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Gritt Robotics : des engins pilotés par l’IA pour construire les centrales solaires face au manque de bras

Par Aurélien CHAPUIS 4 min de lecture Partager
Gritt Robotics : des engins pilotés par l’IA pour construire les centrales solaires face au manque de bras

La start-up californienne Gritt Robotics répond au manque d’ouvriers sur les grands chantiers solaires en ajoutant une commande par intelligence artificielle à des engins de chantier du commerce, qui transportent et posent les panneaux de façon autonome. Elle dit travailler avec trois des dix plus grandes entreprises EPC du solaire pour installer six millions de modules, soit environ 2,8 GW, au cours des deux prochaines années.

En bref

  • Gritt Robotics, basée en Californie, équipe des engins et des bras robotisés existants d’un « cerveau » logiciel fondé sur l’IA.
  • Ses systèmes tournent déjà sur des chantiers solaires de Burns & McDonnell, société d’ingénierie et de construction.
  • Objectif annoncé : six millions de panneaux posés en deux ans, pour près de 2,8 GW, avec trois EPC du top 10.
  • La filière américaine évoque un manque de 53 000 travailleurs pour les projets en cours.
  • À terme, l’entreprise veut transposer sa technologie aux centres de données et à d’autres infrastructures.

Pourquoi les centrales solaires au sol se prêtent à l’automatisation

Hors des usines et des laboratoires, les robots peinent : météo, terrain, circulation des personnes, tout change en permanence. Le bâtiment reste donc un secteur où la main-d’œuvre fait l’essentiel du travail. Une centrale photovoltaïque au sol fait exception : ses rangées sont régulières, le plan est pratiquement à plat, et les mêmes gestes se répètent des milliers de fois.

Sur beaucoup de projets de grande taille, le battage des fondations et la mise en place des tubes des trackers sont d’ailleurs déjà en partie mécanisés. L’enjeu est de laisser aux machines les tâches les plus dures pour le corps, comme porter et positionner les modules, qu’il pleuve ou qu’il vente. Plus récemment, de jeunes sociétés de robotique ont commencé à automatiser la pose des panneaux eux-mêmes, voire des finitions plus fines, et certaines ont déjà décroché des contrats avec des EPC (entreprises d’ingénierie, d’approvisionnement et de construction).

La méthode Gritt : un logiciel plutôt qu’une nouvelle machine

Gritt Robotics ne fabrique pas ses propres robots. Elle adapte des engins du commerce en leur ajoutant une commande informatisée dotée d’IA, ce qui les rend plus polyvalents et aide à piloter le site. Son cofondateur et directeur général, Puneet Puri, le résume ainsi auprès de pv magazine USA : « Caterpillar et Bobcat savent fabriquer de bons engins. » Plutôt que de réinventer ces plateformes, l’équipe se concentre sur le logiciel qui les commande pour qu’elles travaillent « de manière sûre et répétitive ».

Selon lui, l’extérieur reste le vrai défi : la couche d’intelligence doit tenir compte des tranchées ouvertes, des personnes qui passent, des matériaux mouillés, enneigés ou poussiéreux et des changements de lumière. Une centrale solaire combine justement des tâches répétitives et un environnement qui bouge, ce qui en fait un bon terrain d’entraînement.

Le partenariat avec Burns & McDonnell a été présenté par pv magazine, et le chiffre de six millions de panneaux pour environ 2,8 GW y est repris tel quel.

Une IA qui progresse de chantier en chantier

Vishal Dugar, cofondateur et directeur technique, compare l’apprentissage de la machine à celui d’un ouvrier : ce qui a été appris avec un outil sur un site resservira sur le suivant. L’IA repère les schémas communs d’un chantier à l’autre et apprend donc plus vite chaque nouvelle tâche. Les deux fondateurs sont passés par le Robotics Institute de l’université Carnegie Mellon, et une partie de l’équipe dirigeante vient de cette université ou du MIT.

Gritt Robotics : des engins pilotés par l’IA pour construire les centrales solaires face au manque de bras

Au-delà du levage, Puneet Puri cite d’autres gestes répétitifs qu’il compte automatiser : ligaturer des armatures métalliques, poser des fixations ou raccorder des câbles. Des tâches que l’on retrouve sur les chantiers de centres de données, que Gritt vise ensuite.

Le manque de main-d’œuvre, moteur du projet

Aux États-Unis, des rapports récents de la filière estiment qu’il manque 53 000 travailleurs pour mener à bien les projets déjà engagés. D’autres projections indiquent que 41 % des salariés de la construction auront pris leur retraite d’ici 2031. Les EPC doivent en outre envoyer leurs équipes sur des sites isolés où il est difficile de les loger.

Puneet Puri assure que le but n’est pas de remplacer les ouvriers mais de leur donner des outils qui augmentent leurs capacités. La question du personnel qualifié se pose aussi en France, où le coût de la pose pèse dans le prix d’une installation solaire, et donc dans sa rentabilité. Pour le suivi des besoins de la filière en Europe, la Commission européenne publie ses travaux sur les compétences dans les énergies propres.

Questions fréquentes

Que fait Gritt Robotics sur les chantiers solaires ?

Gritt Robotics ajoute une commande par intelligence artificielle à des engins de chantier et à des bras robotisés existants, pour qu’ils transportent et posent des panneaux photovoltaïques de façon autonome sur les grandes centrales au sol.

Pourquoi automatiser la construction des centrales solaires ?

Les centrales au sol ont une disposition régulière et des gestes très répétitifs, ce qui facilite l’automatisation. Aux États-Unis, la filière manque aussi de main-d’œuvre : des rapports sectoriels évoquent 53 000 travailleurs manquants pour les projets en cours.

Ces robots remplacent-ils les ouvriers ?

Selon les fondateurs de Gritt Robotics, les machines prennent en charge les tâches pénibles et répétitives, tandis que les ouvriers les forment et les supervisent. L’entreprise présente son outil comme un moyen d’accroître les capacités des équipes plutôt que de les remplacer.

En résumé

Gritt Robotics mise sur le logiciel plutôt que sur le matériel : en rendant autonomes des engins déjà éprouvés, la start-up veut accélérer la construction des grandes centrales solaires au moment où les bras manquent. Avec trois grands EPC et un objectif de 2,8 GW en deux ans, le solaire lui sert de terrain d’apprentissage avant les centres de données et d’autres infrastructures.

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