Michel-Edouard Leclerc a dévoilé lundi un programme d’investissement de 2,3 milliards d’euros destiné à décarboner l’ensemble des magasins E.Leclerc d’ici 2030. Présenté sur BFMTV/RMC, ce plan s’inscrit dans une stratégie où les entreprises sont appelées à jouer un rôle moteur dans la transition écologique. Le président du comité stratégique des centres E.Leclerc a précisé que ces fonds seront alloués à quatre piliers majeurs : la réduction du gaspillage alimentaire, la modernisation des équipements frigorifiques, le déploiement de la géothermie et l’installation massive de panneaux solaires photovoltaïques. Ce programme vise à transformer le modèle énergétique des 700 magasins de l’enseigne, exploités sous un régime coopératif et décentralisé par des adhérents indépendants.
L’enseigne a structuré son effort autour de leviers complémentaires, chacun contribuant à réduire l’empreinte carbone des bâtiments commerciaux.
E.Leclerc prévoit d’accélérer ses actions de lutte contre le gaspillage, notamment via des outils de gestion des stocks plus intelligents et des partenariats avec des associations de revalorisation des invendus. Selon l’ADEME, le gaspillage alimentaire représente environ 10 % des émissions de gaz à effet de serre de la distribution en France. L’objectif est de diviser par deux les pertes alimentaires d’ici 2030, en s’appuyant sur des technologies de traçabilité et de data analytics.
Les systèmes de froid commercial sont parmi les plus gros consommateurs d’énergie dans un supermarché. E.Leclerc va remplacer les anciennes installations par des équipements à fluides frigorigènes naturels (CO2, ammoniac) et à haute efficacité énergétique. Cette transition permet de réduire à la fois la consommation électrique et les fuites de gaz à effet de serre, qui ont un pouvoir de réchauffement global très élevé. Des études de l’Institut International du Froid montrent que le passage au CO2 peut réduire de 30 % la consommation énergétique des chambres froides.
L’enseigne mise sur la géothermie de surface pour chauffer et rafraîchir ses magasins. En exploitant la température constante du sous-sol (entre 10 et 15°C selon les régions), les pompes à chaleur géothermiques offrent un rendement exceptionnel : pour 1 kWh d’électricité consommé, elles restituent 4 à 5 kWh de chaleur ou de froid. E.Leclerc prévoit d’équiper plusieurs dizaines de centres commerciaux de ces installations, réduisant leur dépendance au gaz naturel et au fuel. La France dispose d’un potentiel géothermique important, comme le rappelle le site de l’ADEME, avec des aides publiques disponibles pour ce type de projet.
L’installation de panneaux solaires sur les toitures et les ombrières de parkings constitue le volet le plus visible du plan. E.Leclerc vise une quasi-autonomie électrique pour ses magasins, en produisant une électricité qualifiée de propre. L’enseigne a déjà signé un contrat d’approvisionnement de long terme avec EDF Renouvelables en 2023, portant sur trois centrales solaires dans l’Allier, d’une puissance totale d’environ 31 MWc. Cette production doit couvrir 1,5 % de la consommation électrique nationale du mouvement E.Leclerc. Avec le nouvel investissement, l’objectif est de multiplier par cinq la capacité installée d’ici 2030, en déployant des panneaux photovoltaïques sur la majorité des surfaces disponibles. Pour en savoir plus sur les avantages du solaire en grande distribution, consultez le guide du photovoltaïque professionnel.
Le plan de décarbonation d’E.Leclerc s’appuie sur une stratégie d’électrification des usages et d’autoproduction d’énergie renouvelable. En combinant géothermie et solaire photovoltaïque, l’enseigne espère réduire sa dépendance au réseau électrique national et aux énergies fossiles. Les magasins deviendront ainsi des bâtiments à énergie positive, capables de produire localement une part significative de leur électricité. Cette approche s’inscrit dans les tendances européennes : selon un rapport de SolarPower Europe, la grande distribution pourrait installer jusqu’à 15 GW de panneaux solaires d’ici 2030 en Europe.
