Photovoltaïque et stockage : pourquoi TECSOL étudie désormais une batterie sur chaque projet
Le stockage doit désormais être étudié dans chaque projet photovoltaïque : c’est la conviction défendue par Frédéric Joffre, ingénieur expert chargé des grands comptes chez TECSOL, lors de l’Université de l’autoconsommation organisée par Enerplan. Baisse des coûts, standardisation des équipements, nouvelles technologies et mobilité électrique transforment, selon lui, l’économie du solaire distribué. Étudier une batterie ne veut pas dire l’installer à tout prix, mais ne plus l’écarter par principe.
En bref
- Pour Frédéric Joffre (TECSOL), le stockage doit être étudié sur tous les projets photovoltaïques, sans être installé systématiquement.
- Une batterie se valorise de deux façons : sur les marchés de l’électricité ou par l’autoconsommation.
- Il évoque une baisse des coûts de l’ordre de 70 % depuis 2022 pour les systèmes auxquels il fait référence.
- Quatre transformations à suivre : cellules dédiées au stationnaire, sodium-ion, standardisation et batteries des véhicules électriques.
- La valeur se déplace vers le pilotage et les systèmes de gestion de l’énergie.
- Les batteries couvrent quelques heures à quelques jours, pas le décalage saisonnier entre été et hiver.
Ce que le stockage change pour l’électricité solaire
Pour illustrer son propos, Frédéric Joffre rapproche une fraise, un silo à céréales et une batterie. Dans les trois cas, il s’agit de dissocier le moment de la production de celui de la consommation. Le stockage des céréales et la chaîne du froid ont profondément changé les marchés alimentaires ; les batteries pourraient jouer un rôle comparable pour l’électricité solaire.
Le stockage n’est donc plus vu comme un simple équipement complémentaire. Il permet de repenser la valorisation de l’électricité produite et les services proposés aux consommateurs.
Deux façons de valoriser une batterie
Intervenir sur les marchés de l’électricité
La première logique consiste à charger la batterie lorsque les prix sont bas, puis à restituer l’énergie lorsqu’ils remontent. Associée à une installation photovoltaïque, elle permet aussi de déplacer la vente de la production vers des heures plus rémunératrices.
Augmenter l’autoconsommation
La seconde logique repose sur l’autoconsommation : l’électricité solaire stockée couvre des besoins qui surviennent après les heures de production et remplace des kilowattheures achetés au fournisseur. La valeur dépend alors du contrat du consommateur, de ses usages et du décalage entre production et consommation.
Une même batterie peut répondre à plusieurs objectifs. Mais leur combinaison exige un dimensionnement adapté et un pilotage cohérent : toutes les sources de revenus ne s’additionnent pas sans tenir compte des contraintes d’exploitation.
Une filière qui doit sortir des seules recettes garanties
Selon Frédéric Joffre, le photovoltaïque entre dans une nouvelle étape. Les dispositifs de soutien et les recettes garanties ont structuré la filière et sécurisé son financement. Les modèles qui associent production, stockage et flexibilité ouvrent désormais la voie à des projets fondés davantage sur la valeur de l’énergie et des services rendus.
Cette évolution pourrait réduire l’exposition des projets aux changements de politique publique. Elle demande en revanche de nouvelles compétences : anticiper les prix, comprendre les usages, gérer les risques et construire des revenus assez robustes pour convaincre les financeurs.
L’ingénieur souligne aussi la nécessité de travailler sur les coûts français de développement des projets, en particulier les délais, les procédures et les contraintes réglementaires.
Quatre transformations à suivre
La baisse des coûts est le premier moteur. Frédéric Joffre évoque un recul de l’ordre de 70 % depuis 2022 pour les systèmes auxquels il fait référence. Son message aux professionnels est surtout méthodologique : une étude fondée sur des prix anciens peut conduire à écarter un projet dont l’économie a profondément changé.
