L’obligation réglementaire d’équiper les grands parkings extérieurs d’ombrières photovoltaïques, issue de la loi sur l’accélération des énergies renouvelables (loi du 10 mars 2023) et du décret du 7 avril 2023, impose aux surfaces commerciales de plus de 1 500 m² de couvrir au moins la moitié de leurs places de stationnement avec des panneaux solaires d’ici 2026 (et 2028 pour les plus petits parkings). Cette contrainte législative, souvent perçue comme un coût supplémentaire, peut pourtant se transformer en véritable levier économique et stratégique pour les enseignes de la grande distribution. C’est ce que démontre Dominique Schelcher, président de Coopérative U, dans un entretien récent au podcast Génération Do It Yourself.
Pour les magasins U, comme pour l’ensemble du secteur, l’équation est double : investir massivement dans le solaire tout en maîtrisant ses charges d’exploitation. Le dirigeant souligne que « pour un Super U moyen, couvrir son parking de photovoltaïque représente environ un an de résultat net ». Un effort financier conséquent, mais qui peut être amorti grâce à des mécanismes d’autoconsommation, de revente du surplus et d’économies d’énergie. Au-delà de la contrainte, c’est une véritable opportunité de créer de la valeur sur le long terme.
La loi n° 2023-175 du 10 mars 2023 relative à l’accélération de la production d’énergies renouvelables (loi APER) a introduit l’obligation d’installer des ombrières photovoltaïques sur les parkings de plus de 1 500 m². Le décret d’application du 7 avril 2023 précise les seuils et les délais : les parkings existants de plus de 10 000 m² doivent être équipés avant le 1er juillet 2026 ; ceux entre 1 500 et 10 000 m² avant le 1er juillet 2028. Les nouvelles constructions sont concernées dès leur création.
Cette réglementation vise à mobiliser le foncier artificialisé que représentent les parkings – environ 10 000 hectares en France – pour produire de l’électricité verte. Selon le ministère de la Transition écologique, le potentiel technique est estimé à 6 à 11 GW de puissance installée, soit l’équivalent de plusieurs réacteurs nucléaires. Pour les enseignes de grande distribution, qui possèdent les plus vastes surfaces de stationnement, l’enjeu est majeur : il s’agit de concilier respect de la loi et optimisation économique.
Dominique Schelcher le reconnaît : le coût initial est significatif. Pour un Super U de taille moyenne, l’investissement peut atteindre plusieurs centaines de milliers d’euros, voire dépasser le million pour les hypermarchés. Cependant, les retours sur investissement sont attractifs, surtout avec la hausse des prix de l’électricité et les dispositifs de soutien (obligation d’achat, complément de rémunération, autoconsommation avec vente du surplus).
Plusieurs études de l’ADEME montrent qu’une ombrière photovoltaïque bien dimensionnée peut générer un taux de rentabilité interne (TRI) de 8 à 12 % sur 20 à 25 ans. De plus, les économies sur la facture d’électricité – grâce à l’autoconsommation – et les revenus de la vente du surplus contribuent à amortir l’investissement en 8 à 12 ans. À cela s’ajoutent les certificats d’économies d’énergie (CEE) et les aides locales, qui réduisent le coût net.
L’exemple du magasin U de Fessenheim en Alsace est éloquent : équipé de panneaux sur une partie de la toiture et des façades, il couvre déjà environ 20 % de sa consommation électrique. « C’est formidable, je paie 20 % de facture en moins », résume Dominique Schelcher. Cette autoconsommation est particulièrement adaptée aux supermarchés, qui consomment beaucoup d’électricité en journée (éclairage, climatisation, équipements de cuisson, caisses, etc.).
Les parkings offrent une surface supplémentaire idéale pour installer des ombrières, qui protègent également les véhicules des intempéries et de la chaleur. Couplée à une toiture photovoltaïque, l’installation peut couvrir 30 à 50 % des besoins du magasin, selon le dimensionnement et l’ensoleillement. Des enseignes comme Carrefour, Leclerc ou Lidl ont déjà lancé des programmes massifs d’équipement, avec des objectifs de plusieurs centaines de magasins d’ici 2030.
Dominique Schelcher pointe la principale limite du photovoltaïque pour les supermarchés : la consommation de froid est permanente, y compris la nuit, tandis que la production solaire est intermittente et maximale en journée. Les chambres froides, réfrigérateurs et congélateurs fonctionnent 24h/24, représentant près de 40 % de la consommation électrique d’un magasin alimentaire.

La solution passe par le stockage stationnaire par batteries. Les progrès technologiques récents (batteries lithium-ion, sodium-ion, flow) et la baisse des coûts (environ 300 €/kWh en 2024, avec une prévision de 200 €/kWh d’ici 2030) rendent cette option de plus en plus viable. Des expérimentations sont en cours chez plusieurs distributeurs. Le président de Coopérative U est convaincu que « le jour où l’électricité produite en journée pourra être stockée efficacement pour le froid nocturne, les supermarchés réduiront fortement leur facture ». En attendant, des solutions d’effacement ou de gestion intelligente des charges (pilotage des équipements frigorifiques) permettent déjà de lisser la consommation.
Un piège à éviter est le surdimensionnement qui générerait une injection massive de surplus dans le réseau, faiblement rémunérée (actuellement autour de 60 à 80 €/MWh en vente du surplus, contre 200 à 300 €/MWh pour l’autoconsommation économisée). Dominique Schelcher insiste : « Produire trop d’électricité n’est plus rentable si le réseau ne peut pas l’absorber ou si la rémunération est trop faible. »
Il préconise donc un dimensionnement au plus près des courbes de consommation réelles du magasin, en intégrant les profils saisonniers. Des outils de simulation, comme ceux proposés par l’INES (Institut national de l’énergie solaire) ou des bureaux d’études spécialisés, permettent d’optimiser la puissance installée. Pour les parkings, une approche modulaire (installations par phases) laisse la possibilité d’ajouter ultérieurement des batteries ou de mutualiser la production avec d’autres bâtiments voisins.
Pour Coopérative U, le photovoltaïque sur parkings n’est pas une simple contrainte réglementaire, mais une opportunité industrielle et économique. En associant autoconsommation, stockage et gestion intelligente, les supermarchés peuvent réduire leur facture énergétique, valoriser leur foncier et améliorer leur image environnementale. D’autres acteurs majeurs (Intermarché, Auchan, Système U) suivent la même voie, en déployant des plans solaires à grande échelle.
Comme le résume Dominique Schelcher, « c’est un vrai changement de paradigme : on passe d’un centre de coût – le parking – à un actif producteur d’énergie ». Avec le soutien des pouvoirs publics et des innovations technologiques, l’obligation des ombrières photovoltaïques pourrait bien devenir, pour la grande distribution, le moteur d’une transition énergétique rentable et durable.
Pour en savoir plus sur la réglementation : Ministère de la Transition écologique – Loi APER.
Consultez aussi les données de l’ADEME sur le potentiel solaire des parkings : ADEME – Énergies renouvelables.
Retrouvez l’interview complète de Dominique Schelcher sur le podcast Génération Do It Yourself : Génération Do It Yourself.

Engagée pour la transition énergétique, je me consacre à l’exploration des opportunités offertes par l’énergie solaire et à son évolution. J’accompagne les professionnels du secteur et favorise les collaborations pour accélérer l’adoption de solutions durables et innovantes.
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