidater. Les manifestations d’intérêt ouvrent le 2 novembre 2026.
Quelle part d’un projet l’ARENA finance-t-elle ?
L’ARENA finance en général au maximum la moitié du coût total d’un projet Solar Sunshot. L’autre moitié doit être apportée par des investisseurs privés.
Que signifie l’objectif « 30-30-30 » ?
L’objectif « 30-30-30 » de l’ARENA vise des modules solaires à 30 % de rendement et un coût d’installation de 0,30 dollar australien par watt, environ 0,21 €, d’ici 2030.
En résumé
Avec 250 millions de dollars australiens réservés aux équipements des grandes centrales, l’Australie étend Solar Sunshot de la fabrication des modules à tout ce qui permet de les installer vite et moins cher : structures, suiveurs, robots et préfabrication. Les premiers lauréats, deux fabricants américains de robots, s’implantent à Melbourne et à Brisbane, et le pays vise 10 GW de nouvelles centrales par an.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
Aurélien CHAPUIS
19/10/2026 à 9h53L'Australie paie pour fabriquer chez elle les robots qui posent ses panneaux. Nous, on débat encore de savoir si le solaire coûte trop cher.
Le troisième volet de Solar Sunshot ne finance pas des cellules miracles. Il finance des structures, des trackers, de l'automatisation, de la préfabrication. Bref, tout ce qui fait le coût réel d'un chantier. Et il fixe une cible chiffrée, datée, lisible : 0,30 dollar australien par watt installé en 2030.
C'est exactement ce qui me manque en France : un cap industriel qu'on peut lire, et qui ne change pas au gré des arbitrages budgétaires. Les installateurs ne demandent pas des subventions à vie, ils demandent de la visibilité.
Canberra va même chercher des fabricants étrangers pour qu'ils produisent sur son sol.
Qui, à Paris, est capable de dire aujourd'hui quel équipement solaire on veut voir fabriqué en France dans cinq ans ?