Le paysage de l’énergie renouvelable au Québec et à l’international connaît un bouleversement majeur. Comme annoncé en mars 2026, le groupe mondial d’investissement Brookfield, par l’intermédiaire de sa filiale Brookfield Renewable Partners, et son partenaire stratégique, l’investisseur institutionnel québécois La Caisse de dépôt et placement du Québec, ont officiellement finalisé l’acquisition du producteur d’énergies renouvelables Boralex. Cette opération, qui a reçu l’approbation des actionnaires lors d’une assemblée annuelle et extraordinaire tenue le 4 juin 2026, marque une étape décisive dans la consolidation du secteur des énergies vertes en Amérique du Nord et en Europe.
L’assemblée des actionnaires de Boralex, qui s’est tenue le 4 juin 2026, a officiellement donné son feu vert à la transaction. Cette validation intervient après plusieurs mois de négociations et de due diligence, conformément au calendrier initialement prévu par les parties. L’accord avait été dévoilé en mars 2026, suscitant un vif intérêt dans le milieu financier, tant en raison de la taille de l’opération que de la réputation des deux acquéreurs.
Selon les termes de l’accord, Brookfield et La Caisse ont proposé aux actionnaires un prix de 37,25 dollars canadiens par action ordinaire, soit l’équivalent d’environ 34,3 euros. Cette valorisation représente une prime significative par rapport au cours de l’action Boralex avant l’annonce de l’opération, reflétant la qualité des actifs du producteur québécois et son fort potentiel de croissance.
À l’issue de cette transaction, la structure actionnariale de Boralex se trouve profondément redessinée. La Caisse, qui était déjà le premier actionnaire de l’entreprise avec environ 15 % des actions ordinaires en circulation, voit sa participation passer à 30 %. De son côté, Brookfield détiendra les 70 % restants, devenant ainsi l’actionnaire de contrôle de l’entreprise.
Brookfield n’est pas un nouveau venu dans le secteur des énergies renouvelables. Le groupe est notamment la maison mère de Neoen, un producteur français d’énergies vertes, et gère un portefeuille mondial de plus de 35 GW d’actifs renouvelables. Cette acquisition permet à Brookfield de renforcer considérablement sa position en Amérique du Nord et en Europe.
Pour La Caisse, cette opération s’inscrit dans une stratégie de consolidation de ses investissements dans les infrastructures énergétiques québécoises. Rappelons que l’institution avait déjà fait l’acquisition du producteur québécois Innergex, à la suite d’un processus amorcé en 2024 après qu’une firme privée d’investissement eut manifesté son intérêt. En augmentant sa participation dans Boralex, La Caisse réaffirme son rôle clé dans le financement de la transition énergétique du Québec.
Boralex exploite un parc de production d’énergie renouvelable d’environ 3,8 GW, réparti entre l’éolien, le solaire, l’hydroélectrique et le stockage par batteries. Cette diversification technologique constitue une force majeure dans un contexte où la flexibilité et la sécurité d’approvisionnement deviennent des enjeux cruciaux pour les réseaux électriques.
Plus de 90 % de ces capacités sont sécurisées par des contrats d’achat d’électricité d’une durée moyenne de dix ans. Ces contrats offrent une visibilité financière exceptionnelle sur les revenus futurs de l’entreprise, un élément clé pour rassurer les investisseurs et financer de nouveaux projets. Les actifs sont répartis entre le Canada, la France, les États-Unis et le Royaume-Uni, conférant à Boralex une solide diversification géographique qui réduit les risques liés à un marché unique.
Au-delà de ses actifs en exploitation, Boralex dispose d’un pipeline de développement particulièrement attractif. Le groupe compte environ 300 MW en construction ou prêts à construire, ainsi que 750 MW de projets déjà sécurisés. Ce portefeuille de projets à divers stades de développement assure une croissance soutenue pour les prochaines années, avec des mises en service régulières qui viendront progressivement augmenter la capacité totale du groupe.
Les nouveaux projets sont principalement orientés vers l’éolien terrestre en France et au Canada, ainsi que vers le solaire photovoltaïque, qui connaît une croissance exponentielle grâce à la baisse continue des coûts des panneaux solaires. Le stockage par batteries constitue également un axe de développement stratégique, en complément des installations éoliennes et solaires, pour pallier leur intermittence.
L’opération implique le retrait de Boralex de la Bourse de Toronto, où les actions de la société étaient cotées. Cette décision, bien que classique dans le cadre d’une prise de contrôle, marque la fin d’une ère pour l’entreprise québécoise, qui était cotée depuis plusieurs décennies.
