Une large coalition européenne se forme pour un ‘made in europe’ ambitieux dans la loi sur l’accélérateur industriel

Unir les régions et l’industrie pour sauver la souveraineté manufacturière

Le 30 juin 2025, un rassemblement de haut niveau à Bruxelles a marqué un tournant décisif pour l’avenir de l’industrie européenne des technologies propres. Organisé par la Saxe-Anhalt (Allemagne), la Navarre (Espagne), Enercluster et le Conseil européen de la fabrication solaire (ESMC), cet événement a réuni des représentants de régions, des parlementaires européens, des fabricants de technologies propres et des syndicats autour d’un objectif commun : renforcer le cadre « Made in Europe » dans la loi sur l’accélérateur industriel (IAA). Face à une concurrence internationale intense, notamment asiatique, cette coalition entend faire de la production locale une priorité stratégique.

L’initiative bénéficie d’un large soutien transfrontalier. Des régions de cinq États membres – Allemagne, Espagne, France, Autriche et Italie – étaient représentées, aux côtés de députés européens, de membres du Comité économique et social européen et de partenaires sociaux comme IndustriAll et IG Metall. La France était présente via les régions Grand Est, Nouvelle-Aquitaine et Normandie. Cette diversité reflète l’urgence de préserver une base manufacturière européenne viable dans les secteurs solaire, éolien et du stockage par batteries.

Pourquoi un ‘made in europe’ crédible est essentiel aujourd’hui

L’Union européenne s’est fixé des objectifs ambitieux en matière de déploiement des énergies renouvelables, avec notamment le plan REPowerEU et le Net-Zero Industry Act (NZIA). Cependant, la part des équipements fabriqués en Europe dans les installations solaires ne cesse de diminuer. Selon SolarPower Europe, plus de 90 % des panneaux solaires installés en Europe en 2024 provenaient de Chine. Cette dépendance expose le continent à des risques géopolitiques et économiques, comme l’a rappelé la faillite de Meyer Burger en 2024, un fabricant suisse de cellules solaires pourtant soutenu par des fonds publics.

Face à ce constat, la loi sur l’accélérateur industriel (IAA), actuellement en discussion au Parlement européen et au Conseil, représente une « dernière opportunité » pour structurer une politique industrielle européenne cohérente. Le commissaire européen au Marché intérieur, Thierry Breton, a souligné à plusieurs reprises la nécessité d’un cadre réglementaire favorisant la résilience des chaînes d’approvisionnement. L’alliance formée à Bruxelles veut précisément que l’IAA intègre des critères stricts de contenu local, inspirés de dispositifs existants aux États-Unis (Inflation Reduction Act) ou en Inde.

Les revendications concrètes de l’alliance pour la loi sur l’accélérateur industriel

Un critère « made in europe » obligatoire et non dilué

Le document de position commun, issu des discussions, propose plusieurs amendements clés à l’IAA. Premièrement, le concept « d’origine syndicale » – ou « made in Europe » – doit récompenser la production réellement localisée sur le sol européen, et non pas être dilué par des accords commerciaux avec des partenaires tiers. Il s’agit d’éviter les contournements où seul un assemblage final est réalisé en Europe tandis que les composants critiques viennent de l’étranger.

Deuxièmement, le critère « made in Europe » doit être un prérequis obligatoire dans les appels d’offres publics et les projets soutenus par l’UE, et non un simple critère d’attribution optionnel et facilement écarté. Cela garantirait une demande stable pour les fabricants européens, condition nécessaire pour attirer les investissements.

Seuils par technologie et couverture des composants stratégiques

L’alliance demande également que des seuils de volume soient fixés pour chaque technologie (solaire, éolien, stockage) afin d’éviter une concentration des exigences sur un seul secteur. Par exemple, les critères ne devraient pas être si stricts pour l’éolien qu’ils exonèrent de fait le solaire. De plus, les exigences doivent porter sur les composants stratégiques du cœur de la chaîne de valeur – cellules, wafers, batteries, onduleurs – et non sur une seule pièce facile à approvisionner localement. La cybersécurité est également identifiée comme une priorité transversale.

Enfin, le document est conçu pour être évolutif : d’autres technologies, comme les composants de réseau ou l’hydrogène vert, pourront être ajoutées ultérieurement, et de nouveaux contributeurs sont invités à rejoindre l’alliance.

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Les acteurs industriels et politiques au cœur de la mobilisation

La session d’ouverture a été dirigée par Thomas Wünsch, secrétaire d’État du ministère de l’Énergie de Saxe-Anhalt, et Mikel Irujo, ministre du Développement économique de Navarre. Tous deux ont insisté sur la nécessité d’apprendre des échecs passés. Wünsch a déclaré : Le concept « Made in Europe » de l’IAA doit exiger une production technologique réelle en Europe. Les expériences avec Meyer Burger montrent à quel point la concurrence est intense. Il faut un cadre qui permette aux entreprises de réussir.

Du côté industriel, des entreprises comme Holosolis (solaire et stockage), Tesvolt (stockage), Sakana et Laulagun Bearings (éolien) et Swift Solar (cellules solaires) ont partagé leurs réalités de terrain. Holosolis, qui prévoit une gigafactory de cellules photovoltaïques en France, a souligné l’importance d’un signal politique fort pour sécuriser ses financements. InnoEnergy, un des partenaires de la Commission européenne via la European Battery Alliance, a rappelé que des mécanismes similaires ont déjà porté leurs fruits dans le secteur des batteries.

Le soutien syndical a été apporté par IndustriAll et IG Metall, qui représentent des centaines de milliers de travailleurs industriels en Europe. Leur message était clair : sans une production locale forte, ce sont des emplois qualifiés qui disparaîtront, et la transition énergétique se fera au détriment des conditions sociales.

Une invitation ouverte à toutes les régions et entreprises européennes

Christoph Podewils, secrétaire général de l’ESMC, a conclu : Les nombreux acteurs présents montrent que l’appétit pour une véritable industrie manufacturière européenne est là. Nous ouvrons désormais cette alliance à chaque région, cluster et entreprise qui souhaite que « Made in Europe » signifie vraiment ce qu’il signifie. Les co-organisateurs prévoient de diffuser le document de position commun dans les prochaines semaines et d’organiser des réunions de suivi. Les régions, clusters industriels, entreprises et syndicats partageant cet objectif sont invités à contacter directement l’ESMC pour rejoindre l’initiative.

Cette alliance intervient dans un contexte où la Commission européenne examine les retours sur le Net-Zero Industry Act et prépare la prochaine version de l’IAA. La pression s’accroît pour que les critères de résilience et de contenu local soient inscrits dans le marbre. Pour le secteur solaire photovoltaïque, qui a perdu 80 % de sa capacité de production de cellules en Europe entre 2010 et 2020, cette alliance représente un espoir de renaissance industrielle.

En parallèle, des associations comme European Climate Foundation soutiennent l’idée que la souveraineté technologique est indissociable de la neutralité climatique. Le défi est immense, mais la coalition formée à Bruxelles prouve que les acteurs locaux sont prêts à se battre pour un avenir manufacturier européen.

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