Rencontres économiques d’Aix : pourquoi le coût de l’énergie pourrait continuer à grimper

Une table ronde aux multiples enjeux

Les Rencontres économiques d’Aix ont été le théâtre d’un débat passionnant sur l’avenir du coût de l’énergie. La table ronde consacrée à ce sujet a rapidement dépassé la simple question tarifaire pour aborder les grands arbitrages de la transition énergétique. Face aux tensions géopolitiques, aux épisodes climatiques extrêmes et à la dépendance persistante aux énergies fossiles, les intervenants ont tous reconnu la nécessité d’accélérer la décarbonation. Cependant, les positions divergent sur le rythme, le rôle des renouvelables et leur articulation avec les autres piliers du système énergétique. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), les investissements mondiaux dans les énergies propres ont atteint 1 800 milliards de dollars en 2023, mais le chemin reste long pour contenir la hausse des prix à long terme.

Des renouvelables moins chères mais un système plus complexe

En introduction, Claire Waysand, économiste reconnue, a rappelé une distinction souvent négligée : si le mix électrique français est déjà très décarboné grâce au nucléaire et aux renouvelables, le mix énergétique global reste encore très dépendant des fossiles. La transition doit donc conjuguer sobriété, efficacité énergétique et verdissement des énergies utilisées. Elle a souligné que les coûts du solaire, de l’éolien et du stockage ont fortement baissé – le coût du kilowattheure solaire a chuté de près de 90 % en dix ans selon l’IRENA. Mais cette baisse ne suffit pas à régler l’équation économique : les énergies renouvelables, parce qu’elles sont variables, nécessitent flexibilité, stockage et adaptation du fonctionnement global du système électrique. L’intégration de ces sources intermittentes impose des investissements supplémentaires dans les réseaux, estimés à plus de 500 milliards d’euros par an au niveau mondial d’ici 2030.

Le point de vue d’EDF : équilibrer les investissements

Bernard Fontana, président d’EDF, a défendu une approche d’équilibre. Pour lui, le prix de l’électron ne peut être regardé isolément. Dans un système électrique, il faut assurer à chaque instant l’équilibre entre l’offre et la demande, la fréquence et la puissance. Toutes les technologies ne fournissent pas les mêmes services au réseau. À ses yeux, le nucléaire et l’hydroélectricité apportent des qualités de stabilité indispensables. EDF continuera néanmoins à investir dans les renouvelables, mais « en dosant » ces investissements. Le patron d’EDF a également insisté sur l’hydroélectricité, considérée comme un atout historique de la France et un élément majeur de stabilité du système. Cette position traduit une vision où les renouvelables progressent, mais dans un mix piloté par des actifs capables de garantir l’équilibre du réseau. Selon les données de RTE, l’hydroélectricité représente encore 12 % de la production électrique française, un pilier à préserver.

TotalEnergies : toutes les énergies sont nécessaires

Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies, a refusé d’opposer les sources d’énergie. Selon lui, « il faut toutes les énergies ». Il reconnaît le caractère indispensable des investissements dans les renouvelables, mais insiste sur le coût d’intégration de ces moyens variables dans un système plus complexe. Pour lui, la hausse du coût de l’énergie provient aussi de l’internalisation progressive du prix du CO₂, notamment en Europe, où la tonne de carbone est valorisée autour de 80 à 100 euros, bien plus que dans d’autres régions du monde. Cette analyse conduit TotalEnergies à défendre une stratégie de transition graduelle : continuer à assurer l’approvisionnement en hydrocarbures, tout en investissant dans les énergies renouvelables. Le groupe revendique ainsi une double fonction : sécurité énergétique à court terme et montée en puissance des solutions bas carbone. TotalEnergies prévoit d’investir 5 milliards de dollars par an dans les énergies propres d’ici 2030, tout en maintenant sa production pétrolière et gazière.