Le siège social de Boralex, situé au Québec, restera en place. La nouvelle direction a confirmé que le groupe poursuivrait ses activités de manière indépendante après la finalisation de l’opération. Cette indépendance opérationnelle est un gage de stabilité pour les employés, les partenaires et les communautés d’accueil des projets de l’entreprise.
Pour le marché québécois, ce maintien du siège social est une bonne nouvelle. Il témoigne de l’attachement des nouveaux propriétaires à la gouvernance locale et à la présence de l’entreprise dans l’écosystème énergétique du Québec. La Caisse, en tant qu’actionnaire de référence, veillera probablement à préserver cette dimension identitaire de l’entreprise.

Boralex est particulièrement bien implantée en France, où elle figure parmi les principaux producteurs indépendants d’énergie éolienne. L’entreprise y développe également des projets solaires et de stockage, bénéficiant de l’engagement du gouvernement français en faveur de la transition énergétique et de l’objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050.
Le nouveau groupe, fort du soutien de Brookfield et de La Caisse, dispose de moyens financiers considérables pour accélérer le développement de ses projets en France. Dans un contexte où la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE) prévoit une montée en puissance significative des énergies renouvelables, Boralex apparaît bien positionnée pour jouer un rôle de premier plan sur le marché français.
L’acquisition pourrait également faciliter le développement de projets dans de nouvelles régions et le lancement de technologies complémentaires, notamment l’agrivoltaïsme ou les systèmes hybrides éolien-solaire avec stockage intégré.
Cette acquisition s’inscrit dans un mouvement plus large de consolidation du secteur des énergies renouvelables à l’échelle mondiale. Les besoins en capitaux pour financer la transition énergétique sont colossaux, et les grands fonds d’investissement institutionnels, comme Brookfield et La Caisse, jouent un rôle de plus en plus central dans la structuration du secteur.
Pour Boralex, l’arrivée de ces deux actionnaires de long terme offre une sécurité financière accrue et un accès à des capitaux moins coûteux que ceux disponibles sur les marchés publics. Cela devrait permettre à l’entreprise d’être plus compétitive dans les appels d’offres et de saisir plus rapidement les opportunités d’acquisition qui se présentent.
En parallèle, cette opération pose la question de l’indépendance des producteurs d’énergie renouvelable face à la concentration croissante des acteurs financiers. Les régulateurs, notamment en Europe, devront veiller à préserver une concurrence saine et à garantir aux communautés locales une transparence totale sur les grands projets.
Au-delà des considérations financières, cette acquisition représente un signal fort en faveur des énergies renouvelables. Dans un contexte de crise climatique et de volatilité des prix de l’énergie, les grands investisseurs institutionnels confirment, par leurs actes, leur conviction que les énergies vertes constituent un investissement rentable et durable.
La Caisse, qui gère l’épargne des Québécois, réaffirme sa volonté de placer une part croissante de son portefeuille dans des actifs qui contribuent à la décarbonation de l’économie. Quant à Brookfield, le groupe a fait de la transition énergétique l’un des piliers de sa stratégie d’investissement, avec plusieurs dizaines de milliards de dollars engagés dans le secteur.
L’acquisition de Boralex par Brookfield et La Caisse restera probablement comme l’une des opérations les plus significatives de cette décennie dans le secteur de l’énergie renouvelable en Amérique du Nord. Le mariage du savoir-faire de Boralex, des capitaux de Brookfield et de l’ancrage local de La Caisse pourrait servir de modèle à d’autres consolidations.
Avec un portefeuille solide, un pipeline de croissance ambitieux et des actionnaires de référence déterminés à investir sur le long terme, Boralex aborde une nouvelle phase de son développement avec des atouts considérables. Reste désormais à l’entreprise de démontrer sa capacité à exécuter sa stratégie et à créer de la valeur pour l’ensemble de ses parties prenantes.
Pour les observateurs du secteur, l’évolution de Boralex dans les prochaines années donnera des indications précieuses sur la manière dont les grands fonds d’investissement vont structurer le futur de l’énergie propre. Une chose est certaine : le secteur des énergies renouvelables entre dans une nouvelle ère de professionnalisation et de consolidation, placée sous le signe de la finance durable.
Pour en savoir plus sur le sujet, nous vous invitons à consulter le site officiel de Boralex, la page de Brookfield dédiée aux énergies renouvelables ainsi que les informations publiques de la Caisse de dépôt et placement du Québec.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
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