Le Vatican franchit une étape décisive dans sa transition écologique. Le micro-État, dirigé par le pape Léon XIV, accélère la construction d’une immense centrale agrivoltaïque de 90 mégawatts (MW) sur son terrain de Santa Maria di Galeria, situé à une vingtaine de kilomètres de Rome. Cet investissement majeur, estimé à près de 100 millions d’euros, vise à garantir l’autosuffisance énergétique du Saint-Siège tout en contribuant activement à la lutte contre le réchauffement climatique. Ce projet, initialement voulu par le pape François, s’inscrit dans une démarche spirituelle et politique forte, faisant du Vatican un acteur singulier de la transition énergétique mondiale.
L’idée de doter le Vatican d’une centrale photovoltaïque n’est pas récente. Elle puise ses racines dans l’encyclique Laudato si’, publiée en 2015 par le pape François. Ce texte fondateur, consacré à la sauvegarde de la maison commune, dénonçait déjà avec vigueur l’utilisation croissante des combustibles fossiles, identifiée comme l’une des causes principales du dérèglement climatique. Le souverain pontife appelait alors à une conversion écologique globale, tant individuelle que collective.
Pour donner une suite concrète à cet appel, le pape François a signé le 21 juin 2024, jour du solstice d’été, une lettre apostolique sous forme de Motu proprio intitulée « Frère Soleil ». Ce document historique ordonne la création d’une installation agrivoltaïque sur le terrain de Santa Maria di Galeria, dans le nord de Rome. L’objectif était double : alimenter en électricité la station de radio d’ondes courtes de Radio Vatican, située sur ce site, mais aussi assurer l’entière subsistance énergétique de l’État de la Cité du Vatican. Le surplus d’énergie produite serait ensuite injecté dans le réseau électrique italien, conformément à la législation en vigueur.
Après le décès du pape François, son successeur, le pape Léon XIV, a repris avec détermination ce dossier. Aligné sur les engagements de son prédécesseur en matière de protection de l’environnement, il a créé il y a quelques mois la fondation « Fratello Sole », chargée de superviser et de concrétiser le projet. Cette structure dédiée a pour mission de coordonner les aspects techniques, financiers et administratifs du chantier.
Le Vatican a également signé un partenariat stratégique avec le groupe énergétique italien ACEA. Ce leader du secteur des services publics accompagnera le Saint-Siège dans la conception, le développement et la construction du parc solaire. Ce partenariat public-privé illustre la volonté du Vatican de s’appuyer sur des expertises éprouvées pour garantir la réussite technique et la pérennité de l’installation. Le groupe ACEA, basé à Rome, apporte son savoir-faire en matière de gestion des réseaux et de production d’énergie renouvelable.
Le site de Santa Maria di Galeria, qui s’étend sur 440 hectares – soit environ dix fois la superficie du Vatican –, offre un cadre idéal pour ce projet ambitieux. L’emprise foncière de la centrale agrivoltaïque devrait occuper environ 200 hectares. La puissance installée sera de 90 MW, ce qui représente une capacité de production considérable pour un État de cette taille.
La spécificité de ce projet réside dans son caractère agrivoltaïque. Les panneaux solaires seront montés sur des structures surélevées équipées de trackers (suiveurs solaires). Ces dispositifs permettent aux panneaux de s’orienter automatiquement pour suivre la trajectoire du soleil, optimisant ainsi le rendement énergétique tout au long de la journée. L’espace au sol reste alors disponible pour le maintien de cultures et d’activités agricoles sous les structures. Ce modèle innovant répond à un double enjeu : produire une énergie propre tout en préservant la vocation agricole du terrain.
Le lancement effectif du chantier demeure tributaire des procédures administratives et des permis de construire en cours d’instruction. Le Vatican et ses partenaires attendent également la publication d’appels d’offres qui seront annoncés dans les prochaines semaines. Les entreprises intéressées pourront alors soumissionner pour la réalisation des différentes phases du projet. La loi italienne de ratification a toutefois précisé que l’opération n’entraînera aucune dépense supplémentaire pour les finances publiques italiennes. Le financement est entièrement porté par le Vatican et ses partenaires privés.
