Le marché européen des contrats d’achat d’électricité à long terme, plus connus sous le sigle PPA, a connu un mois de juillet 2024 contrasté. Selon l’indice Euro Composite publié par le cabinet de conseil suisse Pexapark, le prix moyen des PPA a progressé de 2,3 % en juillet, pour atteindre 45 €/MWh. Cette augmentation moyenne dissimule cependant des écarts très nets entre les différents marchés nationaux.
La Grande-Bretagne a enregistré la plus forte hausse mensuelle, avec une progression de 5,8 %. L’Italie suit de près avec une augmentation de 4,3 %. Sur ces deux marchés, la dynamique des prix à terme de l’électricité a joué un rôle moteur. Les opérateurs ont en effet intégré une prime de risque géopolitique plus élevée, dans un contexte marqué par la remontée des prix du gaz et par les tensions persistantes au Moyen-Orient.
À l’inverse, plusieurs marchés caractérisés par une forte pénétration des énergies renouvelables ont vu leurs prix reculer. Les pays nordiques affichent la plus forte baisse, avec une diminution de 6,3 %. L’Espagne enregistre pour sa part une baisse de 3,9 %, tandis que le Portugal clôt le mois avec un repli de 2,9 %.
Cette baisse s’explique d’abord par une production renouvelable abondante, qui pèse sur les anticipations de prix de l’électricité à long terme et, par conséquent, sur la valeur des PPA. Dans les pays nordiques, la réévaluation des « fair values » au Danemark a également contribué au recul. Cette réévaluation repose sur une actualisation des primes de risque et sur de nouvelles courbes de prix de capture à terme. Les réserves hydrauliques bien fournies et la production éolienne soutenue ont continué d’exercer une pression baissière sur les prix attendus.
Malgré la volatilité des prix, l’activité contractuelle est restée soutenue au mois de juillet. Pexapark a recensé vingt-quatre PPA annoncés publiquement en Europe, représentant une capacité contractualisée d’environ 1,1 GW. Ce niveau d’activité témoigne de la vigueur persistante du marché, porté par les objectifs de décarbonation et par la demande croissante des entreprises pour une électricité renouvelable.
Les acheteurs industriels ont été les plus actifs, avec vingt et un accords représentant près de 770 MW de capacité déclarée. Les énergéticiens ont signé pour leur part trois contrats, totalisant environ 620 MW. Le contrat le plus important du mois est un PPA éolien offshore de 332 MW conclu entre Ørsted et un consortium d’investisseurs pour le projet Gode Wind 1, en Allemagne. Cet accord intervient alors que le parc sort de son dispositif de soutien public, illustrant la capacité de l’éolien offshore à s’affirmer sans subvention.
Le solaire photovoltaïque confirme sa position de leader dans la signature de PPA en Europe. Il représente environ un tiers de la capacité contractualisée déclarée au mois de juillet. Les PPA combinant plusieurs technologies et ceux adossés à l’éolien terrestre pèsent chacun près d’un quart de la capacité annoncée.
Cette répartition reflète la maturité économique du solaire, devenu une valeur sûre pour les producteurs comme pour les acheteurs. Les entreprises considèrent en effet le solaire comme une solution compétitive et prévisible pour sécuriser leur approvisionnement en électricité sur vingt ans ou plus. Le développement du solaire est également facilité par des coûts d’installation en baisse et par une acceptabilité souvent plus simple que celle de l’éolien terrestre.
Le secteur des systèmes de stockage par batteries (BESS) a également connu un mois de juillet actif. Pexapark a recensé neuf accords portant sur des capacités totales d’environ 865 MW et 3,1 GWh. Cette activité soutenue confirme le rôle croissant du stockage dans l’équilibre du système électrique européen.
Les contrats de type tolling ont représenté quatre accords et la majorité de la capacité contractualisée. Parmi eux figurent deux contrats signés en Italie par Zelestra : un accord de 300 MW conclu avec EnBW et un autre de 207 MW avec Axpo. Un contrat de tolling de 100 MW en Grande-Bretagne et un accord portant sur un portefeuille de 55 MW en Espagne ont également été annoncés.

Parallèlement, des structures de revenue swap ont été dévoilées en Espagne et en Hongrie. L’Allemagne, la Pologne et le Danemark ont vu émerger des accords d’optimisation des revenus sur le marché, intégrant des mécanismes de partage des revenus. Cette diversification des modèles contractuels montre que le marché du stockage gagne en maturité. Les contrats de tolling offrent une visibilité accrue pour les projets de grande taille, tandis que les modèles de revenue swap et de partage des revenus permettent aux propriétaires de conserver une partie de leur exposition à une éventuelle hausse des prix.
La volatilité des marchés de l’énergie au cours du mois de juillet a été largement alimentée par le conflit au Moyen-Orient. Les périodes d’apaisement et les discussions autour d’éventuels cessez-le-feu ont temporairement fait baisser les prix du gaz. La reprise des opérations militaires et les craintes de perturbations des approvisionnements en GNL via le détroit d’Ormuz ont ensuite provoqué une nouvelle hausse des prix.
Les conditions météorologiques ont également pesé. Les vagues de chaleur qui ont touché l’Europe ont augmenté la demande d’électricité destinée à la climatisation. Elles ont aussi limité la production de certaines centrales nucléaires françaises, en raison des températures élevées des cours d’eau utilisés pour leur refroidissement. En Europe centrale, la sécheresse a fait baisser le niveau du Rhin, ce qui a complexifié le transport du charbon et accentué les incertitudes sur l’approvisionnement des centrales thermiques.
La tendance de fond reste positive pour les énergies renouvelables et pour les contrats d’achat à long terme. Les objectifs climatiques de l’Union européenne, qui prévoient une part croissante de renouvelables dans le mix électrique, soutiennent la conclusion de nouveaux PPA. La demande des entreprises, soucieuses de sécuriser leurs coûts énergétiques et d’atteindre leurs propres objectifs de réduction des émissions, demeure forte.
Les experts de Pexapark soulignent que la diversification des structures contractuelles, en particulier dans le stockage, constitue un signe positif de maturité. Les acteurs du marché apprennent à mieux gérer les risques de volume et de prix, tout en répondant aux besoins spécifiques des investisseurs et des industriels.
Dans les régions où la production renouvelable est abondante, la baisse des prix des PPA pourrait paradoxalement stimuler la demande en rendant l’électricité verte encore plus compétitive. Elle pourrait en revanche peser sur la rentabilité des nouveaux projets, ce qui appelle à un pilotage fin des investissements.
Pour approfondir le sujet, les données publiées par Pexapark fournissent un suivi détaillé des prix et des volumes. Les informations en temps réel sur la production électrique européenne sont disponibles sur la plateforme de transparence d’ENTSO-E. Enfin, l’Agence internationale de l’énergie publie régulièrement des analyses approfondies sur les perspectives des énergies renouvelables et des contrats d’achat d’électricité à l’échelle mondiale.
En définitive, le marché européen des PPA reste dynamique, porté par des fondamentaux solides. Les disparités régionales de prix illustrent la complexité d’un marché en pleine mutation, tiraillé entre ambitions climatiques, réalités industrielles et incertitudes géopolitiques.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
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