Un volume record de 6,6 GW d’énergies renouvelables raccordés en 2025

En 2025, Enedis, principal gestionnaire du réseau de distribution d’électricité français, a franchi un cap historique en raccordant 6,6 GW d’énergies renouvelables. Ce chiffre inédit, publié dans son rapport annuel sur les raccordements, confirme la montée en puissance de la transition énergétique dans l’Hexagone. Selon les données du gestionnaire de réseau, le solaire photovoltaïque représente l’essentiel de cette dynamique avec 5,9 GW raccordés sur l’année, soit près de 89% des nouvelles capacités vertes mises en service.

Cette performance s’inscrit dans un contexte favorable où la France accélère le déploiement des énergies renouvelables pour tenir ses objectifs climatiques. La Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), dont la nouvelle version est en cours d’élaboration, vise une montée en charge significative du parc solaire d’ici 2030. Le rapport d’Enedis démontre que le pays est sur une trajectoire soutenue, même si des tensions persistantes sur les délais de traitement des demandes menacent de freiner cette progression.

Le photovoltaïque domine largement les nouveaux raccordements

Le solaire photovoltaïque confirme sa place de première source de croissance dans le mix renouvelable français. Sur les 6,6 GW raccordés en 2025, 5,9 GW proviennent d’installations photovoltaïques, tous segments confondus. Cette domination s’explique par plusieurs facteurs : la baisse continue des coûts des modules solaires, la maturité technologique de la filière et la simplification des procédures administratives pour certaines catégories de projets. Pour comparaison, l’éolien terrestre et les autres filières vertes ne représentent qu’une part marginale des nouveaux raccordements sur le réseau de distribution.

Le gestionnaire de réseau souligne que cette croissance du photovoltaïque s’accompagne d’une modification structurelle du profil des producteurs. Les grandes centrales au sol, dont la puissance unitaire dépasse souvent plusieurs mégawatts, pèsent désormais davantage dans les statistiques. En 2025, 14 200 dossiers de raccordement ont été traités, contre plus de 17 300 en 2024. Cette baisse du nombre de demandes s’explique par l’évolution de la répartition entre petits et grands projets : les grands producteurs, moins nombreux mais beaucoup plus puissants, concentrent l’essentiel des nouvelles capacités.

Une dynamique portée par les grandes centrales au sol

L’avantage comparatif identifié par les investisseurs sur les centrales à grande échelle est désormais net. Plusieurs facteurs expliquent cet engouement. L’économie d’échelle d’abord : pour une même puissance développée, un grand parc solaire présente un coût d’investissement au mégawattheure bien inférieur à celui d’une petite toiture résidentielle. Les facilités réglementaires ensuite : les procédures pour les grands projets ont été harmonisées et sécurisées ces dernières années. La préférence politique enfin, avec des dispositifs de soutien orientés en faveur des installations au sol dans le cadre des appels d’offres de la Commission de régulation de l’énergie (CRE).

Cette tendance a toutefois un revers. En 2025, Enedis a été confronté à une explosion des demandes pour les grands raccordements, ce qui a engendré des congestions dans le traitement des dossiers. La file d’attente s’est allongée et les délais de réalisation se sont dégradés pour les projets les plus importants, comme détaillé plus loin dans cet article.

Le recul marqué des petits producteurs en basse tension

Pendant que les grandes centrales progressent, les petits producteurs en basse tension (BT) de moins de 36 kVA connaissent une chute spectaculaire. Le nombre de raccordements est passé de 234 162 en 2024 à 171 080 en 2025, soit une baisse de près de 27% en un an. Cette diminution traduit un désamour soudain pour les petites installations photovoltaïques en toiture, essentiellement résidentielles.

La cause principale est d’ordre économique. Les évolutions du tarif d’obligation d’achat, qui a été fortement réduit pour les petites puissances, ont généré une volatilité importante de la demande. Les ménages hésitent désormais à investir dans une installation solaire lorsque le retour sur investissement n’est plus garanti par des tarifs avantageux. À cela s’ajoute un contexte de hausse des taux d’intérêt, qui renchérit le coût du financement pour les particuliers, et une baisse de la prime à l’autoconsommation dans certaines configurations.

Cette inflexion du segment résidentiel pose une question stratégique pour la transition énergétique française. Si les grandes centrales au sol permettent d’atteindre rapidement les objectifs de capacité installée, le développement de l’autoconsommation reste un levier essentiel pour réduire les pertes en ligne et décentraliser la production. Le rapport d’Enedis met en évidence la nécessité de repenser les dispositifs de soutien pour les petites installations, afin de stabiliser une filière aujourd’hui fragilisée.

Des délais de raccordement qui s’allongent pour les grands projets

La montée en puissance des grands producteurs ne se fait pas sans heurts. Enedis affiche dans son rapport un délai moyen de réalisation de 331,6 jours pour le raccordement des producteurs de grande taille. Ce chiffre, en hausse constante, est très largement au-dessus de l’objectif de 280 jours fixé dans le TURPE 7, le tarif d’utilisation des réseaux publics d’électricité. Cette dégradation des délais s’explique par l’afflux massif de demandes, qui a submergé les services d’études du gestionnaire de réseau.