Rencontres économiques d'Aix : pourquoi le coût de l'énergie pourrait continuer à grimper

Le CEA mise sur l’innovation photovoltaïque

Anne-Isabelle Étienvre, administratrice générale du CEA, a replacé les renouvelables dans le champ de la recherche et de l’innovation. Le CEA travaille notamment sur des cellules photovoltaïques à meilleur rendement, plus robustes et plus recyclables. L’objectif est double : améliorer la compétitivité de l’énergie solaire et renforcer la souveraineté de la production énergétique. Elle a toutefois rappelé que, dans le photovoltaïque, la souveraineté ne peut pas être pensée comme dans le nucléaire. Face à la puissance industrielle chinoise, qui produit 80 % des panneaux solaires mondiaux, l’enjeu n’est pas de prétendre rivaliser seuls, mais de construire une stratégie européenne, appuyée sur une recherche ciblée, des niches technologiques et les prochaines générations de cellules solaires, comme les pérovskites. Le CEA estime que les rendements des cellules tandem pourraient dépasser 30 % d’ici 2030, réduisant encore les coûts.

Schneider Electric : le pilotage numérique comme levier d’économies

Pour Emeric Chêneau, dirigeant de Schneider Electric France, la question centrale n’est pas seulement celle de la production, mais celle du pilotage de l’énergie. Dans les bâtiments et l’industrie, des technologies matures permettent déjà d’importantes économies, mais restent insuffisamment déployées. Il cite notamment la variation de vitesse des moteurs, capable de générer 20 à 30 % d’économies. Avec l’autoconsommation solaire, les batteries, la recharge des véhicules électriques et l’intelligence artificielle, les bâtiments deviennent des systèmes énergétiques pilotables. Le numérique peut décider, toutes les quinze minutes, s’il faut consommer, stocker, décaler les usages ou optimiser la recharge. Les renouvelables ne sont donc pas seulement une question de capacité installée : elles imposent aussi une nouvelle intelligence de gestion. Selon Schneider Electric, le déploiement massif de ces solutions pourrait réduire la facture énergétique des entreprises de 30 à 40 %.

Souveraineté et dépendances : le débat sur les panneaux solaires

Le débat a enfin porté sur la dépendance aux panneaux solaires chinois. Patrick Pouyanné a mis en garde contre les « hyperdépendances », qu’il s’agisse du gaz russe ou du photovoltaïque chinois. TotalEnergies dit avoir diversifié ses approvisionnements, notamment avec une filière indienne représentant une part de ses panneaux solaires. Le dirigeant plaide pour une approche pragmatique : ne pas tout relocaliser, mais diversifier les sources et imposer des conditions aux partenaires industriels étrangers. De son côté, le CEA insiste sur le développement de filières européennes de recyclage et de fabrication de cellules innovantes. La Commission européenne a d’ailleurs lancé une alliance pour une industrie solaire photovoltaïque, visant à produire 30 GW de modules par an d’ici 2025. La souveraineté énergétique ne passe pas seulement par la production d’électricité, mais aussi par la maîtrise des équipements.

Quelles perspectives pour l’avenir énergétique ?

Au final, cette table ronde des Rencontres économiques d’Aix a confirmé que les renouvelables sont devenues incontournables dans toutes les stratégies industrielles et énergétiques. Mais elles ne sont plus seulement discutées sous l’angle de leur coût de production. Leur avenir dépendra de leur intégration au système électrique, du stockage, du pilotage numérique, de la politique industrielle européenne et de la capacité à éviter de nouvelles dépendances stratégiques. La hausse du coût de l’énergie semble inexorable à court terme, en raison des investissements massifs nécessaires et de la tarification du carbone. Cependant, à long terme, les experts s’accordent à dire que le déploiement des renouvelables et l’efficacité énergétique pourront stabiliser, voire réduire les prix, à condition de réussir l’équilibre entre innovation, acceptabilité sociale et souveraineté. Pour en savoir plus, consultez les analyses de l’Agence internationale de l’énergie et les données de RTE.

Inscrivez-vous en avant-première pour ne rien manquer de nos prochaines actualités.

Espace d'échanges et avis

  • Soyez le premier à partager votre expérience ou à poser une question.
La parole est à vous !

Vérification SMS

Saisissez le code reçu par SMS :

Vérification SMS

Entrez le code de validation envoyé sur votre mobile pour finaliser votre demande.