L’arrêté du 1er juin 2025 fixant les conditions d’achat de l’électricité produite par les nouvelles installations photovoltaïques de moins de 500 kWc a été publié au Journal officiel du 4 juin. Il entrera en vigueur dès le 5 juin. Les contrats déjà signés ainsi que les demandes complètes déposées avant cette date ne sont pas concernés par ces nouvelles dispositions.
Attendu depuis plusieurs semaines, ce texte confirme un changement de cap majeur pour le photovoltaïque résidentiel et les petites installations tertiaires. Désormais, la rentabilité des projets ne reposera plus sur la vente du surplus d’électricité, mais sur la capacité à consommer sur place l’énergie produite. Cette réforme, bien que brutale, s’inscrit dans une logique de transition vers un modèle énergétique décentralisé, où chaque foyer devient acteur de sa propre consommation.
La mesure la plus marquante est l’abaissement du tarif de rachat du surplus à 1,1 c€/kWh pour les nouvelles installations, contre 4 c€/kWh jusqu’à présent. Ce tarif sera garanti pendant 20 ans et revalorisé de 2 % chaque année. Le gouvernement maintient également un plafond de production éligible : l’électricité injectée au-delà d’un volume annuel correspondant à la puissance installée multipliée par 1 600 heures ne bénéficiera plus de cette rémunération. Cela signifie qu’une installation de 6 kWc ne pourra revendre que 9 600 kWh par an au maximum, ce qui est largement supérieur à la production moyenne d’une maison, mais incite fortement à ne pas surdimensionner son système.
Autre évolution majeure : la prime à l’autoconsommation disparaît. Jusqu’alors, cette prime permettait de réduire le coût initial de l’installation. Enfin, pour les installations de 9 kWc ou moins, seules les opérations d’autoconsommation avec injection du surplus resteront éligibles au dispositif de soutien. Ces dispositions confirment l’objectif des pouvoirs publics : orienter les investissements vers une consommation locale de l’électricité produite plutôt que vers sa revente au réseau. Comme le résume l’entreprise DualSun dans son analyse du texte : « Un kWh autoconsommé vaut désormais près de vingt fois plus qu’un kWh revendu. »
Les professionnels du secteur avaient tenté d’obtenir un tarif de rachat plus élevé lors de l’examen du texte par le Conseil supérieur de l’énergie, sans succès. Pour autant, certains acteurs relativisent l’ampleur de la baisse. « Elle est trois fois moins importante que celle intervenue en mars 2025, lorsque le tarif de rachat était passé de 12,69 à 4 c€/kWh en une seule journée », rappelle DualSun.
Le nouveau modèle économique bouleverse les calculs de retour sur investissement. Selon DualSun, une installation résidentielle de 6 kWc située à Lyon et autoconsommant 50 % de sa production perdrait environ 87 euros par an avec le passage du tarif de rachat de 4 à 1,1 c€/kWh. Pour compenser cette perte, il suffirait d’augmenter le taux d’autoconsommation de sept points, soit environ 435 kWh supplémentaires consommés directement sur place. Cette optimisation peut être réalisée sans surcoût majeur, simplement en modifiant ses habitudes de consommation ou en investissant dans des équipements pilotables.
À titre d’exemple, une famille qui déplace sa lessive en milieu de journée ou recharge sa voiture électrique pendant les heures de fort ensoleillement peut déjà gagner plusieurs points d’autoconsommation. Les ménages équipés d’une pompe à chaleur ou d’un chauffe-eau thermodynamique sont particulièrement bien placés pour valoriser leur production solaire.
Le nouvel arrêté consacre l’émergence d’un nouveau modèle économique. Désormais, la valeur d’une installation photovoltaïque dépendra avant tout de sa capacité à maximiser l’autoconsommation. Les solutions techniques pour y parvenir sont multiples et de plus en plus accessibles.
Ces boîtiers intelligents, comme ceux proposés par MyEnergi ou encore Enphase, permettent de piloter automatiquement certains équipements du logement (chauffe-eau, pompe à chaleur, borne de recharge) pendant les heures de forte production solaire. L’investissement, de l’ordre de 200 à 500 euros, est rapidement amorti par le gain en autoconsommation.
Le stockage résidentiel apparaît comme l’un des principaux bénéficiaires indirects de la réforme. Selon DualSun, le coût du stockage est désormais compris entre 8 et 15 c€/kWh, contre 18 à 24 c€/kWh il y a encore un an, tandis que le prix des batteries installées a reculé d’environ 25 % sur la même période. Avec un prix de l’électricité réseau proche de 20 c€/kWh, les batteries deviennent progressivement compétitives pour augmenter l’autoconsommation. Les marques comme Tesla Powerwall ou Sonnen proposent désormais des solutions intégrées avec des garanties de 10 ans.
Au-delà du stockage, d’autres équipements permettent d’augmenter le taux d’autoconsommation : les chauffe-eau solaires individuels (CESI), les pompes à chaleur couplées à un ballon d’eau chaude, ou encore les bornes de recharge intelligentes pour véhicules électriques. Certains fournisseurs d’électricité, comme Enedis, proposent également des offres de pilotage dynamique pour valoriser l’autoproduction.
Cette évolution devrait accélérer le développement des solutions de pilotage énergétique, des batteries domestiques et, à terme, de nouvelles formes de flexibilité résidentielle. Les gestionnaires de réseau, comme RTE, voient dans l’autoconsommation un moyen de lisser la production solaire et de réduire les congestions locales. Cependant, un frein subsiste : alors que le stockage devient un élément de plus en plus déterminant dans la rentabilité des projets, aucune aide spécifique à l’acquisition d’une batterie n’a été prévue par le gouvernement. Ces équipements restent par ailleurs exclus du taux réduit de TVA à 5,5 %, ce qui limite leur accessibilité pour les ménages modestes.
Néanmoins, des dispositifs régionaux existent, comme certaines aides de l’Anah ou des collectivités locales. Les particuliers sont invités à se renseigner auprès de leur espace France Rénov’ pour connaître les aides disponibles dans leur département.
En conclusion, l’année 2025 marque un véritable tournant pour le photovoltaïque résidentiel. La rentabilité ne se joue plus sur la revente, mais sur l’intelligence de la consommation. Ceux qui sauront adapter leurs usages et investir dans des équipements de pilotage ou de stockage tireront le meilleur parti de leur installation. Les autres risquent de voir leurs retours sur investissement s’allonger, mais le jeu en vaut la chandelle dans un contexte de hausse continue des prix de l’électricité.

Engagée pour la transition énergétique, je me consacre à l’exploration des opportunités offertes par l’énergie solaire et à son évolution. J’accompagne les professionnels du secteur et favorise les collaborations pour accélérer l’adoption de solutions durables et innovantes.
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