Le pape Léon XIV a réaffirmé à plusieurs reprises son engagement en faveur de la transition énergétique. Dans une déclaration récente, il a souligné l’importance de passer à un modèle de développement durable afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, avec pour objectif la neutralité climatique. Selon lui, l’humanité dispose des moyens technologiques nécessaires pour faire face à cette transformation environnementale et à ses conséquences éthiques, sociales, économiques et politiques. « Parmi ces moyens, l’énergie solaire joue un rôle clé », a-t-il confié.
Cette position s’inscrit dans la continuité du magistère social de l’Église catholique. Le Saint-Père considère que la protection de l’environnement n’est pas une option politique, mais un devoir moral et spirituel. Le projet solaire du Vatican devient ainsi un symbole fort, montrant que même le plus petit État du monde peut montrer l’exemple en matière de développement durable.
Le Vatican s’attache depuis maintenant plus de vingt ans à contribuer aux efforts de tous les États pour apporter, selon leurs responsabilités et capacités respectives, une réponse adéquate aux défis posés à l’humanité et à la maison commune par le changement climatique. Ce projet agrivoltaïque en est l’illustration la plus éclatante. En devenant autonome sur le plan énergétique, le Saint-Siège réduit drastiquement son empreinte carbone et ne dépend plus des énergies fossiles.
Le choix de l’agrivoltaïsme est également une réponse intelligente aux critiques fréquentes concernant l’artificialisation des sols. En combinant production d’énergie et agriculture, le Vatican démontre qu’il est possible de concilier transition énergétique et préservation des écosystèmes. Cette approche pourrait inspirer d’autres grands propriétaires fonciers, notamment les institutions religieuses à travers le monde qui possèdent des terrains vastes et souvent inexploités.
Il serait erroné de considérer ce projet comme une première pour le Vatican. En réalité, le Saint-Siège est un précurseur dans le domaine du solaire. Dès 2008, le toit de la salle Paul-VI, qui accueille les audiences générales du pape, avait été équipé de 2 400 panneaux solaires fabriqués par la société allemande SolarWorld. Cette installation, d’une puissance d’environ 300 kW, permettait déjà de couvrir les besoins en électricité de la salle. Elle avait été inaugurée en grande pompe, symbolisant l’engagement écologique du pape Benoît XVI à l’époque.
Depuis lors, le Vatican a poursuivi ses efforts de solarisation sur plusieurs bâtiments. La Cité du Vatican, avec ses toits historiques, offre un potentiel limité en raison des contraintes patrimoniales. C’est pourquoi le projet de Santa Maria di Galeria, situé hors des murs léonins, constitue une avancée majeure. Il permet d’atteindre une échelle industrielle et de viser une véritable autonomie énergétique pour l’ensemble du micro-État.

L’investissement de près de 100 millions d’euros est considérable pour le Vatican, dont l’économie repose principalement sur les dons des fidèles, le patrimoine immobilier et les activités culturelles. Ce montant reflète la détermination des autorités pontificales à mener à bien ce chantier. Certains observateurs s’interrogent toutefois sur la capacité du Saint-Siège à mobiliser de telles ressources sans compromettre ses autres missions caritatives et sociales. La création de la fondation « Fratello Sole » vise précisément à attirer des donateurs privés et des investisseurs institutionnels sensibles à la cause climatique.
Le choix de l’agrivoltaïque permet par ailleurs de valoriser le foncier agricole de Santa Maria di Galeria, qui appartient au Saint-Siège depuis plusieurs décennies. Ce terrain, classé en zone de protection spéciale, n’était jusqu’alors que partiellement exploité. Le projet va générer des revenus locatifs pour la ferme qui continuera d’exploiter les terres en dessous des panneaux, tout en produisant une énergie verte revendue partiellement au réseau italien.
Le chantier devra encore passer par les fourches caudines des procédures administratives italiennes. La région du Latium et la commune de Rome doivent délivrer les autorisations nécessaires. Le Vatican, en tant qu’État souverain, bénéficie de privilèges diplomatiques, mais le terrain de Santa Maria di Galeria possède un statut particulier reconnu par les accords du Latran. Les travaux de terrassement et de raccordement au réseau nécessiteront des permis spécifiques.
