Une nouvelle dynamique portée par des marchés émergents

Le secteur solaire africain connaît une transformation profonde. Lors du salon The smarter E à Munich, Benjamin Clarke, directeur des opérations de l’Association africaine de l’industrie solaire (AFSIA), a mis en lumière l’émergence de nouveaux acteurs majeurs. Traditionnellement dominé par l’Afrique du Sud, le Maroc ou l’Égypte, le marché s’ouvre désormais à des pays comme la Tanzanie, la Zambie et l’Algérie. Ces nations accélèrent leurs déploiements de grandes centrales photovoltaïques, portées par des politiques publiques plus favorables et une demande énergétique croissante.

« Ce que nous observons de plus en plus, c’est une diversification du marché, ce qui est un très, très bon signe, explique-t-il. Nous ne pouvons pas nous appuyer uniquement sur les marchés historiquement les plus importants pour porter les statistiques du continent. » Cette diversification réduit la dépendance à quelques pays et offre une base plus résiliente pour la croissance solaire africaine. Selon l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA), l’Afrique a installé environ 1,8 GW de solaire photovoltaïque en 2024, et les projections pour 2025-2026 indiquent une accélération significative.

Le segment commercial et industriel au cœur de la croissance

Au-delà des projets utility-scale, le segment commercial et industriel (C&I) s’impose comme le principal moteur de la nouvelle vague solaire africaine. Les entreprises cherchent à réduire leurs coûts énergétiques et à sécuriser leur approvisionnement face à des réseaux instables et des prix du diesel volatils. Les coûts des systèmes photovoltaïques ont considérablement baissé, rendant le solaire bien plus attractif que les générateurs diesel.

« Les fondamentaux économiques se sont fortement améliorés, indique Benjamin Clarke. Les entreprises se tournent de plus en plus vers le solaire, soit pour fonctionner totalement hors réseau et se protéger de la volatilité des prix de l’électricité, soit pour sécuriser une alimentation de secours fiable. » Le coût du solaire C&I se situe désormais entre 0,074 € et 0,184 €/kWh, contre environ 0,35 €/kWh pour le diesel. Cette compétitivité ouvre la voie à des économies substantielles pour les industriels et les commerçants.

Les secteurs les plus dynamiques sont les centres de données, en pleine expansion sur le continent, et l’industrie minière, qui consomme d’énormes quantités d’électricité. Leur solidité financière en fait des partenaires attractifs pour les développeurs solaires. Les PME manifestent également un intérêt croissant, mais elles se heurtent à des difficultés de préfinancement, ce qui freine l’adoption massive. Des modèles de financement innovants, comme le paiement à l’usage (PAYGO) ou les contrats d’achat d’électricité (PPA) sur mesure, commencent à émerger pour répondre à ce besoin.

Financement : le rôle clé des institutions et des capitaux privés

Le financement reste l’enjeu central du développement solaire en Afrique. Les situations varient fortement d’un pays à l’autre : certains marchés sont encore dominés par des monopoles publics, tandis que d’autres, comme l’Afrique du Sud, disposent de cadres de passation de marchés structurés et ouverts aux indépendants. La majorité des pays se situent entre ces deux extrêmes.

Les institutions de financement du développement (DFI) jouent un rôle crucial en fournissant des garanties, des prêts concessionnels et une expertise technique. Benjamin Clarke rappelle un fait souvent méconnu : « Les taux de défaut des projets d’infrastructure en Afrique s’établissent autour de 5 %, un niveau inférieur à ceux observés en Amérique du Nord ou en Europe, avec un taux de recouvrement de 100 % en cas de défaut, notamment grâce au soutien des DFI. » Ce constat contredit les idées reçues sur le risque perçu du continent.

Marché solaire africain : la demande commerciale et industrielle accélère la diversification

Dans les marchés les plus matures, les capitaux privés commencent progressivement à prendre le relais et à renforcer les capacités des banques locales. Des fonds d’investissement dédiés aux énergies renouvelables en Afrique, comme le Fonds pour l’énergie durable en Afrique (SEFA) de la Banque africaine de développement, contribuent à structurer ce marché. Dans d’autres pays, les garanties publiques ou le soutien des DFI restent indispensables pour attirer les investisseurs privés.

Industrie locale et data : des fondations en construction

Parallèlement, l’écosystème industriel local se développe. Des entreprises indiennes implantent des lignes d’assemblage de panneaux solaires en Afrique de l’Est, tandis que l’Afrique du Sud voit émerger des projets de fabrication de cellules photovoltaïques. Cette montée en gamme locale réduit la dépendance aux importations et crée des emplois qualifiés. Cependant, l’échelle reste modeste comparée aux géants asiatiques.

L’AFSIA poursuit également le développement de sa base de données des projets solaires, qui recense aujourd’hui plus de 26 000 installations opérationnelles à travers le continent. « Nous avons suivi environ 3,5 GW en 2025, et à ce stade en 2026, nous avons identifié 2,7 GW, chiffre Benjamin Clarke. Si le rythme se maintient, nous devrions observer une hausse significative du volume d’installations cette année. »

Les travaux d’identification des projets encore absents des statistiques officielles se poursuivent, en collaboration avec les acteurs locaux. « Nous échangeons avec des installateurs sur des marchés où la couverture est encore partielle afin de retrouver des projets réalisés il y a plusieurs années mais non encore référencés, explique Benjamin Clarke. C’est un travail continu. » Cette amélioration des données permettra de mieux mesurer la progression réelle du solaire africain, souvent sous-estimée par les organismes internationaux.

Conclusion : un marché en pleine mutation

Le marché solaire africain n’est plus dominé par quelques pays historiques. La diversification géographique, portée par la demande commerciale et industrielle, renforce sa résilience et son potentiel de croissance. Avec des coûts en baisse, un financement qui se structure et une industrie locale qui émerge, le continent est sur le point de devenir un acteur clé de la transition énergétique mondiale. Les défis persistent, notamment pour les PME et dans les zones les moins libéralisées, mais la tendance est nettement positive.

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