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Agrivoltaïsme : sous les panneaux, l’herbe des prairies résiste mieux à la sécheresse

Par Aurélien CHAPUIS 4 min de lecture Partager
Agrivoltaïsme : sous les panneaux, l’herbe des prairies résiste mieux à la sécheresse

Oui, des panneaux solaires installés au-dessus d’une prairie peuvent aider l’herbe à traverser les étés secs : c’est ce que montrent les premières mesures publiées par le producteur Urbasolar, qui observe sous ses centrales un air plus frais, des sols moins chauds et une humidité mieux conservée. Le gain ne tient pas tant à la quantité de fourrage qu’au calendrier : l’herbe reste disponible plus longtemps, précisément quand elle manque aux éleveurs.

En bref

  • Urbasolar suit depuis juin 2024 le microclimat de plusieurs centrales photovoltaïques implantées dans des régions et des climats différents.
  • Sous les modules, l’air est en moyenne 2,5 °C plus frais, et jusqu’à 6 °C de moins pendant les canicules.
  • Le sol gagne en moyenne 5 °C de fraîcheur en été, avec des écarts mesurés jusqu’à 11 °C.
  • Le vent ralentit nettement (jusqu’à 25 km/h de moins) et l’humidité du sol estivale reste supérieure à 25 %.
  • La pousse de l’herbe démarre un peu plus tard au printemps mais se prolonge en été et repart plus vite à la fin de la saison sèche.
  • Les premières analyses indiquent un fourrage plus riche en azote et des protéines plus digestibles.

Des éleveurs face à des saisons de plus en plus heurtées

Sécheresses qui s’éternisent, coups de chaleur répétés, mais aussi gelées tardives et pluies violentes : pour ceux qui vivent de l’herbe, le climat devient un facteur de risque permanent. Une prairie grillée en juillet, c’est du foin à acheter ou des animaux à rentrer plus tôt.

C’est dans ce contexte qu’Urbasolar a lancé, en juin 2024, un programme de suivi agro-climatique sur plusieurs de ses parcs solaires au sol, choisis dans des situations géographiques et météorologiques contrastées. L’objectif : mesurer ce que les structures changent réellement au niveau de la parcelle.

Ce que les capteurs ont enregistré

Un air et un sol plus frais

Le premier effet relevé concerne la température. Sous les rangées de modules, l’air affiche en moyenne 2,5 °C de moins qu’en plein champ, et l’écart grimpe jusqu’à 6 °C lors des pics de chaleur.

Le sol réagit plus fortement encore : il reste en moyenne 5 °C plus frais en été, et jusqu’à 11 °C plus frais lors des journées extrêmes. Ce point compte, car beaucoup de plantes fourragères souffrent dès que la terre dépasse 25 °C ; l’ombre des panneaux permet de rester sous ce seuil critique.

Moins de vent, plus d’eau dans la terre

Les structures freinent aussi le vent, avec une baisse de vitesse pouvant aller jusqu’à 25 km/h selon les relevés publiés par l’entreprise. Côté humidité, Urbasolar indique une humidité du sol « supérieure à 25 % » pendant l’été sous les installations.

Moins de chaleur et moins de vent, c’est moins d’évapotranspiration : l’eau reste davantage dans le sol au lieu de partir dans l’atmosphère. En période sèche, c’est souvent ce qui fait la différence entre une prairie encore verte et une prairie jaunie.

Une saison de pâturage plus longue

Il ne faut pas attendre des panneaux qu’ils fassent pousser plus d’herbe sur l’année. Leur intérêt est ailleurs : ils déplacent et étirent la période de croissance.

Au printemps, l’ombre ralentit le réchauffement de la terre, si bien que l’herbe peut démarrer avec un léger retard par rapport à une parcelle exposée. Le rapport s’inverse dès la fin du printemps : quand la chaleur s’installe, les zones ouvertes subissent le manque d’eau et se dessèchent, tandis que l’herbe abritée garde sa fraîcheur. L’échaudage est limité et le fourrage reste disponible au moment où il devient rare ailleurs.

Agrivoltaïsme : sous les panneaux, l’herbe des prairies résiste mieux à la sécheresse

À la sortie de l’été, le scénario se répète. Parce que le sol a moins souffert, la végétation redémarre souvent plus vite avec les premières pluies de fin août ou de septembre. L’éleveur gagne ainsi de la marge pour organiser la rotation de ses animaux.

Un fourrage de meilleure qualité

Le suivi porte aussi sur la valeur alimentaire de l’herbe. Comparée aux parcelles témoins, celle qui pousse sous les panneaux présente, d’après ces premiers résultats, davantage d’azote, des protéines mieux digérées par les animaux et une qualité fourragère globalement meilleure.

Pour un élevage, la logique est donc moins de produire plus que de disposer d’herbe au bon moment. Ceux qui envisagent du solaire sur leur exploitation peuvent estimer le productible de leur secteur avec la carte solaire, puis comparer les modèles économiques dans notre guide sur la rentabilité des panneaux solaires.

Les résultats détaillés sont présentés sur le site d’Urbasolar. Pour un cadre plus général sur l’adaptation de l’agriculture et les énergies renouvelables, l’ADEME publie régulièrement des travaux sur le sujet.

Questions fréquentes

L’agrivoltaïsme augmente-t-il la production d’herbe d’une prairie ?

Pas forcément sur l’ensemble de l’année. D’après les mesures d’Urbasolar, l’intérêt principal des panneaux au-dessus d’une prairie est d’étaler la pousse de l’herbe dans le temps, en la prolongeant pendant l’été et en favorisant une reprise plus rapide à la fin de la sécheresse.

De combien les panneaux solaires rafraîchissent-ils une prairie ?

Sur les centrales suivies par Urbasolar depuis juin 2024, l’air est en moyenne 2,5 °C plus frais sous les modules (jusqu’à 6 °C en canicule) et le sol 5 °C plus frais en été (jusqu’à 11 °C lors des épisodes extrêmes).

Pourquoi l’herbe pousse-t-elle plus tard au printemps sous des panneaux solaires ?

L’ombre portée par les modules ralentit le réchauffement du sol au printemps. L’herbe démarre donc un peu après celle d’une parcelle en plein soleil, mais elle résiste mieux ensuite aux fortes chaleurs.

L’herbe produite sous des panneaux photovoltaïques est-elle de bonne qualité ?

Les premiers résultats publiés par Urbasolar montrent une herbe plus riche en azote, avec des protéines plus digestibles et une qualité fourragère globalement supérieure à celle des zones témoins sans panneaux.

En résumé

Les premières mesures d’Urbasolar présentent l’agrivoltaïsme comme un outil d’adaptation pour l’élevage : air et sol plus frais, vent freiné, eau mieux retenue. Sans promettre davantage de biomasse, les panneaux prolongent la disponibilité de l’herbe pendant les périodes sèches et semblent améliorer sa valeur nutritive, ce qui donne aux éleveurs plus de souplesse dans la conduite du pâturage.

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