Les appels d’offres pour la construction seront publiés dans les prochaines semaines. Ceux-ci porteront sur la fourniture des panneaux photovoltaïques, des trackers, des onduleurs, ainsi que sur le génie civil et les travaux électriques. De nombreuses entreprises européennes, notamment italiennes et allemandes, sont susceptibles de se porter candidates. Le groupe ACEA, qui pilote le projet, veillera au respect des normes de sécurité et de qualité, ainsi qu’au calendrier prévisionnel.
La centrale agrivoltaïque de 90 MW permettra au Vatican de couvrir intégralement ses besoins énergétiques. Aujourd’hui, le micro-État consomme environ 45 GWh par an, un chiffre qui devrait continuer à croître avec l’augmentation des activités touristiques et administratives. La production annuelle de la centrale est estimée à 120 GWh, ce qui offrira une marge confortable et permettra d’injecter le surplus dans le réseau national. Cette production d’environ 120 000 tonnes d’équivalent CO2 évitées par an représente une contribution significative à l’échelle du pays.
Cette démarche s’inscrit dans un objectif plus large de neutralité climatique que le Vatican souhaite atteindre d’ici 2050. Le Saint-Siège avait annoncé son adhésion à la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques et s’était engagé à réduire ses émissions de gaz à effet de serre. La construction de cette centrale est l’élément central de cette stratégie. Elle sera complétée par d’autres initiatives, comme l’installation de panneaux solaires sur d’autres bâtiments du Vatican, le remplacement des véhicules du parc automobile par des modèles électriques, ou encore le recours à des sources d’énergie renouvelable pour le chauffage et la climatisation.
Ce chantier revêt incontestablement une dimension symbolique forte. Dans un contexte où l’Église catholique est parfois perçue comme conservatrice et éloignée des préoccupations contemporaines, le Vatican montre ici un visage moderne et responsable. Le pape Léon XIV, en poursuivant l’œuvre de son prédécesseur, envoie un signal clair à la communauté catholique mondiale : la protection de la Création est une priorité incontournable.
Lors de sa prochaine visite en France, le pape Léon XIV pourrait bien mettre en avant ce projet solaire comme un modèle à suivre. La France, qui dispose d’un important potentiel solaire, notamment dans le sud de son territoire, mais qui reste en retard sur ses objectifs de déploiement de panneaux photovoltaïques, pourrait s’inspirer de l’exemple vatican. L’agrivoltaïsme y est d’ailleurs encouragé par les pouvoirs publics, avec un cadre réglementaire spécifique depuis 2024.
Le projet de centrale agrivoltaïque de Santa Maria di Galeria marque un tournant historique pour le Vatican. En investissant massivement dans le solaire, le Saint-Siège démontre que la cohérence entre la foi et l’action est possible. Ce chantier, qui devrait être achevé d’ici à 2027, fera du pape le chef d’un État 100 % alimenté par les énergies renouvelables. Une première mondiale qui ne manquera pas de faire réfléchir les autres chefs d’État.
Loin d’être une simple opération de communication, ce projet répond à une conviction profonde : la terre est un don confié à l’humanité, et il est du devoir de chacun d’en prendre soin. En posant des actes concrets, le Vatican transforme ses déclarations d’intention en réalités tangibles. Et si la visite du pape Léon XIV en France devenait l’occasion de lancer un appel solennel en faveur de l’énergie solaire dans les Églises locales ? Les toits des églises, des presbytères et des bâtiments diocésains offrent un potentiel immense. Il serait temps de le exploiter.
Le soleil, cette étoile qui nous éclaire chaque jour, pourrait devenir le symbole d’une Église tournée vers l’avenir. Le Vatican, avec la construction de cette centrale de 90 MW, ouvre la voie. Il reste désormais à suivre, avec attention, le calendrier des travaux et les prochaines annonces de la fondation « Fratello Sole ». Ce chantier sera également suivi de près par la communauté internationale, tant il est vrai que le plus petit État du monde peut souvent donner les plus grandes leçons.
Tags associés : transition énergétique, panneaux solaires, le pape Léon XIV

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
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