Le Centre spatial guyanais (CSG), porte d’accès européenne vers l’espace, franchit une nouvelle étape dans sa stratégie de décarbonation. Après les centrales PV1 et PV2, un troisième champ photovoltaïque, baptisé PV3, vient d’être officiellement lancé. Ce projet, d’une puissance de 4,5 MWc, est porté par le CNES et l’Agence spatiale européenne (ESA), avec un consortium franco-allemand piloté par Eiffage Énergie Systèmes. Le bureau d’études Tecsol Antilles apporte son expertise en ingénierie solaire, comme en atteste le communiqué officiel du CNES.
Avec une production annuelle estimée à 7,2 GWh, PV3 viendra s’intégrer au réseau interne 20 kV du CSG. Mais contrairement à ses prédécesseurs, son électricité ne sera pas directement injectée dans le réseau général du site. Elle sera entièrement dédiée à un usage novateur : la production locale d’hydrogène bas carbone par électrolyse.
Le projet PV3 s’inscrit dans le programme Hyguane, qui vise à produire de l’hydrogène décarboné sur place pour alimenter le lanceur lourd européen Ariane 6. Actuellement, l’hydrogène nécessaire au propergol – utilisé notamment dans le moteur Vulcain 2.1 et le deuxième étage – est obtenu par reformage du méthanol à la vapeur. Ce procédé est très énergivore, émetteur de CO₂, et dépend d’un approvisionnement maritime en méthanol, une source d’importation coûteuse et logistiquement complexe en Guyane.
Avec PV3, l’électricité photovoltaïque alimentera un électrolyseur pour produire de l’hydrogène à partir d’eau. Selon le CNES, cette production couvrira à terme entre 10 et 15 % des besoins annuels du lanceur. L’objectif à plus long terme est de pouvoir lancer une fusée Ariane 6 en utilisant exclusivement de l’hydrogène vert, ce qui réduirait considérablement l’empreinte carbone de l’industrie spatiale européenne.
Une partie de cet hydrogène pourra également être valorisée pour les véhicules logistiques lourds de la base, renforçant ainsi la transition vers une mobilité zéro émission sur le site.
Le marché de PV3 illustre la coopération industrielle européenne. Eiffage Énergie Systèmes assure la maîtrise d’œuvre globale : études, fourniture et installation des onduleurs, infrastructures électriques et raccordements. Sa filiale locale, Eiffage Infrastructures Guyane, réalise les terrassements, le génie civil et les socles en béton des tables photovoltaïques.
L’allemand MT Aerospace Guyane, spécialiste des structures métalliques pour le spatial, fournit et installe les supports des panneaux solaires. Le bureau d’études Tecsol Antilles, basé aux Antilles et en Guyane, est en charge du lot solaire, garantissant une installation adaptée aux conditions tropicales (fort ensoleillement, humidité, vents cycloniques).

La mise en service est prévue au quatrième trimestre 2027. Ce calendrier permet d’intégrer les retours d’expérience des deux premières centrales, et de préparer l’étape suivante du programme d’électrification.
PV3 ne se limite pas à la production d’énergie solaire. Le projet inclut un système de stockage par batteries (type BESS), essentiel pour lisser les pointes de consommation et stabiliser le réseau interne du CSG. Des bornes de recharge pour véhicules électriques légers sont également programmées, avec l’installation potentielle d’ombrières photovoltaïques sur les parkings. Ces équipements accompagnent la croissance de la flotte électrique du site, qui compte déjà plusieurs dizaines de véhicules.
Cette approche intégrée s’inscrit dans la feuille de route « CSG 2030 », qui vise à réduire de 50 % les émissions de gaz à effet de serre de la base spatiale d’ici la fin de la décennie.
Le CNES et l’ESA étudient déjà les centrales PV4 et PV5, qui doubleraient la capacité photovoltaïque du CSG. Ces futures installations exploiteraient le potentiel solaire exceptionnel de la Guyane, l’une des régions les plus ensoleillées de France (plus de 2 200 heures d’ensoleillement par an). L’objectif est à terme de couvrir la totalité des besoins électriques du centre grâce aux énergies renouvelables, avec un mix solaire, hydraulique (barrage de Petit Saut) et biomasse.
Pour le groupe Eiffage, ce projet confirme la place centrale de la réduction de l’empreinte carbone dans la performance et la compétitivité du secteur spatial. Comme le souligne un rapport de l’Agence spatiale européenne, « l’innovation verte dans les infrastructures de lancement est un facteur clé pour maintenir l’accès autonome à l’espace tout en respectant les engagements climatiques de l’Europe ».
PV3 représente donc bien plus qu’une simple centrale solaire : c’est un maillon essentiel de la souveraineté spatiale durable, combinant transition énergétique, indépendance logistique et coopération industrielle européenne.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
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