Des cellules conçues pour le stationnaire
Le développement de cellules pensées spécifiquement pour le stockage stationnaire constitue la première transformation qu’il identifie.

Le sodium-ion
Le sodium-ion l’intéresse pour la disponibilité de ses matières premières et ses perspectives techniques. Les gains de coût et de durée de vie envisagés restent toutefois des projections, qui dépendront des produits et de leur industrialisation.
La standardisation des équipements
C’est déjà un changement concret : aux assemblages sur mesure succèdent des équipements intégrés, plus faciles à déployer et à reproduire.
Les batteries des véhicules électriques
La recharge bidirectionnelle pourrait élargir les capacités disponibles, sous réserve de compatibilité entre véhicules, bornes et installations électriques.
La valeur se déplace vers le pilotage
Une batterie ne crée pas de valeur par sa seule présence. Frédéric Joffre insiste sur les systèmes de gestion de l’énergie, sur les partenaires capables de valoriser la flexibilité et sur l’adaptation des financements. Le pilotage devient central pour arbitrer entre autoconsommation, vente et services au réseau, ce qui suppose une veille régulière sur les équipements, les prix et les conditions de marché.
Étudier systématiquement, installer quand cela se justifie
Interrogé sur la puissance minimale qui justifierait une batterie, il répond que la rentabilité dépend d’abord du profil de consommation et du prix de l’électricité achetée. Chez TECSOL, l’ajout de stockage est désormais étudié sur tous les projets, sans qu’une batterie soit installée dans chaque cas. Lorsque l’investissement n’est pas retenu, l’objectif est de préserver les possibilités techniques d’une intégration ultérieure.
Il rappelle enfin une limite essentielle : les batteries évoquées répondent surtout à des besoins de quelques heures, voire de quelques jours. Elles ne résolvent pas à elles seules le décalage saisonnier entre la production solaire et le chauffage hivernal. Le stockage s’inscrit dans un système qui associe plusieurs moyens de production et de flexibilité. Les enjeux de flexibilité du système électrique sont suivis par la Commission de régulation de l’énergie, et ceux de l’autoconsommation par l’association professionnelle Enerplan.
Questions fréquentes
Faut-il ajouter une batterie à toute installation photovoltaïque ?
Non. Selon Frédéric Joffre, de TECSOL, le stockage doit être étudié sur chaque projet photovoltaïque, mais une batterie n’est installée que si l’investissement se justifie. Dans le cas contraire, il recommande de préserver la possibilité technique d’en ajouter une plus tard.
De quoi dépend la rentabilité d’une batterie associée au solaire ?
D’abord du profil de consommation et du prix de l’électricité achetée au fournisseur, plus que de la puissance de l’installation. Le décalage entre production et consommation, le contrat du consommateur et la qualité du pilotage comptent aussi.
Une batterie permet-elle de passer l’hiver avec l’électricité solaire de l’été ?
Non. Les batteries évoquées par Frédéric Joffre couvrent des besoins de quelques heures à quelques jours. Elles ne compensent pas le décalage saisonnier entre la production solaire estivale et le chauffage hivernal.
Pourquoi le sodium-ion intéresse-t-il la filière du stockage ?
Pour la disponibilité de ses matières premières et ses perspectives techniques. Les gains de coût et de durée de vie attendus restent cependant des projections, qui dépendront de l’industrialisation des produits.
En résumé
Pour Frédéric Joffre, ingénieur chez TECSOL, le stockage n’est plus une option qu’on écarte d’emblée : il doit être étudié sur chaque projet photovoltaïque, puis installé lorsque le profil de consommation et le prix de l’électricité le justifient. La baisse des coûts, la standardisation, le sodium-ion et les batteries des véhicules électriques élargissent les possibilités, mais la valeur se joue sur le pilotage. Les batteries restent des outils de court terme, qui ne règlent pas le décalage entre l’été et l’hiver.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
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