Le Centre spatial guyanais (CSG) franchit une nouvelle étape dans sa transition énergétique avec l’annonce du lancement de sa troisième centrale solaire photovoltaïque. Ce projet, nommé PV3, s’inscrit dans une stratégie globale visant à décarboner les opérations du port spatial européen situé à Kourou, en Guyane française. Porté par le CNES et l’ESA, le consortium franco-allemand dirigé par Eiffage Énergie Systèmes développe cette infrastructure d’une puissance de 4,5 MWc, dont la production annuelle estimée à 7,2 GWh sera exclusivement dédiée à la fabrication d’hydrogène bas carbone pour le lanceur Ariane 6.

Cette troisième centrale, dont la mise en service est planifiée pour le quatrième trimestre 2027, illustre la volonté de l’Europe spatiale de réduire son empreinte carbone tout en renforçant son autonomie énergétique dans une région isolée du réseau continental. L’hydrogène vert produit sur place doit remplacer partiellement le procédé actuel de reformage du méthanol, très énergivore et fortement émetteur de CO₂.

Un enjeu stratégique pour la base de lancement européenne

Le Centre spatial guyanais consomme chaque année une quantité importante d’électricité et de carburants fossiles pour ses activités de préparation et de lancement. Les deux premiers champs solaires, PV1 et PV2, déjà opérationnels, sont raccordés à la boucle énergie 20 kV du CSG et alimentent les installations courantes. Ils ont permis de réduire les achats d’électricité auprès d’EDF et la dépendance aux groupes électrogènes au fioul.

Avec PV3, la logique évolue : il ne s’agit plus seulement d’alimenter le site en électricité, mais de produire directement un carburant vert pour les lanceurs. L’hydrogène produit localement couvrira 10 à 15 % des besoins annuels en propergol d’Ariane 6 – essentiellement pour son moteur principal cryotechnique et son deuxième étage. Le complément viendra toujours du procédé actuel de reformage du méthanol, dont l’approvisionnement nécessite un transport maritime depuis l’Europe ou d’autres régions.

Le consortium franco-allemand au cœur du projet

Conformément aux règles de retour géographique des programmes européens, le groupement retenu par le CNES et l’ESA associe des entreprises françaises et allemandes :

  • Eiffage Énergie Systèmes – mandataire, responsable des études, de la fourniture et de l’installation des onduleurs 50 Hz, de l’infrastructure électrique (TGBT, TD) et du raccordement des panneaux.
  • Eiffage Infrastructures Guyane – études et réalisation du génie civil, des terrassements, des socles béton pour les tables métalliques.
  • MT Aerospace Guyane – fourniture et pose des structures métalliques supportant les panneaux photovoltaïques.

Cette collaboration illustre la synergie industrielle européenne pour les infrastructures spatiales. Le champ solaire s’étendra sur plusieurs hectares de terrain, optimisé pour capter le fort ensoleillement guyanais, l’un des meilleurs au monde.

Alimenter un électrolyseur et décarboner la logistique

L’électricité produite par PV3 sera directement injectée dans un électrolyseur installé sur la base. Ce dernier sépare l’eau en oxygène et hydrogène, sans émission de CO₂. L’hydrogène ainsi généré sera utilisé pour la propulsion d’Ariane 6, mais aussi pour alimenter en électricité une future flotte de véhicules lourds (camions, engins logistiques) que le CSG prévoit d’acquérir. Actuellement, la logistique du centre repose majoritairement sur des moteurs diesel.

Projet photovoltaïque PV3 à Kourou : un champ solaire pour produire l'hydrogène vert d'Ariane 6

Cette approche intégrée s’inscrit dans le programme Hyguane, porté par le CNES, qui vise à créer un écosystème complet de production et d’utilisation d’hydrogène bas carbone en Guyane. À terme, l’objectif est de parvenir à un premier vol d’Ariane 6 utilisant de l’hydrogène produit localement à partir d’énergies renouvelables.

Des synergies avec le stockage et la mobilité électrique

Le champ PV3 ne se limite pas à la production d’hydrogène. Il sera associé à un système de stockage par batteries (BESS – Battery Energy Storage System) pour lisser les pics de consommation et assurer une alimentation stable de l’électrolyseur. En parallèle, des bornes de recharge pour véhicules électriques (IRVE) seront installées, certaines sous des ombrières photovoltaïques dédiées. Ces équipements permettront d’alimenter la flotte croissante de véhicules légers électriques du CSG, contribuant à réduire encore les émissions de gaz à effet de serre.

Vers un déploiement plus large : PV4 et PV5 en réflexion

Le succès de PV3 ouvre la voie à de nouveaux projets solaires. Les études pour les champs PV4 et PV5 sont déjà engagées. Le potentiel solaire de la Guyane est exceptionnel, avec un ensoleillement annuel moyen supérieur à celui de nombreuses régions d’Europe. Le CSG ambitionne de multiplier ses capacités photovoltaïques pour atteindre une autonomie énergétique quasi totale pour ses opérations de base, voire pour la production d’hydrogène vert à grande échelle.

Avec cette troisième centrale, le port spatial de Kourou devient un laboratoire grandeur nature de la transition énergétique appliquée au spatial. L’initiative pourrait servir de modèle pour d’autres centres spatiaux dans les régions isolées ou tropicales. L’Europe démontre ainsi qu’il est possible de concilier ambition spatiale et réduction significative de l’impact environnemental.

Pour en savoir plus sur les projets du CNES en Guyane, consultez la page officielle du Centre spatial guyanais ou les informations de l’ESA sur ce projet.

Inscrivez-vous en avant-première pour ne rien manquer de nos prochaines actualités.

Espace d'échanges et avis

  • Soyez le premier à partager votre expérience ou à poser une question.
La parole est à vous !

Vérification SMS

Saisissez le code reçu par SMS :

Vérification SMS

Entrez le code de validation envoyé sur votre mobile pour finaliser votre demande.