La Tunisie accélère sa transition énergétique et franchit une étape symbolique avec plus de 630 MW de capacités photovoltaïques installées à fin juin 2026. Ce chiffre, issu du dernier rapport sur la conjoncture énergétique publié par l’Observatoire national de l’énergie et des mines, confirme la place grandissante du solaire dans le mix électrique du pays. Les installations résidentielles et professionnelles en toiture constituent le principal moteur de cette croissance, tandis que les grandes centrales au sol commencent à alimenter le réseau national. Décryptage d’une dynamique qui pourrait transformer durablement le paysage énergétique tunisien.
Le rapport de l’Observatoire national de l’énergie et des mines dresse un panorama précis de la filière photovoltaïque tunisienne. À la fin du premier semestre 2026, la puissance cumulée installée atteint environ 630 mégawatts (MW). Ce total se répartit entre deux grandes catégories : les installations de petite taille sur les toitures et les systèmes raccordés en moyenne et haute tension, destinés aux secteurs industriel, tertiaire et agricole.
Le segment résidentiel reste le plus dynamique, avec environ 500 MW installés sur les toits des maisons individuelles et des petits immeubles. Cette progression spectaculaire s’explique par la baisse continue du coût des panneaux solaires et par des dispositifs d’incitation mis en place par l’État, notamment le régime de prime kilowattheure et la possibilité de revendre le surplus de production à la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG). Pour les particuliers, l’investissement dans une installation solaire se rentabilise désormais en moins de cinq ans dans la plupart des régions du pays.
Côté professionnel, 130 MW supplémentaires sont raccordés en moyenne tension et en haute tension. Les industriels, les entreprises de services et les exploitants agricoles sont de plus en plus nombreux à produire leur propre électricité. Cette tendance répond à une double logique : réduire la facture énergétique, devenue un poste de charge majeur, et sécuriser l’approvisionnement dans un contexte de demande croissante. Le secteur agricole, particulièrement le pompage de l’eau, représente un gisement important, comme le montrent les statistiques de consommation détaillées plus loin dans cet article.
Dans le cadre du régime de concession, qui concerne les sites proposés par l’État, deux centrales photovoltaïques d’une capacité de 50 MW chacune ont été mises en service en avril 2026. Situées à Sidi Bouzid et à Tozeur, ces installations illustrent la volonté des autorités de diversifier les sources de production et de valoriser les régions de l’intérieur du pays. Ces projets font partie de l’appel d’offres portant sur 500 MW lancé en 2018, dont la réalisation s’étale sur plusieurs années. D’autres sites devraient suivre, ce qui permettra d’ajouter progressivement de nouvelles capacités au réseau de transport d’électricité.
La mise en service de ces centrales contribue directement à l’augmentation de la part des énergies renouvelables dans le mix électrique national. Selon le même rapport, cette part atteint désormais 9,2 % de la production totale d’électricité. Si le rythme actuel se maintient, l’objectif de 30 % d’énergies renouvelables dans la production d’électricité à l’horizon 2035, fixé par la stratégie énergétique nationale, pourrait devenir atteignable. L’Agence Nationale pour la Maîtrise de l’Énergie (ANME) joue un rôle central dans cet accompagnement, à travers ses programmes d’appui techniques et financiers.
La production nationale d’électricité a atteint 9 550 GWh à fin juin 2026, y compris l’autoproduction renouvelable, contre 9 058 GWh à la même période en 2025, soit une progression de 5 %. La production destinée au marché local a, pour sa part, enregistré une hausse plus modérée de 4 %. Cette croissance traduit une reprise de l’activité économique après plusieurs années de stagnation, mais aussi un recours accru à la climatisation pendant les périodes de forte chaleur.

Dans le même temps, les achats d’électricité auprès des pays voisins ont couvert 10 % des besoins du marché local. L’Algérie demeure le principal fournisseur, comme lors des années précédentes. Cette dépendance aux importations constitue un motif supplémentaire pour accélérer le déploiement du photovoltaïque et des autres filières renouvelables, afin de renforcer l’indépendance énergétique du pays. La Tunisie dispose en effet d’un ensoleillement parmi les plus importants de la Méditerranée, avec plus de 3 000 heures de soleil par an, ce qui représente un atout considérable.
Les industriels demeurent les principaux consommateurs d’électricité, représentant 59 % de la demande totale des clients haute et moyenne tension à fin juin 2026. Cette position dominante s’explique par la nature énergivore de certaines productions, comme la chimie, la pétrochimie ou la fabrication de matériaux de construction. Conscient de cet enjeu, le gouvernement a mis en place un cadre réglementaire favorable à l’autoproduction, avec des procédures simplifiées pour le raccordement et la possibilité de conclure des contrats de vente à long terme.
Cependant, les tendances de consommation ne sont pas uniformes. Plusieurs secteurs ont enregistré un recul de leurs consommations, notamment l’industrie chimique et pétrolière, en baisse de 5 %, et l’industrie des matériaux de construction, en repli de 2 %. À l’inverse, d’autres activités ont connu une progression soutenue : l’industrie du papier et de l’édition affiche une hausse de 8 %, tandis que le pompage agricole progresse de 6 %. Ces évolutions traduisent les mutations structurelles de l’économie tunisienne et confirment le rôle clé de l’énergie dans la compétitivité des filières locales.
Les signaux sont positifs pour l’ensemble de la filière photovoltaïque. Le gisement solaire tunisien est exceptionnel et les coûts des équipements n’ont jamais été aussi bas. Pour la Banque mondiale, la Tunisie pourrait devenir un acteur régional majeur de l’énergie solaire, à condition de poursuivre les réformes du cadre réglementaire et d’accélérer la mise en œuvre des projets en cours. Selon les informations publiées par PV Magazine France, le pipeline de projets en développement dans le pays dépasse le gigawatt, ce qui laisse présager un doublement des capacités installées dans les prochaines années.
Le principal défi reste néanmoins l’adaptation du réseau électrique à une production solaire variable. Le développement du stockage par batteries apparaît comme une solution complémentaire indispensable, tout comme le renforcement des interconnexions régionales. Les autorités tunisiennes semblent conscientes de ces enjeux et travaillent, en partenariat avec les bailleurs de fonds internationaux, à la modernisation des infrastructures. L’Agence Nationale pour la Maîtrise de l’Énergie propose par ailleurs des mécanismes de financement adaptés pour encourager les PME et les particuliers à franchir le pas.
La dynamique actuelle montre que la Tunisie prend au sérieux son potentiel solaire. Avec plus de 630 MW installés au milieu de l’année 2026, le pays envoie un signal fort aux investisseurs et démontre que la transition énergétique peut être un moteur de développement économique. Les mois à venir seront décisifs pour confirmer cette trajectoire et transformer un objectif politique en réalité industrielle. Pour suivre l’évolution du secteur, le rapport de la STEG et les publications de l’Observatoire national de l’énergie et des mines restent des sources d’information incontournables.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
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