Le TURPE 7, qui encadre les tarifs de raccordement et d’acheminement, impose pourtant des obligations de performance à Enedis. Les écarts constatés en 2025 montrent que le gestionnaire de réseau peine à absorber la croissance rapide des projets solaires. Pour les porteurs de projets, cet allongement a des conséquences directes : le décalage des mises en service retarde la vente de l’électricité produite et dégrade la rentabilité des investissements.

Un pic de demandes inédit en juin 2025

Le rapport d’Enedis met en lumière un phénomène singulier : un pic de demandes jamais observé en juin 2025, avec près de 8 000 dossiers déposés sur le seul mois, soit quatre fois le rythme moyen des autres périodes. Cette soudaine ruée, probablement liée à des anticipations réglementaires et à des montages financiers de projets prêts à se lancer, a fortement perturbé la planification des études et des travaux.

Raccordements Enedis 2025 : un record pour le photovoltaïque, des délais sous tension

Pour le gestionnaire de réseau, ces variations erratiques représentent une difficulté majeure. Les équipes en charge des études de raccordement doivent être dimensionnées pour absorber les pics, mais elles risquent alors de se retrouver en surcapacité pendant les périodes creuses. Cette gestion de la volatilité contraint Enedis à repenser ses méthodes de travail et à développer des outils d’anticipation et de priorisation des dossiers.

Les mesures d’Enedis pour fluidifier les raccordements

Face à cette pression, Enedis a engagé en 2025 une concertation approfondie pour faire évoluer la procédure de raccordement des grands producteurs. Plusieurs avancées concrètes sont déjà sur la table. La première concerne la création d’offres de raccordement à modulation de puissance, spécifiquement destinées aux systèmes de stockage en HTA (haute tension A). Cette innovation vise à anticiper les besoins du régulateur et à éviter les travaux de renforcement coûteux du réseau HTB (haute tension B). En permettant de moduler la puissance injectée selon les contraintes du réseau, ces offres offrent une alternative intelligente aux investissements lourds.

Par ailleurs, la procédure de raccordement a été simplifiée, avec une réduction de 20 pages de documentation. Des règles plus souples ont également été établies pour le raccordement indirect de producteurs en aval, c’est-à-dire ceux qui se connectent au réseau via une installation existante. Ces mesures, qui devraient entrer pleinement en vigueur en 2026, visent à réduire les délais et les coûts pour les porteurs de projets tout en préservant la stabilité du réseau électrique.

Quelles perspectives pour les raccordements photovoltaïques en France ?

Le bilan 2025 d’Enedis dresse le portrait d’une filière photovoltaïque française en pleine mutation. Les records de puissance raccordée démontrent la vitalité du secteur, mais les fragilités structurelles, notamment sur les délais et le segment résidentiel, appellent à une vigilance accrue. L’année 2026 devra montrer si les mesures de simplification et les nouvelles offres de raccordement permettront de concilier croissance des raccordements et qualité de service.

Le rôle clé du stockage dans la transition du réseau

Les nouvelles offres à modulation de puissance introduites par Enedis pourraient transformer la donne pour le stockage d’énergie. En autorisant les systèmes de batteries à se raccorder plus facilement et de manière flexible, le gestionnaire de réseau ouvre la voie à un déploiement massif du stockage en France. Cette évolution est cruciale pour l’intégration des énergies renouvelables, dont la production est par nature intermittente. Le stockage permet de lisser les injections sur le réseau et d’éviter les congestions locales, notamment dans les zones où la production solaire dépasse la consommation.

Pour les investisseurs, le stockage associé au solaire représente une opportunité de valoriser l’énergie produite au meilleur moment. L’arbitrage entre stockage et injection directe devient un levier économique central. Enedis, en simplifiant les procédures et en proposant des solutions innovantes, contribue à créer un écosystème favorable à cette industrie émergente.

Un contexte réglementaire en évolution

La dernière loi d’accélération des énergies renouvelables (loi APER), adoptée en 2023, a posé les bases d’une transformation profonde du secteur. Mais ce sont surtout les prochaines itérations de la PPE et les nouveaux tarifs de rachat qui façonneront durablement le développement des raccordements photovoltaïques en France. La CRE, qui pilote les appels d’offres et les dispositifs de soutien, devra trouver un équilibre entre la maîtrise des coûts pour le consommateur et la nécessaire rentabilité des projets.

Le rapport annuel d’Enedis, publié sur son site institutionnel, offre une photographie précieuse de l’état du réseau et des défis à relever. Dans ce contexte, les producteurs, les installateurs et les investisseurs doivent suivre de près les évolutions réglementaires pour adapter leurs stratégies. L’enjeu est de taille : faire de la France une leader européenne du solaire tout en assurant la soutenabilité économique et technique du réseau de distribution.

En matière de raccordement, l’année 2026 sera donc décisive. Les acteurs de la filière attendent désormais une confirmation du maintien de la dynamique et surtout une amélioration tangible des délais. Le gouvernement, de son côté, devra tenir ses engagements en matière de simplification administrative et de soutien au photovoltaïque résidentiel, condition indispensable pour ne pas laisser ce segment stratégique de la transition énergétique s’effondrer durablement.

Pour approfondir le sujet, vous pouvez consulter les données officielles sur les raccordements électriques en France sur le site d’Enedis, suivre les publications de la Commission de régulation de l’énergie, ou encore explorer les informations sur la filière photovoltaïque via photovoltaique.info et les ressources du ministère de la Transition écologique.

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