Par ailleurs, E.Leclerc s’est engagée dans des contrats de long terme pour de l’électricité renouvelable (PPA), garantissant un approvisionnement stable et vert. Le partenariat avec EDF Renouvelables illustre cette démarche, avec des centrales solaires dédiées qui alimentent directement les magasins. Ce modèle permet de sécuriser les coûts énergétiques tout en participant à la transition du mix électrique français.

Michel-Edouard Leclerc a également annoncé une offensive sur le prix de l’électricité pour la recharge des véhicules électriques. À partir de cette semaine, l’enseigne propose des tarifs compétitifs sur ses bornes de recharge, afin d’encourager la mobilité bas carbone. Il a réaffirmé sa confiance dans le véhicule électrique, tout en mentionnant que d’autres alternatives (hydrogène, biocarburants) pourraient être explorées.
Parallèlement, l’affichage carbone des produits devient un outil central dans la stratégie de transparence. E.Leclerc s’est fixé pour objectif de diviser par deux son empreinte carbone totale d’ici 2035, par rapport à 2023. Selon la stratégie publiée en avril 2025, l’empreinte complète de l’enseigne était évaluée à 73,6 millions de tonnes de CO2 en 2023. Les principaux contributeurs sont les carburants, les produits alimentaires et les produits non alimentaires. Les marques nationales représentent 20 % des émissions de gaz à effet de serre de l’enseigne, et 250 fournisseurs concentrent 73 % de ce poste. L’affichage carbone permettra aux consommateurs de choisir des produits à moindre impact, renforçant la pression sur les fournisseurs pour qu’ils réduisent leurs émissions.
Le bilan carbone global d’E.Leclerc est estimé à 70 millions de tonnes d’émissions (selon les déclarations récentes de Michel-Edouard Leclerc), avec une cible de réduction de 50 % d’ici 2035. Pour y parvenir, l’enseigne ne se concentre pas uniquement sur ses propres opérations (scopes 1 et 2), mais agit aussi sur sa chaîne de valeur (scope 3). Les 250 fournisseurs les plus émetteurs devront fournir des plans de décarbonation et améliorer l’empreinte de leurs produits. Cette démarche s’aligne avec les exigences de la directive CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) qui impose aux grandes entreprises de publier des informations détaillées sur leur impact environnemental.
Le groupe met également en avant des initiatives d’économie circulaire, comme la réduction des emballages plastiques et le développement de filières de recyclage. Les investissements dans le photovoltaïque et la géothermie viennent compléter cette approche systémique.
E.Leclerc n’est pas le seul acteur à engager des moyens massifs pour la décarbonation, mais ce plan de 2,3 milliards d’euros est l’un des plus importants du secteur en France. Il démontre que la transition énergétique peut être un levier de compétitivité, en réduisant les coûts d’exploitation à long terme et en répondant aux attentes des consommateurs. Selon une étude du cabinet Oliver Wyman, 70 % des clients français considèrent l’engagement environnemental comme un critère de choix d’une enseigne. En misant sur le solaire, la géothermie et la mobilité électrique, E.Leclerc anticipe les réglementations futures tout en renforçant son image de marque.
Pour suivre l’évolution de ces engagements, le site officiel d’E.Leclerc publie régulièrement des mises à jour sur sa page développement durable. Les professionnels intéressés par les installations photovoltaïques peuvent consulter les ressources de l’association des énergies renouvelables.
Ce plan marque une étape décisive dans la transformation du modèle de distribution français, alliant performance économique et responsabilité écologique. Reste à voir comment les adhérents indépendants, qui gèrent les magasins, mettront en œuvre ces objectifs à l’échelle locale.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
Inscrivez-vous en avant-première pour ne rien manquer de nos prochaines actualités.
Saisissez le code reçu par SMS :
Entrez le code de validation envoyé sur votre mobile pour finaliser votre demande.