Les principaux développeurs et exploitants de stockage stationnaire par batteries en France ont annoncé la création de Stockage Énergie France, la première organisation professionnelle dédiée à cette filière. Lancée à l’initiative de Corsica Sole et d’Eclipse, elle rassemble dès son lancement des acteurs majeurs comme Neoen, Amarenco, TagEnergy, Acacia, Kallista Energy et Q Energy. Cette association entend donner une voix unifiée à une industrie en pleine accélération.
Le stockage par batteries n’est pas nouveau dans les territoires insulaires français, où il est utilisé depuis plus de dix ans pour stabiliser les réseaux électriques fragiles. Mais avec l’électrification massive des usages (véhicules électriques, pompes à chaleur, industrie), le réseau métropolitain a besoin de capacités de stockage raccordées au réseau de transport d’électricité pour garantir en permanence l’équilibre entre production et consommation.
Selon les membres fondateurs de Stockage Énergie France, les besoins en stockage stationnaire devraient dépasser 6 GW de puissance raccordée au réseau haute tension d’ici 2030, soit près de 4 milliards d’euros d’investissements privés. Cette montée en puissance répond à des besoins croissants de flexibilité : selon RTE, les besoins d’équilibrage du réseau devraient augmenter de 85 % d’ici 2035, tandis que la fenêtre d’intervention des gestionnaires de réseau sera réduite de moitié.
Dans ce contexte, les batteries s’imposent comme un levier stratégique pour renforcer la sécurité d’approvisionnement électrique. Contrairement aux centrales thermiques, elles offrent une réaction quasi-instantanée et ne produisent pas d’émissions directes de CO₂, ce qui les rend compatibles avec les objectifs de décarbonation de la France. Le dernier bilan prévisionnel de RTE confirme que le stockage jouera un rôle clé dans l’atteinte de la neutralité carbone en 2050.
La nouvelle association entend représenter les développeurs et exploitants de stockage, actifs en France comme à l’international, auprès des pouvoirs publics. Elle défend notamment la reconnaissance du stockage comme une composante à part entière du système électrique, au même titre que les moyens de production et les consommateurs. Cette reconnaissance est cruciale pour que les investisseurs puissent valoriser correctement les services rendus par les batteries : réglage de fréquence, réserve rapide, effacement, soutien à l’intégration des énergies renouvelables.
Actuellement, le cadre réglementaire français ne définit pas encore clairement le statut des installations de stockage, ce qui crée des incertitudes pour les financements. La Commission de régulation de l’énergie (CRE) a ouvert des consultations sur le sujet, mais les acteurs estiment que des avancées législatives sont nécessaires pour sécuriser les modèles économiques, notamment via la loi relative à l’accélération de la production d’énergies renouvelables (APER) et la future programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE).
La feuille de route de l’association s’articule autour de plusieurs priorités opérationnelles :

Ces priorités s’inscrivent dans la dynamique européenne : le paquet « Fit for 55 » et la réforme du marché de l’électricité prévoient un rôle accru pour le stockage. En France, l’objectif de 6 GW de batteries d’ici 2030 pourrait être porté à 10 GW si les conditions de marché deviennent plus favorables, selon une étude récente de l’Agence internationale de l’énergie (AIE).
Contrairement à certaines infrastructures de réseau qui bénéficient de soutiens publics, le stockage stationnaire par batteries est financé à 100 % par des capitaux privés. Cela en fait un modèle économique exemplaire, mais aussi vulnérable aux changements réglementaires. « C’est un nouveau type de centrale électrique, qui apporte au système électrique français une flexibilité dont il a un besoin urgent. Il est temps que ses développeurs parlent d’une seule voix », déclarent les membres fondateurs dans un communiqué.
Cette unité devrait permettre d’obtenir des avancées concrètes sur la valorisation des services rendus par les batteries. Par exemple, les mécanismes de capacité actuels ne rémunèrent pas suffisamment la flexibilité rapide, contrairement à d’autres pays comme le Royaume-Uni ou l’Allemagne, où des marchés dédiés ont permis un déploiement massif. La France pourrait s’inspirer de ces modèles pour accélérer son propre développement.
Au-delà de la sécurité électrique, la filière du stockage par batteries représente un gisement d’emplois et d’innovation. Les 4 milliards d’euros d’investissements annoncés devraient soutenir la création de plusieurs centaines d’emplois directs et indirects, dans la construction, l’exploitation, la maintenance et le recyclage des batteries. Des entreprises françaises comme Saft ou Verkor sont déjà positionnées sur ce marché, renforçant la souveraineté industrielle.
En parallèle, la question du recyclage et de la seconde vie des batteries devient centrale. Stockage Énergie France pourrait être un interlocuteur clé pour coordonner les efforts avec les acteurs de la mobilité électrique et les filières de recyclage, afin de boucler la boucle du cycle de vie des batteries et répondre aux exigences de la directive européenne sur les batteries.
En structurant la filière française du stockage par batteries, Stockage Énergie France comble un vide institutionnel et permet aux développeurs de peser collectivement sur les décisions politiques et réglementaires. Alors que la France s’engage dans une électrification massive, la reconnaissance du stockage comme un pilier du système électrique est une étape indispensable pour sécuriser les investissements et atteindre les objectifs climatiques. Les prochains mois seront décisifs, avec la révision de la PPE et les travaux parlementaires sur la loi de programmation énergie-climat.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
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