PPA hybrides solaire et batterie : pourquoi ils pourraient devenir la norme
Un PPA hybride est un contrat d’achat direct d’électricité adossé à une centrale solaire couplée à une batterie : au lieu de payer ce que le soleil produit, l’acheteur reçoit un profil de livraison fixé à l’avance. Pour Anwar Darwich, directeur commercial de MaxSolar, ce modèle est en passe de remplacer le PPA solaire classique, fragilisé par la chute des prix de marché. Il s’appuie sur le contrat que son entreprise a signé avec DB Energie, la filiale énergie du groupe ferroviaire allemand Deutsche Bahn.
En bref
- Un PPA hybride associe une centrale photovoltaïque et un stockage installé sur le même site.
- Il concerne des centrales sans subvention publique : l’acheteur privé ou public sécurise des revenus de long terme pour le producteur.
- La batterie permet de passer d’un paiement à la production réelle (pay-as-produced) à une livraison annoncée à l’avance (pay-as-nominated).
- Prix négatifs, redispatch et manque de capacités de raccordement poussent le solaire vers ce modèle.
- Selon Anwar Darwich, ces contrats devraient devenir la norme « dans les six à douze prochains mois ».
Pourquoi le PPA solaire classique s’essouffle
Le PPA, contrat de vente directe entre un producteur et un consommateur, s’est imposé ces dernières années pour financer des centrales solaires sans tarif garanti par l’État. L’acheteur y prend sa part de risque, notamment celui d’une baisse des prix. Le dirigeant de MaxSolar le distingue de la commercialisation directe « classique », où la centrale continue de toucher un complément de rémunération public.
Depuis environ deux ans, ce schéma subit plusieurs chocs. Les heures à prix négatifs se multiplient, les gestionnaires de réseau ordonnent davantage d’écrêtements (le redispatch) et certaines restrictions de marché réduisent la part de l’électricité réellement vendue. S’y ajoute une ressource devenue rare dans une bonne partie de l’Europe : la capacité de raccordement au réseau.
Dans ce contexte, l’enjeu se déplace. Il ne s’agit plus de produire le plus de kilowattheures possible, mais de tirer le meilleur parti d’un raccordement limité et de vendre l’énergie quand elle vaut le plus. C’est la raison pour laquelle Anwar Darwich estime que la batterie deviendra, à terme, un élément aussi banal d’une centrale photovoltaïque que l’onduleur.
Pay-as-produced, pay-as-nominated : ce qui change pour l’acheteur
Trois grands modes de règlement coexistent sur ce marché. Dans le pay-as-produced, l’acheteur paie ce que la centrale injecte réellement : sa facture dépend donc de la météo, et c’est lui qui absorbe l’intermittence. Le pay-as-forecasted repose sur un volume annoncé la veille, l’exploitant assumant alors les écarts. Le pay-as-nominated, enfin, fixe un profil de livraison à l’avance.
La batterie rend ce dernier modèle accessible au solaire. Elle stocke l’électricité produite aux heures où elle se vend mal pour la restituer lorsqu’elle est recherchée et mieux payée. Le producteur s’engage alors à livrer le profil convenu dans le périmètre d’équilibre de l’acheteur, quel que soit l’ensoleillement.
Un risque résiduel demeure, même avec un stockage. Il est confié à un tiers, en général un agrégateur, un responsable d’équilibre ou un optimiseur, qui comble le volume manquant avec l’électricité de son propre portefeuille. Pour bien comprendre le rôle d’un stockage à plus petite échelle, notre guide sur la batterie pour panneaux solaires en détaille le fonctionnement.
Le cas MaxSolar et DB Energie
Le contrat conclu avec DB Energie illustre ce fonctionnement. MaxSolar y fixe avec son client les volumes à livrer, les créneaux concernés et les conditions de prix, à partir de prévisions de production et de calendriers de livraison. L’acheteur, qui a besoin de prévisibilité, peut ainsi intégrer cette électricité renouvelable dans son portefeuille d’approvisionnement sans subir les à-coups de la production solaire.

D’après le communiqué de MaxSolar, le contrat court sur dix ans et porte sur le projet de Friedrichshof, dans le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale : une centrale au sol d’environ 37 MWc associée à une batterie de 15 MW pour 30 MWh. La mise en service est prévue à l’été 2027.
Les pièges à éviter pour un acheteur
Anwar Darwich invite à garder la tête froide : ajouter une batterie ne bouleverse pas la nature du contrat. On reste face à une centrale qui vend son électricité et à un acheteur qui choisit un prix, des volumes et des périodes.
Il conseille aux industriels peu familiers de ces mécanismes de commencer par s’informer, puis de définir en interne leurs vraies priorités d’approvisionnement. Selon lui, la logique du « il nous faut de l’électricité verte, signons un PPA solaire » a produit par le passé bon nombre de contrats mal ajustés aux besoins réels. Le recours à un consultant indépendant peut aider en cas de doute, d’autant qu’il reconnaît parler depuis sa position de commercialisateur.
En France, les règles d’accès au réseau et du marché de gros sont fixées par la Commission de régulation de l’énergie. Pour un particulier, la question de la valeur de l’électricité solaire se pose autrement, à travers l’autoconsommation : notre dossier sur la rentabilité des panneaux solaires fait le point.
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’un PPA hybride ?
C’est un contrat d’achat d’électricité de long terme signé avec une installation qui combine une production renouvelable, le plus souvent solaire, et un stockage sur le même site. La batterie permet de livrer l’électricité selon un profil convenu plutôt qu’au rythme de l’ensoleillement.
Quelle différence entre pay-as-produced et pay-as-nominated ?
En pay-as-produced, l’acheteur paie toute l’électricité réellement produite, quand elle est produite. En pay-as-nominated, le volume et les horaires de livraison sont définis à l’avance, et le producteur doit les respecter quelle que soit la météo, avec l’aide d’une batterie et d’un tiers qui couvre les écarts.
Pourquoi ajouter une batterie à une centrale solaire ?
Pour déplacer la production des heures où l’électricité vaut peu, voire un prix négatif, vers celles où elle est mieux payée, et pour mieux utiliser une capacité de raccordement au réseau devenue rare.
En résumé
Face aux prix négatifs, aux écrêtements et à la saturation des réseaux, le PPA solaire classique perd de son intérêt. Le PPA hybride, qui adosse une batterie à la centrale et garantit un profil de livraison, répond mieux aux attentes des acheteurs industriels. Le contrat signé par MaxSolar et DB Energie en Allemagne en fait la démonstration, et son directeur commercial y voit le futur standard du marché.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
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