Au mois de juillet 2022, la région de la Gironde a connu la plus grave série d’incendies forestiers depuis plus de 70 ans. Plus de 20 000 hectares de forêt de pins ont été consumés, forçant l’évacuation de milliers d’habitants et mobilisant des renforts venus de toute l’Europe. C’est dans ce contexte que la centrale solaire de Cestas, située en plein cœur du massif des Landes, a été directement menacée par les flammes.
Exploitée majoritairement par le groupe Neoen (détenue à 40 %), cette centrale photovoltaïque est la plus puissante de France avec une capacité de 300 MWc. Implantée sur 258 hectares, elle est entourée de pins maritimes, une configuration qui a rendu sa protection particulièrement délicate lors de l’avancée du feu.
Dans la nuit du 31 juillet au 1er août 2022, un méga-feu en provenance de l’ouest a atteint la lisière du site. Pour protéger l’infrastructure, 34 pompiers spécialisés provenant de Genève ont été dépêchés sur place. Leur mission : empêcher les flammes de pénétrer sous les panneaux et de détruire les installations électriques sensibles. Selon Guillaume Decaen, DGA des Opérations de Neoen, la centrale avait été mise sous surveillance dès le 25 juillet. « J’ai demandé que l’on découple la centrale, le feu ayant parcouru quelques dizaines de mètres sous les panneaux dans la nuit de samedi à dimanche. Mais les Obligations légales de débroussaillement (OLD) ont globalement bien été réalisées, ce qui a permis d’arrêter la propagation du feu. La centrale a pu redémarrer dès dimanche. »
Les OLD sont une obligation réglementaire pour tous les propriétaires de terrains situés à moins de 200 mètres des bois et forêts. Dans le cas de la centrale de Cestas, ces obligations ont été respectées en maintenant un couvert végétal rase et en éliminant les arbres morts autour des panneaux. Cette stratégie a considérablement freiné l’avancée du feu. D’après une note technique du Ministère de la Transition écologique, le débroussaillement systématique réduit de 60 % le risque de propagation des incendies sur les sites industriels en zone forestière.
La centrale de Cestas, mise en service en 2015, compte plus d’un million de panneaux solaires. Chaque module est installé sur des structures en acier galvanisé, avec un espacement suffisant pour permettre l’écoulement d’eau et le passage des engins de secours. De plus, des tranchées pare-feu ont été creusées autour de la zone. Le site dispose également d’un système de surveillance par caméras thermiques capable de détecter toute anomalie de température. Ces éléments ont été déterminants pour limiter les dégâts.
Face à l’ampleur des incendies en Gironde, la France a activé le mécanisme de protection civile de l’Union européenne. L’envoi de 34 pompiers suisses spécialisés dans la lutte contre les feux de forêt a illustré la solidarité transfrontalière. Leur intervention a été coordonnée avec les équipes locales et les experts de Neoen pour établir des barrières d’eau et des coupe-feux autour de la centrale. Cet épisode souligne l’importance des coopérations internationales face à des catastrophes naturelles de grande échelle.

L’incendie de Cestas n’est pas un cas isolé. Avec l’augmentation des épisodes de sécheresse et de canicule liés au changement climatique, les installations photovoltaïques situées en milieu forestier sont de plus en plus exposées. Plusieurs mesures d’adaptation sont désormais recommandées par les experts :
Ces recommandations sont détaillées dans un rapport du Groupe AFNOR sur la résilience des infrastructures photovoltaïques face aux risques naturels. Un autre cas d’école est celui de la centrale de Figeac, également en zone boisée, qui a mis en place une surveillance drone après avoir frôlé un sinistre.
L’épisode de Cestas démontre que le respect des règles de débroussaillement et la collaboration internationale peuvent sauver des infrastructures critiques. La centrale a pu redémarrer moins de 24 heures après l’incendie, limitant les pertes de production et évitant une catastrophe environnementale. Pour les opérateurs comme Neoen, cet incident servira de référence pour anticiper les futurs risques climatiques. La centrale de Cestas reste aujourd’hui pleinement opérationnelle, preuve que la prévention et la réactivité sont les meilleurs alliés des énergies renouvelables face aux feux de forêt.
Pour aller plus loin, consultez les actualités de Sud Ouest sur les incendies en Gironde et les données techniques de la centrale sur le site de Neoen.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
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